30/06/2021

Cette France qui se voyait déjà en quart

Si le football fascine les foules, c'est parce qu'il agit comme un révélateur de nos idéaux fantasmés, notre besoin d'aller à la rencontre de la mythologie, des dieux de l'amour et de la guerre, des combats qui ne s'oublient jamais et qui fondent la nation et ses mythes.

Avant France-Suisse ou Suisse-France, j'ai dit à quelques personnes que ce serait Morgarten, la guerre totale entre la noblesse et la crème du football mondial actuel et le peuple travailleur, gagneur à la fin de son droit au respect, à l'accès au pouvoir des dieux grâce à son abnégation et son héroïsme.

Certes, les Shaquiri, Xhaka, et autres Rodriguez, Zuber, Freuler ou Schär et encore Sommer ne sont vraiment pas à plaindre sur le plan matériel. Ils gagnent des millions comme les très riches footballeurs français. Mais du point de vue de la symbolique, ils n'étaient encore que les représentants helvétiques d'une équipe inconstante, brouillonne, qui déjoue son football et perd son âme dans des polémiques stériles orchestrées par une presse avide de sensations autour des terrains plutôt que de générer une mythologie autour de notre équipe nationale. Crainte du ridicule? Se dire encore et toujours que nous sommes les médaillés d'or de la défaite honorable contre les plus grands? Que la Suisse n'a jamais pu rêver de devenir championne d'Europe voir, pourquoi pas un jour, du monde au contraire de la Grèce en 2004, du Portugal en 2016, du Danemark en 1992, voir même cette minuscule Islande qui a joué quelques matchs sensationnels, toutes des nations qui ont réussi, par le passé, voir le présent pour le Danemark avec son ressuscité des pelouses, à créer l'exploit improbable, voir impossible?

La France savait tout cela. La Suisse n'a jamais été un adversaire à prendre trop au sérieux tant nos footballeurs ont déçu dans les grands évènements européens et mondiaux sitôt la phase de groupe terminée. Et cette année encore, le match catastrophique contre l'Italie et le demi-match contre le Pays de Galle, pouvaient faire penser que la Suisse était bonne à prendre et que la France ne pouvait craindre la défaite face à un adversaire aussi mal inspiré et quasi sans âme.

Et puis il y a eu le match de sauvetage et de rémission contre la Turquie. Un bon match plein de nouvelles sensations acquises avec le sens du but retrouvé. Pourtant, tout le monde n'avait pas retrouvé foi en cette équipe national et Petkovic se savait sur un siège éjectable en cas de mauvais match contre la France. On disait l'équipe de Turquie faible et sans volonté de vraiment réussir un grand match contre la Suisse. Donc le résultat était là mais pas vraiment convainquant pour tous. Les Turcs forment cependant un peuple fier. Ils ne baissent jamais les bras et veulent la victoire à chaque match. La défaite ne fait pas partie de leur vocabulaire lorsqu'ils jouent. Alors pour nous qui avions encore le désir du joyeux réveil de notre hymne national, nous y avons vu un signe: la France n'avait pas gagné d'avance.

Une fois le match entamé, c'était évident que la Suisse avait mis ses habits de conquérante et qu'elle avait laissé au vestiaire ses peurs, son sentiment d'infériorité, sa mauvaise façon de jouer petit bras. On la sentait présente, certaine de son football, lucide, déterminée, prête à terrasser le coq français.

Même au moment du 2 à 1 pour la France juste après avoir raté le penalty du 2-0 pour la Suisse, on voyait la Suisse revenir sans problème si elle jouait comme elle avait joué jusque là. Au 3 à 1 pour la France, grâce au meilleur tireur des 25 mètres du monde, le dénommé Pogba, les commentateurs de notre télévision n'y croyaient plus, dans un premier temps, et que le match était désormais plié. Et puis ils ont réalisé qu'il restait 30 minutes à jouer et qu'on pouvait encore le faire. Chose remarquable. La défaite honorable n'était plus dans l'air du temps. On voulait battre l'équipe championne du monde malgré le débours de 2 buts! Jamais, dans un autre temps, nous aurions eu le culot de rêver encore à la victoire à ce moment-là. Et pourtant...

En France, le Figaro titrait déjà avant la fin de la partie: " Après un match fou, les Bleus valident dans la douleur leur ticket pour les quarts de final"

Au pays, on refusait cette défaite imméritée. Nous voulions cette victoire et nous voulions que nos joueurs, pour une fois totalement décomplexés malgré le score, remonte à l'assaut et renverse les Champions du monde en titre trop sûrs de leur qualification à 10 minutes de la fin de la rencontre. Jamais la Suisse n'avait réussi cela dans son Histoire. Passe pour l'Espagne ou l'Allemagne, l'Argentine ou le Brésil de rêver à ce retournement improbable. Mais la Suisse. Non vraiment. Les Français se sentaient alors les deux pieds en quart de final après un match très compliqué qui avait failli leur coûter très cher. Désormais, le ciel était Bleu, et l'orage suisse avait passé.

Mais la foudre de Zeuz est revenue à deux reprises pour obliger la France à une prolongation malgré une latte à la dernière seconde qui aurait crucifié une Suisse qui ne méritait tout simplement pas de perdre sur un coup du destin défavorable. Ce bois-là, c'était un signe des dieux. La Suisse avait son destin entre ses mains. Il fallait alors se mettre dans la peau du champion du monde et le terrasser.

Nous sommes arrivés aux tirs au but avec cette détermination farouche. Par le passé, nous avions lamentablement raté ces séances cruelles de penalties et perdu le match. Nous aurions pu encore perdre. Mais nos cinq canonniers ont fusillé Loris et l'équipe de France. Alors que la France et son plus grand joueur, Kyllian Mbappé dit le Killer, voyait son tir relativement mauvais arrêté par un Yann Sommer impérial. 

L'équipe suisse de football venait d'écrire la plus belle page de son histoire tout en créant autour d'elle une sorte de bouclier magique pour la rendre invulnérable lors de son match contre l'Espagne.

Tout le pays veut y croire. Si la France s'y croyait déjà à tort et par esprit d'arrogance dans son quart de final, la Suisse, elle, veut croire que cette fois elle a obtenu du ciel, et de par sa propre volonté de vaincre, les armes fatales pour aller au bout de son rêve et réussir enfin, comme la Grèce, le Portugal ou le Danemark qui, dans ce passé glorieux réservé aux petits Poucet, ont terrassé les ogres européens et mondiaux du football.

Croire en cette équipe, c'est aussi croire que la Suisse peut devenir championne d'Europe sans être fanfaron mais au contraire lucide, voir extra-lucide, quant aux performances fabuleuses nécessaires à accomplir pour réaliser le rêve le plus fou qui mènera notre Nati jusqu'en finale et à la victoire finale du grand soir helvétique.

El Barraquito

quito quito,

je me lève tôt, très tôt.

Je vois le ciel et le soleil

se lever sur les étoiles,

et tes yeux qui me guident

vers la plus belle des victoires.

 

El barraquito

quito quito,

il y a le coup du sombrero

du petit Shaki Shaki Shaki

et le coup de la bombonera

de la Xhaka Xhaka Xhaka

et la tête du Seferovic

qui fait le pitch pitch pitch

du cinéma schwiiitch.

 

Il y a encore le zobi zobi zobi

du Zubi qui rôde dans les 16 mètres

et le penalty chica chica chica

du Rodriguez

qui a grillé les Merguez.

 

Et puis encore le coup du tribolo

du Embolo qui joue son M'Folo

et l'assommoir du Sommer

au coeur de notre Summer Dream.

 

"On s'était dit on va jusqu'à la fin"

 

Alors chiche.

On va jusqu'à la fin.

On ne s'arrête pas en si bon chemin.

On gagne tous nos matchs

et à la fin c'est la Suisse qui gagne!

Tonnerre de Zeuz!

 

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