17/07/2021

#Mé Téo

Tous et toutes touché-e-s, d'une façon ou d'une autre, par les conditions météorologiques de ces derniers jours.

La météo est la vedette incontournable de l'été avec...la covid. Partout sur la planète, un cri d'alarme s'élève.

Nous n'avons jamais eu la maîtrise sur les éléments naturels et nous ne l'aurons jamais. La planète n'est pas soumise à la science. Elle vit à son rythme et n'a jamais épargné le règne vivant à travers des cataclysme divers qui ont forcé les espèces à s'adapter ou à disparaître de la Terre.

L'Humanité ne fait pas exception aux dérèglements climatiques, aux tremblements de terre, aux variations terribles de température. La Terre vit avec nous et nous ne pouvons pas nous y soustraire. Si on la maltraite, elle nous maltraite de retour. Si on la respecte, elle peut aussi nous maltraiter mais avec des risques moins importants de catastrophes à répétition.

Nous sommes tellement vulnérables bien que nous croyons, dur comme fer, nous sauver grâce à nos sciences humaines. Nous écoutons religieusement les papes de la science nous dire la vérité vaccinatoire sur la covid alors que nous ne savons toujours pas par qui ou comment cette maladie est apparue. Nous voulons y croire désespérément afin de pouvoir revivre normalement. Et nous nous faisons piquer presque avec joie et soulagement en se disant qu'enfin le virus est maîtrisé grâce au savoir de l'être humain. 

Pendant ce temps, l'eau et le feu ravagent la planète, les pays, les villes, les villages. Des gens meurent par milliers, les cultures sont dévastées, notre approvisionnement en nourriture est menacé. Nous ne croyons toujours pas assez aux menaces terrifiantes qui nous guettent parce que nous voulons garder nos certitudes, notre confort, notre droit à consommer et à voyager à outrance. Et puis, nous nous disons que les premières régions dévastées seront d'abord des îles perdues, des bords d'océan, des lieux où nous partons volontiers en vacances mais où nous ne vivons pas à l'année. Alors, beaucoup, dont surtout des vacciné-e-s contre la covid, par pur égoïsme et soucis d'évasion permanents, se foutent de cela et continuent leurs déplacements estivaux. Ils estiment y avoir droit après une dure année de labeur, des obligations à rester proche de leur domicile, des restrictions de sorties, des impossibilités de faire la fête. C'est humainement correct. C'est philosophiquement incorrect. Nous savons tous que la planète brûle sous les coups mortels invisibles portés par notre société de consommation à outrance et d'abondance capitaliste.

Où allons-nous? Que voulons-nous pour nos enfants et petits-enfants? Est-il déjà trop tard pour toute révolution de toute manière impossible à réaliser puisqu'elle devrait toucher 8 milliards de personnes en accord avec cette révolution alors même que  beaucoup d'humains agissent avec la philosophie très autocentrée du "après moi, le déluge"? Et puis, si le voisin ou la voisine y a droit et s'octroie le droit, pourquoi moi devrais-je y renoncer en fonction de convictions profondes mais qui imposent tant de sacrifices et de renonciations intimes?

Nous voilà au pied du mur. Nous devrons probablement voter sur l'obligation, grave et contraignante, de se faire vacciner contre la covid afin que la décision ne vienne pas d'en haut mais du peuple et qu'elle permette ainsi une certaine légitimité démocratique plutôt qu'elle provienne d'une décision dictatoriale de nos autorités non admise par un peuple qui a la liberté personnelle et nationale chevillée au corps comme principe patriotique. Un jour, nous devrons peut-être voter sur des limitations drastique de voyager avec un quota pour chacun et chacune contrôlées par une application de plus sur nos portables. Nous ne serons plus jamais libres de faire comme on veut, quand on veut, ou on veut. Tout cela pour tenter d'enrayer l'urgence climatique que nos parents, avant eux nos grands-parents, et maintenant nous-mêmes avons provoqué.

La révolution industrielle a peu à peu déclenché une vague mortelle, un tsunami dévastateur dont les conséquences les plus visibles n'arrivent qu'aujourd'hui. A l'époque, un grand poète comme Charles Baudelaire se mettait déjà en porte-à-faux face à cette nouvelle société d'abondance promise. Il regardait les nouveautés scientifiques d'un oeil pas trop aimable. Il opposait la poésie à la science et détestait les "poètes scientifiques" qui travaillaient leur texte à partir des sciences sociales. La poésie, pour lui, est hors du temps et se suffit à elle-même.

Je termine donc ce billet par un poème du grand homme si mal aimé de son vivant.

Moesta et Errabunda

(Triste et Vagabonde)

 

 

Dis-moi ton cœur parfois s'envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l'immonde cité
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
Dis-moi, ton cœur parfois s'envole-t-il, Agathe ?

La mer la vaste mer, console nos labeurs !
Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs,
De cette fonction sublime de berceuse ?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs !

Emporte-moi wagon ! Enlève-moi, frégate !
Loin ! Loin ! Ici la boue est faite de nos pleurs !
- Est-il vrai que parfois le triste cœur d'Agathe
Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs,
Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?

Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie,
Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé,
Où dans la volupté pure le cœur se noie !
Comme vous êtes loin, paradis parfumé !

Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
- Mais le vert paradis des amours enfantines,

L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine ?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l'animer encore d'une voix argentine,
L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?

  Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal - Charles Baudelaire
 

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Quai Osterwald, La Plage, Neuchâtel, jeudi 15 juillet 2021, 15 heures