13/03/2022

Droit d'asile et bonnes gueules

L'Humanité fonctionne-t-elle toujours d'abord par l'idée que ce qui est proche et connu nous ressemble alors que ce qui est loin et inconnu, d'une autre couleur, d'une autre culture, nous divise et nous rend méfiant-e-s?

La guerre d'Ukraine vient frapper douloureusement à notre porte et le droit d'asile agit sur nos consciences. Hier, les réfugié-e.s d'Afrique, d'Irak, d'Afghanistan, et de Syrie, n'étaient pas vraiment les bienvenu-e-s sauf d'une minorité d'entre nous par ailleurs décriée et conspuée par les sympathisants de la droite et de l'extrême-droite nationaliste.

Accusé-e-s et affublé-e-s de tous les maux (profiteurs, violeurs, terroristes, base avancée du grand remplacement civilisationnel selon Z et quelques autres, et j'en passe et des pires encore).

Poutine le Gentil maître tout blanc de Russie, comme par hasard autre Z pour zèbre blanc sans lignes noires nazifiantes et dégénérées, personnage d'une haute culture ancestrale et d'une grande intelligence d'esprit surpassant nos faibles dirigeants occidentaux que ces derniers devaient bien accueillir en grande pompe à Versailles ou à Genève au nom  de la Paix, de la Bourse, et de la Finance, avec force médias et tapis rouge. Lui était si admiré par notre extrême-droite, voir d'une frange de l'extrême-gauche occidentale. Parenthèse refermée.

Peu parmi nous acceptaient volontiers ces gens de couleur ici, dans nos contrées, villes et villages. En plus, ces "bataillons d'envahisseurs" étaient constitués d'une grosse majorité de jeunes hommes. Peu de femmes, pratiquement pas d'enfants ni de personnes âgées.

Pourtant beaucoup fuyaient déjà la guerre (et j'entends des voix dans ma tête harcelée par les discours nauséeux et racistes "ils devaient plutôt se battre pour leur pays et leurs convictions au lieu de déserter pour venir profiter et abuser de nous, en Europe").

Nous avons eu de la peine à accueillir les réfugié-e-s de ces pays en guerre. Même celles et ceux qui arrivaient de Syrie, pays martyr parmi les pays en guerre, ne nous touchaient pas beaucoup. C'était "leur" guerre, pas la nôtre. Comme si les populations devaient porter toute la faute de leurs salauds installés au gouvernement et qui ont soumis leur propre peuple à leur despotisme effroyable.

Aujourd'hui, ce sont les Ukrainiennes et les Ukrainiens que nous accueillons chez nous les bras ouverts et c'est tant mieux. Mais il faut s'interroger sur notre perception du monde et des cultures.  Des femmes, des enfants, et des vieillards, cela rassure tout le monde. Ils et elles semblent porter l'esprit de paix avec eux. Et puis, les souffrances endurées, leur effroi, leur tristesse de tout quitter, y compris un père, un mari, un amant, des frères, des ami-e-s, font que nous compatissons pleinement à leur douleur. Nous ne pouvons pas les rejeter et nous en sommes pleinement conscient-e-s.

En réalité, nous voilà pris dans le piège de nos propres valeurs occidentales. L'Ukraine c'est presque chez nous, presque en Europe. C'est un grand pays agressé par l'empire russe de Poutine et notre culture d'Occidentaux se rappelle au mauvais souvenir du grand Satan soviétique dévoreur des pays de l'Est et envahisseur de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie pour ne citer que ces deux pays. Nous avons appris à haïr le despotisme du communisme en nous trouvant très beaux et très belles dans le miroir tendu par le capitalisme, puis l'ultra-capitalisme, de chez nous. Nous étions du bon côté du mur, les gentils, les femmes et les hommes libres qui agissions en paix, en harmonie avec le monde. Nous avons tout simplement oublié que l'ultra-capitalisme a provoqué aussi des ravages et des guerres détestables exportées tout en nous délestant petit à petit de nos libertés et de notre esprit critique sur l'autel de la consommation effrénée. Comme des vaches qui regardons passer le train sanguinaires des oligarques. "Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement"... Ce cher Victor Hugo au regard acéré. 

Nous ne sommes pas le petit Chaperon Rouge candide et romantique de la fable et la Russie le grand méchant loup. Nous avons à partager la responsabilité de la guerre actuelle en Ukraine même si, et cela est certain, Vladimir Poutine en porte la plus large part et est un sale dictateur qui peut nous entraîner très loin dans le monde de l'obscurité et de la barbarie.

Il faudra que cette guerre dramatique, si celle-ci a une fin heureuse, nous alarme sur notre propre façon de commercer avec le monde et sur la façon dont nous avons accordé tant de liberté à cet ultra-libéralisme monstrueux qui lui, pour le coup, est réellement décadent et agit en ennemi de nos valeurs démocratiques de liberté, d'égalité, et de fraternité. Nous avons créé les monstres dinosaures qui dirigent le monde, ces oligarques maniaques et décadents, ces bouffeurs d'oxygène qui ravagent et pillent les richesses de notre planète en se prenant pour des bienfaiteurs de l'Humanité. Il suffit de regarder leurs yachts de luxe dédiés à la croisière et aux plaisirs de la chair et de la luxure pour comprendre la place qu'ils occupent sur Terre à côté de la barque frêle d'un pêcheur du Mékong qui s'adonne tous les jours aux durs mais paisibles travaux de la pêche pour nourrir sa famille. Il suffit de cette seule image pour voir le décalage indécent entre les maîtres du monde et le reste du monde, ce monstre global que l'ultra-libéralisme a créé pour le meilleur, soi-disant, mais surtout pour le pire sur un terme de plus en plus court.

Pour en revenir au droit d'asile et aux bonnes gueules d'Ukrainiennes et d'Ukrainiens qui arrivent chez nous, il faut applaudir des deux mains cette nouvelle solidarité de l'Occident. Nous voilà ressouder avec nos vraies valeurs démocratiques d'Occidentaux, l'accueil, le partage, l'envie d'être généreux et généreuses, de s'appuyer sur les piliers de nos lois démocratiques pour changer le monde plutôt qu'en laissant les oligarques dictés, les mains libres et pleine de sang humain, l'horloge atomique de notre temps.

La guerre en Ukraine nous relie à notre essentiel, à ce qui fait de nous des femmes et des hommes libres et démocratiques épris-es de justice et de liberté, prêt-e-s à combattre contre les monstruosités de notre temps et les oligarchies ultra-capitalistes mondiales dont la Russie et la Chine sont les avant-postes de l'horreur totalitaire,  de cette anti-philosophie du laisser-faire qui nous a été imposé par Reagen et Thatcher, et leur cher ami Pinochet si humain et démocrate, en son temps funeste.

Ami-e-s Ukrainiens et Ukrainiennes, vous êtes les bienvenu-e-s chez nous. La Terre entière n'a qu'un seul peuple. C'est l'Humanité et la communauté des êtres humains.

 

Commentaires

Pourquoi est-ce raciste de dire que les jeunes hommes devraient rester, lutter et défendre leur pays au lieu de venir demander l'asile en Europe ? Les Ukrainiens qui luttent et défendent leur pays contre l'invasion russe sont-ils racistes ?

Une autre grande différence est que les Ukrainiens se réfugient dans les pays voisins. Les Syriens devraient - pour suivre un schéma identique - se réfugier en Jordanie ou dans les pays du Golfe : même langue, même religion, même culture, même climat, mêmes habitudes alimentaires. A nouveau, est-ce raciste que d'enfoncer des portes ouvertes ?

Écrit par : Persille | 14/03/2022

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