27/07/2021

Rendez-vous d'été avec Camille Claudel

Beaucoup de choses s'écrivent depuis une quarantaine d'année sur la grande artiste qu'était Camille Claudel.

Des films, remarquables, ont été réalisés à partir de sa vie et de son oeuvre. La plupart d'entre vous qui me lisez, vous connaissez déjà ces films.

Je vous convie aujourd'hui à une découverte d'une oeuvre, peut-être une contrefaçon très réussie mais illégale par usurpation d'identité , ou alors un objet unique, oublié, et qui aurait été réalisé par Claudel dans les dernières années de sa vie artistique. Cette objet mystérieux, en bronze, reprend les canons de "La Jeune Fille à la gerbe" modelée en terre cuite, mais dans une dimension plus réduite et surtout variant de l'oeuvre originelle et avec une signature pas anodine du tout.

Nous savons que Camille Claudel à souvent modifier sa façon de signer ses oeuvres. Parfois nom et prénom en lettres majuscules, comme sur la terre cuite originelle de la Jeune Fille à la gerbe. D'autres fois, en lié, avec le prénom complet suivi du nom. Et d'autres fois encore, en lié, mais avec le C. de Camille suivi du nom.

L'exemplaire que je vous propose est un bronze signé en lié du seul nom: Claudel, ce qui n'est sans doute pas anodin dans la perspective d'une reprise tardive d'une oeuvre primordiale où Camille filait le parfait amour avec Rodin. De plus, toute la structure de la statuette est variante. De la dimension de l'oeuvre, petite, à la gerbe, en passant par la coiffure, l'alignement des pieds, et le socle, tout a été légèrement modifié dans ce travail mais en gardant l'unité de l'oeuvre primitive. De plus, aucun cachet de fondeur ni date de création y figure.

Pour un faussaire, peu d'intérêt à modifier pareillement l'oeuvre originale. Impossible de le faire passer pour un Claudel et de la vendre une fortune sur le marché. Une contrefaçon légale, accessible sur le marché de l'art, et tirées à de nombreux exemplaires? Nul part, je n'ai trouvé une référence à cet objet "officiel" et qui serait licite. De plus, son apparence globale montre certains signes de fatigue et d'un âge pas trop récent. Le marbre est légèrement fissuré par endroit et il a subi des petits chocs sur les angles. Petites griffures sur le visage et le corps de la jeune fille.

Hors, l'oeuvre de Claudel est tombée dans le domaine public qu'en l'année 2014, soit il y a 7 ans, après les 70 ans légaux des droits d'auteur pour les descendants d'un ou d'une artiste décédée.

Auparavant, la famille et les descendants de Camille Claudel protégeaient jalousement l'intégrité de l'oeuvre et auraient empêché toute vente aux enchères illégales avec des poursuites en justice et demande de destruction de la contrefaçon. Aucun intérêt de fabriquer un faux Claudel sauf pour un sculpteur amoureux de Claudel qui lui aurait attribué le travail... Ce serait pour le moins étrange tant les artistes, en toute logique, aiment en principe s'attribuer les mérites de leur travail. Une copie "d'après Camille Claudel" pour la vente en nombreux exemplaires? Pas possible puisque cette notification manque à l'objet.

Alors voilà. Je ne peux rien vous dire de plus dans l'état actuel des choses. Sauf d'admirer les photos que je vous propose, de lire mon petit texte inspiré par la vie de Camille, et de visionner cette magnifique vidéo musicale jointe à ce billet.

 

 

Paul, mon petit Paul,

c'est le temps des moissons.

Ma parole, je ne suis pas folle.

Tu ne le vois donc pas?

Regarde!

Regarde comme ma gerbe de blé

fleurit encore et encore

de ma nuque jusqu'à mes reins,

plus belle et insolente que jamais,

Tendue comme un carquois

retenu sur mon dos,

plus gracieuse et profonde

qu'un ciel auburn sans fin,

prête à brûler ses épis d'amour

sous le soleil de Satan,

comme Cupidon sur les coeurs

des visiteurs et des visiteuses

admirant mon oeuvre,

ma vie, ma passion,

qu'août n'a jamais été que lumière d'or

et que ses pluies d'orage regorgent

de mes sanglots boueux retenus

au fond de mon corps fatigué,

de mes yeux clos

qui retiennent mes souvenirs

du temps de ma jeunesse riante,

du temps où je me jetais dans l'art

à corps perdu

tandis que déjà vous me jetiez,

vous, ma famille,

pareils à des bourreaux,

en prison, mon âme à jamais perdue

pour l'art et la sculpture.

 

J'ai la gerbe, mon petit Paul.

J'ai envie de te gerber dessus.

 

Mes larmes, mes larmes

ne sont que des pauvres lames

que tu essuies trop facilement

en t'enfuyant loin de cette asile de folles,

mon petit Paul.

 

Un diplomate de France

qui n'est jamais arrivé à faire libérer

sa grande Camille, son unique Camille?

Tu te fous de moi, Paul,

comme tu te fous de mes maux.

Ton prestige avant tout.

Ta gloire loin de moi.

Tes mondanités et tes bondieuseries.

Tes foutaises d'ambassadeur,

en quelque sorte.

Et moi, cette terre glaise abandonnée

qui ne réalise plus rien d'autre

que de l'absence et de l'obsolescence.

 

Mais si Dieu existe

comment a-t-il pu laisser faire ce crime,

cet abandon monstrueux?

 

Mon orgueil? Mon mépris?

Mes moqueries à l'égard

de ces instances de l'art,

ce grand Monsieur Rodin

si mesquin, si petit,

qui a si bien trahi sa promesse

de faire de moi sa femme,

son amante exclusive?

Te rends-tu compte, mon petit Paul?

Si je suis folle, paranoïaque,

fabulatrice, et accusatrice,

c'est que le bonhomme a arraché

sa main à la mienne

et qu'il m'a laissée sombrer dans l'abîme.

Il fallait donc que je laisse le traître

à sa Rose et ses femmes d'une seule nuit.

 

Regarde, petit Paul!

Je suis là, aujourd'hui.

Je suis ressuscitée d'entre vos oublis

que vous vouliez me faire subir

afin de vous disculper de vos erreurs.

 

Il me reste des têtes de bonhommes

à fracasser dans mon atelier.

Fais attention à la tienne, mon petit Paul.

Je t'ai chéri comme une soeur aimante.

Mais je pourrais bien encore ruiner et toi

et ta réputation de bonhomme d'Etat,

de bonhomme d'Eglise,

et de bonhomme de Lettres,

de bonhomme parfait et sans reproche,

plutôt que défendre ton horrible position,

ta décision scandaleuse

de m'avoir laissée choir, là, 30 ans, abandonnée

comme une chienne lépreuse,

une chienne affamée d'amour,

une chienne éperdue de passion,

dans la misère de cet asile psychiatrique.

 

Je voulais garder la tête haute,

mon petit Paul

garder ma liberté,

ma créativité, mon indépendance.

Tu m'as réduite, avec maman et Louise,

à l'asile de fou,

à l'inactivité, au suicide de mon esprit,

à cette chose qui ne me ressemble pas.

 

Dois-je t'aimer ou te haïr, mon petit Paul?

Dois-je vous prendre en pitié

ou me consoler d'être enfin aimée,

aujourd'hui et à jamais,

par cette grande famille

qu'est l'Art et la Sculpture

qui autrefois n'a pas su, ou pas voulu,

par esprit patriarcal,

voir la portée de mon oeuvre.

*****

« Ma maison est transformée en forteresse :

des chaînes, des mâchicoulis,

des pièges à loup derrière toutes les portes

témoignent du peu de confiance

que j’ai dans l’humanité »

Camille Claudel

 

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