23/02/2021

L'Art et la Machine au coeur du processus de création

La guerre d'usure entre les amoureux de l'art moderne, dit abstrait, et les inconditionnels de l'art figuratif, appelé aussi art classique, est assez ridicule et pour tout dire entaché d'un certain snobisme de part et d'autre.

Ce que j'aime dans l'art abstrait, c'est sa capacité infinie d'évasion sans être "encombré" d'une image réaliste qui nous impose la beauté et l'émotion d'un paysage, d'un nu ou de toute autre forme suggestive et figurative.

Ce que je n'aime pas dans l'art abstrait, c'est l'esbroufe qui lui est assez souvent associé, le sentiment d'avoir à faire, parfois, à des artistes largement surévalués, côtés davantage grâce à leur carnet d'adresse bien organisé et leur génie déployé dans les "public relations" que grâce à leur génie artistique évident puisé dans l'oeuvre elle-même.

C'est peut-être ce qui dérangeait le peintre et sculpteur neuchâtelois Léon Perrin, par exemple, qui se considérait comme artisan de l'art plus qu'artiste, un mot bien trop gaspillé de notre temps selon lui. Car pour lui, l'artiste, l'authentique, ne peut échapper à la tragédie humaine et s'emparer de la création qu'à condition de plonger son art dans les profondeurs de la psyché et l'expérience vécue. Tout le reste n'étant que divertissement de masse ou snobisme de salon entre gens de bonne société.

C'est pourquoi Léon Perrin était d'une certaine façon rétif à l'art abstrait et qu'il préférait de loin les classiques et l'art figuratif aux découvertes et innovations de l'art moderne.

Mais peut-on freiner voir stopper les artistes dans leur désir d'innover et de créer de nouvelles sensations, de nouveaux horizons pour leur public?

Il est évident que l'art classique émeut et émouvra toujours au fil des générations actuelles et futures. Les scènes artistiques que l'on découvre jour après jour à Pompéï nous touchent au plus haut point. Aucune discussion là-dessus.

Pourtant, celles et ceux qui aujourd'hui encore s'attardent et utilisent le processus d'art figuratif sont régulièrement rejetés par les courants modernistes. Hans Erni, pour ne citer que lui, en a fait l'expérience de son vivant. Et depuis sa mort en 2015 aucune exposition (à part dans son musée à Lucerne) et aucun article de presse ne lui a été consacré dans la presse romande, voir alémanique.

Les artistes figuratifs modernes sont en somme relégués dans une ligue inférieure par les milieux artistiques en vogue. Le classique, comme en musique d'ailleurs, est réservé à une certaine élite bourgeoise qui elle-même préfère les compositions classiques anciennes comme celles de Mozart ou Beethoven aux compositions de notre temps. Il ne fait pas forcément beau d'être un talent et exercé dans la veine classique de la création. Les rejets d'un certain milieu artistique se disant aux avants-postes de l'art sont alors radicaux. Ton art sent le sapin? De notre temps, il y a autre chose à explorer.

Et pourtant. Que de sculpteurs, peintres, graveurs, ont traversé le siècle passé et le siècle actuel en restant dans la veine classique de la création se détournant eux-mêmes de l'art abstrait actuel dit moderne.

Ne voulant pas trancher entre les différentes manières de concevoir l'art moderne, je reste convaincu qu'il n'y a pas à le faire. L'important dans une oeuvre c'est ce qu'elle apporte au public. Ce n'est pas la façon de créer de l'artiste qui doit être jugée. C'est ce que l'artiste nous apporte comme émotion et comme ouverture pour notre propre esthétique et réflexion.

Pour ma part, l'invention de l'ordinateur m'a permis de créer des oeuvres numériques qui n'auraient jamais existé sans la machine. Cette union entre la machine et l'homme vaut dans l'art comme dans la science qui cherche, par exemple, à créer des prothèses de plus en plus performantes pour les personnes amputées d'un membre. Il n'y a pas d'un côté les "vrais" peintres qui créent avec un pinceau et, de l'autre, les "bidouilleurs" sans talent qui ne feraient rien sans l'aide de la machine. Hors la machine n'est pas une aide. C'est une partenaire qui s'implique dans le processus de création de l'artiste et qui s'unit à lui pour créer une performance. Comme pour un sportif qui s'appuie sur la science pour progresser et réussir pas après pas. Parce que sinon, nous pourrions aussi condamnés les sportifs d'élite qui s'expriment aux Jeux Paralympiques grâce à leur bras ou leur jambe artificielle et dire que les seul-e-s vrai-e-s sportifs-ives sont celles et ceux qui ne boivent que de l'eau et qui n'utilisent aucune machine pour les aider à performer...

J'ai cité dans ce billet le sculpteur et peintre Léon Perrin. Je vous laisse donc avec une vidéo où l'artisan-artiste s'exprime quelques mois avant sa disparition. Dans un prochain billet, je reviendrai un peu plus en détail sur ce Neuchâtelois qui fut un créateur classique majeur pour notre pays et le XXème siècle.

Ci-dessous, une image-vidéo de l'artiste captée par mon Samsung par écran interposé puis travaillée et retravaillée avec la complicité de mon ordinateur. Résultat bluffant. Où quand l'art classique d'une photo devient une oeuvre avant-gardiste assez fantastique.

 

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Léon Perrin lors de l'interview

 

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La même image passée dans l'art abstrait

 

 

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Espacité

Terreur  artistique sur le POD (Godzilla vs Kong)

 

 

 

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