22/04/2021

Antivax et droit de réponse

Mauro Poggia, conseiller d'Etat genevois, causait ce matin sur les onde de "La Matinale" TSR1.

Si on peut lui donner raison sur la notion de responsabilité collective à se faire vacciner ainsi que sur un certain esprit de solidarité (à relativiser cependant mis en perspective avec l'obligation, pour beaucoup de personnes, de ne plus pouvoir travailler et d'en être réduit au minimum vital sans que cela ne préoccupe le moins du monde ce joli petit monde solidaire et très moral...), nous pouvons tout de même lui demander de s'interroger et de faire preuve de réflexion quant aux conséquences de punir les antivax ou simplement les personnes désireuses naturellement de ne pas risquer la vaccination et préférant s'exposer éventuellement aux risques de contracter la maladie.

Mon intention ici est d'aider nos politiciens et politiciennes dans leurs prises de décision. Et pour cela, je vais me référer à Victor Hugo:

Les minorités ont le droit d'avoir tort, elles sont violentes, pourquoi ? Parce qu'elles sont faibles. Les majorités sont condamnées à avoir toujours raison.

Victor Hugo, Choses vues

Cette première citation du grand poète et politicien français nous conduit tout droit sur les conséquences d'une politique de répression et d'exclusion.

Vouloir imposer un ordre social et moral à une minorité, c'est prendre le risque de la violence et l'escalade de la haine entre citoyennes et citoyens. Nous ne sommes pas ici en train de discuter de l'interdiction du port de la burqa en Suisse pour des questions de respect et de dignité envers les femmes, voir de sécurité pour le pays. Nous parlons de mettre en ordre de marche un projet de lois sanitaires qui exclura 20% à 30% des personnes de leur travail, de leurs droits aux loisirs et aux accès à la culture, et de leurs liberté de circuler dans les établissements publics (les bistrots étant, qu'on le veuille ou non, d'abord des lieux publics avant d'être des lieux privés dirigés par des patron-nes).

Comment est-ce possible d'imaginer cela? Pour le bien de la sécurité sanitaire du pays? Mais si le pays a un taux de contamination réduit à sa plus simple expression suite à l'immunité acquise dans le pays et un taux d'occupation de lits covid quasi nul comment pourra-t-on justifier de telles mesures de précaution?

Et, à en suivre l'évolution du taux d'infection en Israël qui a drastiquement diminué, les personnes encore non vaccinées qui sont de l'ordre de 40% actuellement n'ont pourtant aucun accès autorisé aux lieux de divertissement voir d'études en présentiel pour les étudiant-e-s. Si la Suisse pratique la même politique qu'Israël, il est à peu près certain que la réponse sera violente de la part de plusieurs antivax, spécialement parmi la jeunesse. Nous ne vivons pas dans un régime militarisé à l'extrême comme en Israël qui vit en permanence depuis des lustres sous la menace terroriste. Les personnes de ce pays sont habituées à une discipline de tous les instants face à la menace. Et elles obtempèrent facilement aux "recommandations" de leurs chefs politiques.

“Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action.”

Les Misérables, Victor Hugo

Cette deuxième citation découle logiquement de la première. Si un pays condamne, amende, et enferme sa minorité exclue pour non respect de la loi (réunions interdites dans des bistrots clandestins, bars, spectacles et danses clandestin-e-s permettant aux antivax de respirer quand même), tout une partie de citoyens et citoyennes seront prêts pour une action violente et des actes de sabotages. On ne peut pas priver les personnes de leur dignité et de leur droit à la liberté sauf pour des raisons flagrantes et valables qui donnent raison à la majorité. Un faible taux de circulation de virus, un petit nombre d'hospitalisation, ne font pas partie des raisons flagrantes et valables dans une démocratie. Cela ne peut se concevoir que dans des dictatures violentes, corrompues et hiérarchisées à l'extrême qui bafouent systématiquement les droits de leurs minorités (comme en Russie, par exemple, avec l'affaire Alexei Navalny).

“Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.”

Victor Hugo, Choses vues

Cette dernière citation pour mettre dans le doute les dogmatiques, ces gens qui créent de l'inquisition, de la délation, de la dénonciation publique, et de la condamnation ferme et définitive.

Il n'est pas nécessaire d'en rajouter. Monsieur Poggia, je vous aime bien. Vous avez suffisamment de bon sens pour comprendre ce que j'essaye de transmettre aux autorités de notre pays. Prenez soin de bien réfléchir et d'élargir votre champ de vision. Notre pays ne pourra que respirer mieux et personne ne devrait perdre son oxygène dans l'affaire avec son cou prisonnier sous le joug du genou de l'Etat et de la majorité bien pensante.

Des victimes d'attentats nous n'en voulons pas dans notre pays. Et pour cela, il faut y mener de bonnes politiques qui possèdent la souplesse du léopard mais la fermeté de sa mâchoire pour élaborer des lois justes et équitables pour toutes et tous les citoyen-ne-s de notre pays.

http://evene.lefigaro.fr/citation/minorites-droit-avoir-t...

 

 

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