06/10/2021

L'Art et la cancel culture

Quelque soit l'art, il faut le distinguer (sans le séparer totalement) de l'homme ou de la femme qui en est l'auteur, l'autrice.

Si l'art et les artistes ne sont pas libres de s'exprimer alors nous ne vivons pas dans une démocratie mais dans une dictature, un état fasciste qui donne non seulement sa préférence à tel type d'artistes et d'oeuvres mais également élimine toutes les oeuvres déviantes ainsi que leurs créateurs et créatrices qui finissent au peloton d'exécution ou massacré-e-s dans un attentat.

On choisit l'art que l'on aime à titre personnel. Mais collectivement, il n'est ni souhaitable ni approprié de vouloir ostracisé certains auteurs et autrices et adulés d'autres au titre d'une idéologie quelconque. L'art, dans le domaine public, reste de l'art sinon c'est la mort de l'art. Point barre. On l'apprécie pour ses qualités intrinsèques, le génie et l'âme que l'artiste a réussi à transmettre au monde. Bien sûr que l'homme ou la femme à l'origine de l'oeuvre a ses propres opinions sociétales, politiques, culturelles ainsi qu'il et elle développe ses qualités, ses défauts, voir ses travers qui fâchent, voir même ses faux-pas parfois calamiteux, monstrueux, et délictueux aux yeux de la loi commune et aussi dans l'esprit d'une partie de la population dégoûtée par les actes de la personne (débauches orgiaques non punissables par la loi, pédophilie punissable par la loi, par exemple), population au sens moral et philosophique qui ne correspond guère à l'artiste en question.

Mais l'art a la mission esthétique de dépasser les clivages et les idéologies. Il doit être critiqué et admiré pour ce qu'il est: de l'art et non pour ce qu'il n'est pas, la représentation idéologique d'un pan de la société voulant dominer le monde. Dans une statue, telle que celle de David de Pury, c'est le travail du sculpteur qui doit être mis en avant. Et si l'oeuvre dérange, alors on peut toujours en débattre démocratiquement et finir par la remplacer par un autre travail plus en phase avec l'air du temps à travers un droit de regard démocratique. L'oeuvre créant la polémique prendrait alors sa place dans un musée neuchâtelois avec tout le contexte ayant fait que finalement l'oeuvre a été déplacée au nom d'une volonté populaire majoritaire préférant voir la Place Pury devenir un lieu de culture ouvert sur la diversité culturelle plutôt quun lieu marqué par l'héroïsation d'un ancien "bienfaiteurs" de la Ville mais esclavagiste et peut-être suprématiste blanc dans le coeur. Nous n'avons pas vécu au temps du personnage. Nous ne savons pas vraiment comment il voyait l'esclavage et la domination blanche. Difficile de se faire une idée précise de son humanité. Ce qui est certain, c'est qu'il a fait don de sa fortune pour que la Ville de Neuchâtel puisse offrir de l'instruction à ses enfants et produire quelques chef-d'oeuvres architecturaux. Et c'est déjà beaucoup.

Je vous donne ici le lien vers un article de blog écrit par Matthieu Béguelin qui explique assez brillamment la face sombre du fascisme que peut contenir la cancel culture quand elle dénie le droit aux personnes de penser autrement et d'avoir de l'Histoire et de l'Art une autre approche que la sienne.

Merci à toi, Matthieu. La démocratie ne s'accommode pas de l'absence de débat. Aucun groupe ne peut s'octroyer la vérité et se croire plus humain que d'autres groupes simplement en décrétant que tel ou tel personnage était un sinistre salopard sans développer ce que ce personnage tant haï a réellement réalisé globalement durant toute son existence.

https://blogs.letemps.ch/matthieu-beguelin/2021/10/06/de-...

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La Moissonneuse d'Henri Huguenin (vers 1910),

détail, retouché par ordinateur.

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La Moissonneuse dans son jus d'origine