25/06/2021

La jeune fille de Sorrente

L'art neuchâtelois et son grand peintre du XIXème siècle, Léopold-Robert.

Un livre sort ces jours en librairie: "La mort en gondole" aux Ed. Zoé, écrit par Jean-Bernard Vuillème.

Il revient sur le destin tragique du peintre, célébré à Paris puis oublié quelques années plus tard. Léopold-Robert se voyait littéralement vieillir et souffrir d'obsolescence, y compris amoureuse, ce qui le poussa finalement au suicide à Venise.

Un grand romantique ne peut pas accepter sans révolte la décrépitude des corps et la perte de l'esprit. Toujours à l'affût de la beauté, irrésistiblement attiré par la jeunesse, son corps devient une entrave avec l'âge, une épave, un outrage, une sorte d'acte manqué à l'éclatante beauté de la jeunesse.

Si nous pouvons nous regarder beau plutôt que laid quand nous vieillissons, l'image renvoyée vers la personne aimée est généralement beaucoup moins romantique que cela. La jeunesse ne voit pas ce qu'une personne âgée peut garder de beauté dans son corps. Le jugement est souvent abrupte et irrévérencieux. C'est un vieux, point barre. Et quand malgré tout une jeune femme tombe, par miracle soyons-en conscient, amoureuse d'un vieux, son entourage lui lance des remarques acerbes genre "mais comment tu peux être amoureuse de ce vieux moisi?" ou "Au secours ma vieille, portes des lunettes, tu vois donc pas que c'est un vieux schnock pervers !!?".

Léopold Robert était amoureux. Mais il s'est ramassé des râteaux de la part de quelques beautés vénitiennes. Léopold-Robert aimait les pauvres et les brigands. De là, peut-être, sa disgrâce auprès des bourgeois et bourgeoises de Paris.

Cela reste cependant un grand peintre. Plus tard, un autre artiste, le sculpteur Léon Perrin créera une oeuvre-dédicace au nom du peintre, oeuvre qui se dresse majestueusement sur l'avenue qui porte également son nom à la Chaux-de-Fonds. Léon Perrin fera aussi une eau-forte reproduisant exactement le portrait d'une jeune femme dessinée puis peinte par Leopold-Robert quelque cent ans auparavant: La jeune fille de Sorrente. 

Pour en savoir plus:

https://www.letemps.ch/culture/venise-traces-leopold-robert

https://www.rts.ch/play/radio/vertigo/audio/la-mort-en-go...

https://www.fondation-leonperrin.ch/wp-content/uploads/20...

https://www.arcinfo.ch/articles/regions/montagnes/hommage...

http://www.galerieleplangolin.com/louis-leopold-robert-17...

https://collections.mahn.ch/fr/search-notice/detail/ap-84...

 

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La jeune fille de Sorrente

 

Vers où portes-tu ton regard

belle jeune fille aux yeux cruels et tueurs?

Tu veux du jeune, du beau, du musclé?

Je t'offre du musc, de l'encens, de la volupté.

Tu veux du fort, du viril, de la queuleuleu?

Je t'offre du mauve, du fauve, du bleu,

et bien davantage encore.

 

Vers Sorrente, j'étais jeune, j'étais beau,

le cinquième Beattles

me disait mon prof de français

lors de notre visite gymnasiale

aux ruines de Pompéï.

 

Maintenant, je suis vieux et obsolète,

j'observe mon vieux squelette

qui dévorera bientôt ma chair.

Mais je te regarde avec mes yeux

de Sorrente, mes yeux de romance

et je suis prêt aux quatre cents coups

pour satisfaire ta beauté et ton âme.

 

Me suivras-tu encore au bout du monde

une fois ton bébé venu au monde?

Reviens au pays, ma douce angélique.

J'ai encore besoin de ta beauté essentielle,

de ton âme amoureuse du vieux poète.

 

 

 

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Commentaires

J'apprécie beaucoup votre évocation à la fois très nuancée et concrète de cette période de l'âge avancé de ce peintre très engagé dans son existence.
Il avait gardé le sens de la beauté qui, évidemment, mute au fil des étapes de la vie.
Les expériences vécues permettent, à ceux qui y aspirent et demeurent vigilants, de percevoir la beauté sur des plans toujours plus subtils.
De même qu'on ne contemple pas avec le même regard un petit enfant lorsqu'on est parent, puis grand-parent, puis arrière-grand-parent...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/06/2021

A noter que le peintre donne deux lieux d'origine au tableau. Dans un premier temps, le portrait s'intitule ainsi: Etude pour le tableau "Jeune femme de Retuna" de 1822 qui devient "Jeune fille de Sorrente avec un tambourin" en 1824. J'ai rajouté deux références à mon billet pour que le lecteur et la lectrice puissent comparer les deux tableaux différents du même visage de cette jeune femme. Merci de votre intérêt, Marie-France.

Écrit par : pachakmac | 26/06/2021

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