21/07/2021

La Folie-Neubourg et le château de l'Islette

Le squat et le palais royal.

Voici le contraste saisissant entre les deux demeures où Camille Claudel et Auguste Rodin ont partagé leur passion et leur travail artistique.

La Folie-Neubourg, située 68, Boulevard d'Italie, à Paris, a connu bien des péripéties avant de disparaître, détruite en 1909 vu son état de délabrement, soit 5 ans avant l'enlèvement de Camille Claudel par sa famille et sa séquestration à l'asile de fous qui durera hélas jusqu'à sa mort.

Comme si tout devait être détruit dans la vie de Camille, les lieux, les souvenirs, l'oeuvre, l'identité.

Aujourd'hui, les médias parlent beaucoup du château de l'Islette et s'attardent sur ses fastueux salons qui tenaient aussi lieu d'atelier Rodin-Claudel et de refuge amoureux au couple.

La Folie-Neubourg, vue sa disparition totale, est peu mentionnée dans la vie de Camille Claudel. Hors il est à parier que la jeune artiste s'y sentait bien plus chez elle qu'au château de l'Islette, lieu bourgeois, voir aristocratique. Si Camille veut bel et bien s'élever au-dessus du commun des mortels, ce n'est point par l'argent ou la position sociale mais par l'art, exclusivement. Et son âme libre est bien plus proche de la Folie-Neubourg que du Château de l'Islette.

La Folie-Neubourg correspond exactement à son romantisme prononcé et son goût délibéré pour l'anarchie, la table-rase, le déséquilibre, la marge, qui lui fera plus tard subir la maladie et la détresse. Cette bâtisse cossue y a probablement vu passer quelques royautés à ses débuts, au temps glorieux de sa splendeur.  Puis elle a servi de blanchisseuse pour les hôpitaux de Paris. Enfin, elle a servi de refuge au temps de la Commune pour quelques anarchistes en mal de cachette.  

Pour Camille Claudel, cette maison respire sans doute l'âme de la révolte et de la liberté. C'est en Louise Michel de la sculpture qu'elle pourrait bien s'imaginer dans ses rêves les plus secrets. Celle qui aura l'audace de renverser l'ordre des choses, révolutionner l'art et les consciences, mettre les hommes au pas de la femme et les faire enrager, ce qu'elle devait bien faire subir à Auguste Rodin, d'ailleurs, lui qui lui reprocha d'être trop cruelle avec lui.

Mais cette force qui peut faire peur et penser un peu à un esprit dictatorial et sans concession cache une faiblesse immense, un trou béant qui lui coûtera sa santé mentale. Claudel tient avant tout à la liberté et jamais elle ne se mettra physiquement en travers des plans de Rodin qui lui préfèrera son vieil amour de toujours plutôt qu'elle, la jeune passionaria de la sculpture qui pourrait bien finir par lui faire de l'ombre. Pour calmer sa douleur, elle deviendra encore plus libre à travers son art. Mais son art ne la sauvera pourtant pas. Se sentant persécutée et plus que trahie par son ex-amant, volée et spoliée de son oeuvre par un ex-amoureux qui lui paraît manigancer auprès de l'Etat pour empêcher à sa propre notoriété de grandir, elle pique des crises, insulte à peu près tous ses rares ami-e-s et soutiens, et s'isole comme un animal blessé, vivant comme une recluse dans son atelier délabré et insalubre.

Tout finira très mal et la malheureuse continuera sa pitoyable vie dans un asile de fous sans plus jamais connaître les joies de la liberté, de la grâce, de l'amour, et de l'art.

Destin tragique, comme tant d'autres artistes de génie avant elle.

https://www.histoiresgalantes.fr/blog/2018/04/20/folie-ne...

http://www.museecamilleclaudel.fr/fr/collections/camille-...

 

 

La Folie-Neubourg

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