21/07/2021

1888, deux artistes féminines (s)'exposent

Pour rentrer en apprentissage des Beaux-Arts au cours du XIXème siècle, il faut être un garçon, plutôt bien éduqué et de famille aisée, sans contentieux avec la société.

Les filles n'y sont point admises. Cela ferait mauvais genre. Les filles ne créent pas. Elle procréent. Les filles admirent les maîtres. Elles ne sont maîtresses que de leurs jolis corps.

En 1888, deux femmes, parmi quelques très rares présences féminines, exposent en France. Deux Parisiennes qui n'ont pas encore de nom. A peine un prénom.

Camille Claudel ne fait pas la une de l'actualité et des musées. Elle vient de connaître Auguste Rodin quelques années auparavant, un Auguste Rodin décrié pour son art érotique, pornographique pour l'époque et donc inadmissible pour certaines âmes puritaines, qui reconnait son talent artistique...comme voluptueux et qui prendra la très jeune Camille sous son aile en la conduisant sur les chemins d'une reconnaissance bien amère et sans issue au fil des années.

En 1888, Camille expose au Salon des artistes français et elle obtiendra une mention honorable du jury. C'est là sa toute première distinction.

Marie Guérin, quasi inconnue encore aujourd'hui, y compris sur Internet, sauf des réseaux d'Art, est une jeune portraitiste talentueuse qui sera invitée à l'Exposition de 1888-1889 de la société des Beaux-Arts de Nice. Marie tient son atelier quartier Chaillot à Paris. A part cela, rien. Pas de biographie, pas de date de naissance ni de mort. Il faudra chercher...

Pourquoi rapprocher ces deux jeunes femmes qui apparemment ne se connaissaient pas? Peut-être par les jeux du hasard. Marie Guérin n'aurait pas fait l'objet de ce billet si je n'avais pas acheté le précieux pastel, mis en beauté dans un cadre à la feuille d'argent, qu'elle avait envoyé  à la Société des Beaux-Arts de Nice. Préférant me nourrir à son art qu'à ingurgiter un filet de boeuf nature et sans boisson comprise pour le même prix. Et oui, de nos jours, l'art part aux enchères à des prix d'abattoir!

En dehors du fait que cela soit potentiellement une bonne affaire commerciale, le tableau méritait mon attention. Ce portrait au miroir reste énigmatique. Est-ce un auto-portrait de Marie? Et si oui, qui était-elle, qui fréquentait-elle, et quelle genre de vie a-t-elle vécue?

Je l'ai surnommée la "Punkette 1888". Parce que oui, elle n'avait semble-t-il aucun futur pour la postérité médiatico-artistique. Pourtant, elle existe, discrète, mais ces rares tableaux vus sur la Toile se vendent bien aujourd'hui.

http://www.artnet.fr/artistes/marie-guerin/

Voici le miens, acquis pour une bouchée de pain, dont j'ai retouché le portrait au goût de ma créativité artistique d'aujourd'hui.

 

 

 

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La Folie-Neubourg et le château de l'Islette

Le squat et le palais royal.

Voici le contraste saisissant entre les deux demeures où Camille Claudel et Auguste Rodin ont partagé leur passion et leur travail artistique.

La Folie-Neubourg, située 68, Boulevard d'Italie, à Paris, a connu bien des péripéties avant de disparaître, détruite en 1909 vu son état de délabrement, soit 5 ans avant l'enlèvement de Camille Claudel par sa famille et sa séquestration à l'asile de fous qui durera hélas jusqu'à sa mort.

Comme si tout devait être détruit dans la vie de Camille, les lieux, les souvenirs, l'oeuvre, l'identité.

Aujourd'hui, les médias parlent beaucoup du château de l'Islette et s'attardent sur ses fastueux salons qui tenaient aussi lieu d'atelier Rodin-Claudel et de refuge amoureux au couple.

La Folie-Neubourg, vue sa disparition totale, est peu mentionnée dans la vie de Camille Claudel. Hors il est à parier que la jeune artiste s'y sentait bien plus chez elle qu'au château de l'Islette, lieu bourgeois, voir aristocratique. Si Camille veut bel et bien s'élever au-dessus du commun des mortels, ce n'est point par l'argent ou la position sociale mais par l'art, exclusivement. Et son âme libre est bien plus proche de la Folie-Neubourg que du Château de l'Islette.

La Folie-Neubourg correspond exactement à son romantisme prononcé et son goût délibéré pour l'anarchie, la table-rase, le déséquilibre, la marge, qui lui fera plus tard subir la maladie et la détresse. Cette bâtisse cossue y a probablement vu passer quelques royautés à ses débuts, au temps glorieux de sa splendeur.  Puis elle a servi de blanchisseuse pour les hôpitaux de Paris. Enfin, elle a servi de refuge au temps de la Commune pour quelques anarchistes en mal de cachette.  

Pour Camille Claudel, cette maison respire sans doute l'âme de la révolte et de la liberté. C'est en Louise Michel de la sculpture qu'elle pourrait bien s'imaginer dans ses rêves les plus secrets. Celle qui aura l'audace de renverser l'ordre des choses, révolutionner l'art et les consciences, mettre les hommes au pas de la femme et les faire enrager, ce qu'elle devait bien faire subir à Auguste Rodin, d'ailleurs, lui qui lui reprocha d'être trop cruelle avec lui.

Mais cette force qui peut faire peur et penser un peu à un esprit dictatorial et sans concession cache une faiblesse immense, un trou béant qui lui coûtera sa santé mentale. Claudel tient avant tout à la liberté et jamais elle ne se mettra physiquement en travers des plans de Rodin qui lui préfèrera son vieil amour de toujours plutôt qu'elle, la jeune passionaria de la sculpture qui pourrait bien finir par lui faire de l'ombre. Pour calmer sa douleur, elle deviendra encore plus libre à travers son art. Mais son art ne la sauvera pourtant pas. Se sentant persécutée et plus que trahie par son ex-amant, volée et spoliée de son oeuvre par un ex-amoureux qui lui paraît manigancer auprès de l'Etat pour empêcher à sa propre notoriété de grandir, elle pique des crises, insulte à peu près tous ses rares ami-e-s et soutiens, et s'isole comme un animal blessé, vivant comme une recluse dans son atelier délabré et insalubre.

Tout finira très mal et la malheureuse continuera sa pitoyable vie dans un asile de fous sans plus jamais connaître les joies de la liberté, de la grâce, de l'amour, et de l'art.

Destin tragique, comme tant d'autres artistes de génie avant elle.

https://www.histoiresgalantes.fr/blog/2018/04/20/folie-ne...

http://www.museecamilleclaudel.fr/fr/collections/camille-...

 

 

La Folie-Neubourg

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