27/03/2022

Le petit garçon au pyjama imprimé de dinosaures

C'était hier en début d'après-midi par un beau soleil de printemps.

Je prenais le train pour rentrer chez moi après le service de midi. J'étais seul dans le compartiment 4 places quand soudain une femme et son enfant sont venus s'installer sur la banquette d'en face. Un homme, probablement le mari ou le frère,  voir un ami, bien que l'Ukraine ne laisse pas sortir du pays les hommes en âge de combattre, les accompagnait restant debout dans le couloir.

Ils avaient quelques bagages et valises avec eux. A la langue parlé entre eux, j'ai reconnu qu'ils venaient d'un pays de l'Est, donc de l'Ukraine en guerre très probablement. La jeune maman avait l'air si triste et abandonnée dans ses pensées. Un petit sourire discret au moment de s'asseoir sur la banquette et de déposer son sac à main sur la mienne. Quelques mots, à peine audible, à son compagnon et à son enfant qui portait un sac à dos jaune fluo avec des bretelles bleues ciel. Les couleurs de l'Ukraine.

Le garçon commença à jouer sur un tablette tandis que sa maman se couvrit les yeux d'une grosse paire de lunettes noires comme pour cacher sa souffrance et son deuil.

J'avais envie de lui dire quelques mots genre "Welcome to Switzerland" mais cela ne sortait pas. Peur d'être maladroit et d'intervenir à mauvais escient. Je venais d'acheter des dattes emballées dans un paquet de fête à un collègue. C'était l'occasion de peut-être l'offrir à cette famille en guise d'accueil dans notre pays.

Durant le parcours entre Neuchâtel et Boudry, le garçon me regarda intensément dans les yeux durant quelques secondes. Je vis en lui comme la lumière de la détermination et de la force qui l'habitaient. Il devait pourtant n'avoir que 5 ou 6 ans. Et, chose étrange, il portait un pyjama avec des motifs de dinosaures comme si le vrai dinosaure qui les avait chassé de leur maison avait disparu depuis des millénaires et qu'il n'était plus en mesure de l'atteindre, inoffensif comme sur son pyjama.

L'homme debout avertit qu'ils arrivaient à destination (sans doute le centre pour requérants d'asile de Perreux). Au moment de quitter le wagon, j'ai tendu spontanément les dattes en direction de la dame qui a très poliment refusé mon présent. J'ai juste pu lui dire "Have a nice day" sur quoi elle m'a répondu "Thank you". Puis le trio a disparu de mon regard.

Je me suis demandé pourquoi ces mots-là plutôt que les mots d'accueil que j'avais en tête. Peut-être simplement parce que j'avais déjà intégré que les Ukrainiennes et Ukrainiens qui arrivaient chez nous faisaient désormais partie de notre quotidien et qu'à leur situation tragique il ne fallait pas en plus rajouter le sentiment qu'ils n'étaient plus chez eux mais chez nous, étrangers exilés dans un autre pays. 

La Suisse-Ukraine existe désormais et le trait d'union qui nous relie appartient désormais à notre Histoire commune.

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Le Sphinx de Neuchâtel et sa Baigneuse

(futur éco-parc aux ruches d'abeilles devant l'Hôtel du Peyrou)

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Neuch à Toi

 

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