30/07/2022

Quand Assad et Poutine redeviendront fréquentables

C'est un des effets les plus pervers qui soient de la realpolitik.

Les faiseurs des pires guerres de notre temps, les "Hitler" de notre époque ne sont plus broyés et écrasés par les "pays de la liberté et de la démocratie". Ils sont lavés, blanchis, puis recyclés dans le cercle des dirigeants fréquentables.

Notre époque préfère l'amnésie générale et l'hypocrisie, qui arrange sacrément les petites affaires commerciales des puissants et la marche du monde, à la justice pour les victimes des guerres. Il semble que l'état de nos sociétés est à ce point déplorable qu'il nous est impossible de rendre la justice et de condamner les hommes de pouvoir qui détruisent plus que jamais la planète et les droits humains élémentaires.

Si détruire des pays comme l'Ukraine, condamner une population entière à la terreur d'un tyran et à l'exil, ne conduit plus à une guerre totale entre pays démocratiques et dictatures, c'est que la menace nucléaire et les risques de conflit apocalyptique ressurgissent sans cesse dans nos mémoires. Vladimir Poutine l'a bien compris. Il ne peut pas perdre pas plus que l'Occident ne peut perdre cette guerre en Ukraine. Mais à la fin, c'est la dictature qui gagne et la démocratie qui s'enfonce, perd la face, se retrouve méprisée et moquée par les adeptes des régimes brutaux faisant fi des plus élémentaires droits humains et de la liberté démocratique.

Tout ça pour ça. La guerre en Ukraine laissera de terribles traces d'impuissance quant à l'indécision occidentale à se débarrasser des dictateurs. L'Occident a soutenu les opposants à Assad s'en se mêler trop directement à la guerre de Syrie. Onze ans plus tard, c'est Bachar qui triomphe et redevient un leader fréquentable même parmi le monde arabe sunnite. Reçu par les Émirats arabes unis en mars 2022, le président syrien redevient incontournable dans la diplomatie internationale que cela plaise ou non à l'Occident.

Viendra le jour où, sauf disparition naturelle, Vladimir Poutine redeviendra fréquentable aux yeux du monde. Ce jour-là, les Occidentaux auront perdu plus qu'une bataille. Ils auront perdu la guerre et la tyrannie aura de beaux jours devant elle. Même aux Etats-Unis, avec des gens comme Donald Trump au pouvoir, les libertés individuelles perdent du terrain au profit d'un régime autoritaire qui dicte les lois sans tenir compte de la sensibilité des populations. Nul doute que si Vladimir Poutine gagne encore et revient en grâce, la moitié de l'Amérique préférera un leader comme Donald Trump à un leader démocrate comme Joe Biden.

Les deux tiers de l'Humanité ne font déjà plus confiance à la démocratie comme régime politique pour le futur. Nos pays ne sont plus reconnus comme des pays vertueux ayant soif de justice et de liberté mais au contraire des pays injustes, corrompus, prêts à toutes les compromissions pourvus qu'ils en retirent des avantages sonnants et trébuchants.  Quoique nous fassions, nous sommes mal vus et les théories du complot foisonnent. Les dictateurs tiennent le beau rôle et nous sommes regardés comme les méchants capitalistes qui écrasons le monde après l'avoir colonisé dans les temps anciens.

A la sortie de la guerre ukrainienne, après la destruction d'un pays et le sacrifice inouï et inutile d'une grosse partie de sa population, toute la faute de cette guerre retombera sur nous les Occidentaux parce que nous n'aurons pas réussi à défaire l'armée russe et Vladimir Poutine lui-même. Ce dernier pourra triompher comme Bachar el Assad aujourd'hui. Ce jour là sonnera sans doute la fin actée de nos démocraties et le retour à des régimes tyranniques, violents, expéditifs, abuseurs, ne tenant plus compte des libertés essentielles et des droits humains. 

Entre le marteau de la bombe atomique et l'enclume de la realpolitik, la démocratie se meurt et personne ne sait comment faire pour lui redonner ses lettres de noblesse.

MBS chez Macron à Paris c'est Pink Floyd qui nous lance son dernier S.O.S. pour sauver la démocratie et les droits humains des griffes des dictateurs.

 

29/07/2022

Vivre sans média et sans réseaux sociaux

Étrange société.

D'un côté, il y a les fadas de la surinformation et des réseaux sociaux. De l'autre, il y a celles et ceux qui se sont coupé-e-s du monde pour échapper aux fakes et aux mauvaises nouvelles colportées, histoire de conserver leur santé mentale et un hygiène de vie la plus "bio" possible.

Moins j'en sais, mieux je me porte ou alors plus j'en sais, plus je suis perturbé et maltraité par ce monde anxiogène qui annonce jour après jour cataclysme sur cataclysme?

Que l'on vive dans un monde ou dans l'autre, personne n'échappe pourtant à la réalité de nos défis actuels pour "sauver la planète et l'Humanité" d'une apocalypse imminente voir déjà en cours pour les plus pessimistes d'entre nous.

Se retirer du monde, vivre en quasi autarcie, garder son esprit libre de toutes influences malfaisantes ou bienfaisantes, n'est pas la tasse de thé de l'immense majorité de la population. Sommes-nous toutes et tous esclaves de la société de consommation? Pouvons-nous réellement vivre hors du temps et séparé-e-s du monde par un cordon sanitaire nous protégeant  des "mauvaises ondes" médiatiques qui déferlent à longueur de journées et de nuits plus ou moins blanches, plus ou moins lugubres?

Faire bande à part et ignorer ce qui fait société au jour le jour et ce que fait notre société jour après jour est une option mais ne sera pas la solution à nos problèmes collectifs. Vivre en espace autonome avec sa petite famille et ne plus enclencher de radio, un téléviseur, un ordinateur pour s'imprégner de l'humus du monde qui tente de lutter contre les ravageurs d'humanité et de climat en exprimant des pensées positives et des actes de résistance pacifique pour consommer autrement notre espace commun peut probablement s'apparenter à un déni et à un certain dédain de la vie communautaire en société. Fuir la foule, et les médias par la même occasion, c'est en quelque sorte déserter la société et faire acte d'auto-exclusion aux autres, se protéger contre les faits néfastes mais aussi s'empêcher d'explorer les actions heureuses et les gens qui restent malgré tout optimistes et cherchent de vraies solutions à nos problèmes de société.

Pourrais-je vivre sans les médias et leurs nouvelles, bonnes ou funestes, rapportées du monde? Je ne le pense pas vraiment. Se déconnecter du monde des vivant-e-s en supprimant tous les médias qui nous relient les uns aux autres et en ne gardant que les liens indispensables à la survie de notre petit cocon familial et intime n'est pas une solution durable mais un acte un peu vain de s'autosatisfaire à soi-même et de vivre dans une paix un peu artificiel mais surtout en bocal.

Devenir l'aubergiste du monde me semble plus propice à la vie en commun plutôt que de se contenter de sa petite parcelle individuelle qui ne satisfera que notre ego et celui de nos tout proches à l'exclusion de tous les autres. S'intéresser aux affaires du monde en y apportant son message d'amour et de paix tout en critiquant vertement celles et ceux qui se complaisent dans leurs rôles néfastes de ravageurs et de dévastateurs d'humanité et de biodiversité.  Il me semble assez évident que cette solution est plus satisfaisante à la réclusion volontaire quitte même à se prendre des coups de bâton et à se faire rejeter d'une partie de la société. Vivre de contemplation, se retirer du monde, oublier les liens qui nous lie à ce monde matérialiste pouvant être aussi émouvant et subtil qu'énervant voir exaspérant et désespérant, ne me semble pas forcément approprié à une aventure humaine très épanouissante qui reste, quoiqu'on puisse en penser, une oeuvre de vie collective et non individuelle. Sans l'autre, je ne suis rien qu'une femme ou un homme qui se contente de vivre pour elle-même ou lui-même.

Aimer pleinement la vie c'est aimer celles et ceux qui tentent coûte que coûte de construire un monde plus durable et solidaire. Et sans médias, il est difficile voir impossible d'être relié physiquement voir spirituellement au monde qui nous entoure et vit dans le même espace communautaire. Rêver d'un monde plus juste et plus heureux en se retirant du monde est totalement utopiste. Cultiver son jardin ne signifie pas qu'il faut oublier le reste du monde.

Fuir les ondes ou rester connecter. C'est une question d'équilibre. Pour ma part, j'ai besoin d'être et de rester à l'écoute de ce monde qui souffre mais qui sait aussi exprimer sa joie et son bonheur de vivre par des actes magnifiques et tellement émouvants.

Je finis ce billet par quelques cartes postales de ma production rapportées des Côtes-d'Armor ainsi qu'avec la carte postale musicale de Juliette Armanet .

Une foule dense, un peu partout, et peu propice à l'inspiration artistique, beaucoup de tourisme qui semble venir agresser ces côtes sauvages pleines de mystères. Mais au final, notre société, qui peut nous faire peur et nous torturer à bien des égards, forme un tout qui dépasse largement notre vision personnelle parfois trop étriquée et pessimiste de notre monde et de l'Humanité. 

 

 

20220721_1434144.jpg

La Becquée

 

20220721_19234444.jpg

Le Nid d'Oiseaux

20220721_1923444.jpg

 

20220719_1804365.jpg

Janus marin

 

20220719_18043635.jpg

 

20220719_18043655.jpg

 

20220719_1805222.jpg

Le Sphinx de Bréhat

 

20220719_180629999.jpg

La Gueule cassée

20220719_1806299.jpg

 

20220717_1949211.jpg

La double Emprunte

 

20220717_2201377.jpg

 

20220724_1431022.jpg

La Vallée des Saint-e-s

20220724_14310222.jpg

 

20220724_143102222.jpg

 

20220724_1642188.jpg

 

20220717_19514000.jpg

Capucine for Love

 

20220717_1951400.jpg

26/07/2022

L'Europe a soif

L'Europe a soif.

Soif d'amour mais tout brûle

sous la canicule.

Tout autour de toi

c'est un long crépuscule

déployant ses ailes maudites.

L'aube se lève rouge de sang

mais le soleil se couche avec toi.

 

L'Humanité bascule dans l'horreur.

Les gens envahissent festivals et plages.

Ils se saoulent de musique et de mojito.

Une présentatrice russe explique à la TV

comment cuire l'être humain

dans une cocotte-minute

avec l'invention dernier cri

de chercheurs à la science satanique

vaporisant la vie sous leurs soleils.

 

Tu cherches à comprendre

l'erreur humaine

mais tu ne comprends pas

l'obscénité monstrueuse

de cette femme déroulant ses mots

avec un aplomb de vampire

et une fierté à faire pâlir Sade.

 

Ton visage c'est le Cri et les mots de Munch.

 

« Tout d’un coup le ciel devint rouge sang.

je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture.

Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir.

Mes amis continuèrent, et j’y restai,

tremblant d’anxiété.

Je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers. »

 

20220721_19275888.jpg

 

 

20220721_193227.jpg

 

20220721_192758.jpg

 

Je photographie ma petite fille

qui joue sur le sable

et je me demande combien de temps

elle pourra résister à la monstruosité

de ce monde décadent.

Combien de temps encore?

A-t-elle un avenir au-delà de son enfance

parmi tous ces sadiques reptiliens XXL

qui peuplent et dirigent notre monde

avec l'assentiment de femmes

aussi scandaleuses que des gorgones?

Comment imaginer son avenir

quand l'indifférence règne

et que toutes les plages croulent

sous des gens aux consciences endormies?

Des cris d'enfants, des pleurs, des rires,

le vague à l'âme,

les vagues qui s'écrasent sur les rochers,

et puis la guerre là-bas

n'en finissant plus de ravager nos espoirs.

20220720_194542.jpg

 

Les artistes ne servent plus à rien.

Ils ne sont pas écoutés

au-delà de l'instant présent.

Et encore.

Il y a ceux qui n'existent

pour personne.

Les artistes sont pourtant tout.

Ils sont les derniers

à garder l'amour comme unique trésor.

 

Je suis revenu vers toi à marée haute

pour te dire que je t'aime.

 

L'écriture est une signature.

Sans signature je ne serais rien d'autre

qu'un homme qui a perdu la foi

au milieu d'une foule

qui ne me voit pas.

 

 

20220718_064401.jpg

 

20220717_195308.jpg

 

20220717_195910.jpg

 

20220717_195140.jpg

 

20220717_195107.jpg

 

20220717_200018.jpg

 

20220718_064142.jpg

 

20220718_064303.jpg

09/07/2022

Permission d'été avec Marcel Proust (rien d'autre à ajouter)

 

 

[…] c’était des rivages de la mort, vers lesquels ils allaient retourner, qu’ils venaient un instant parmi nous, incompréhensibles pour nous, nous remplissant de tendresse, d’effroi, et d’un sentiment de mystère, comme ces morts que nous évoquons, qui nous apparaissent une seconde, que nous n’osons pas interroger et qui du reste pourraient tout au plus nous répondre : « Vous ne pourriez pas vous figurer ». Car il est extraordinaire à quel point, chez les rescapés du feu que sont les permissionnaires, chez les vivants ou les morts qu’un médium hypnotise ou évoque, le seul effet du contact avec le mystère soit d’accroître, s’il est possible, l’insignifiance des propos.
(IV, 336-337)
À l’heure du dîner les restaurants étaient pleins ; et si passant dans la rue je voyais un pauvre permissionnaire, échappé pour six jours au risque permanent de la mort, et prêt à repartir pour les tranchées, arrêter un instant ses yeux devant les vitres illuminées, je souffrais comme à l’hôtel de Balbec quand des pêcheurs nous regardaient dîner, mais je souffrais davantage parce que je savais que la misère du soldat est plus grande que celle du pauvre, les réunissant toutes, et plus touchante encore parce qu’elle est plus résignée, plus noble, et que c’est d’un hochement de tête philosophe, sans haine, que prêt à repartir pour la guerre il disait en voyant se bousculer les embusqués retenant leurs tables : « On ne dirait pas que c’est la guerre ici ».
La guerre se prolongeait indéfiniment et ceux qui avaient annoncé de source sûre, il y avait déjà plusieurs années, que les pourparlers de paix étaient commencés, spécifiant les causes du traité, ne prenaient pas la peine quand ils causaient avec vous de s’excuser de leurs fausses nouvelles. Ils les avaient oubliées et étaient prêts à en propager sincèrement d’autres qu’ils oublieraient aussi vite.
(IV, 356)
(IV, 313)
Et à côté d’images qui ne voulaient rien dire du tout (« les Allemands ne pourront plus regarder en face la statue de Beethoven ; Schiller a dû frémir dans son tombeau ; l’encre qui avait paraphé la neutralité de la Belgique était à peine séchée ; Lénine parle, mais autant en emporte le vent de la steppe »), c’étaient des trivialités telles que : « Vingt mille prisonniers, c’est un chiffre. Notre commandement saura ouvrir l’œil et le bon. Nous voulons vaincre, un point c’est tout. » Mais, mêlé à tout cela, tant de savoir, tant d’intelligence, de si justes raisonnements !
(IV, 369-370)
Mon petit, m’écrivait Robert, je reconnais que des mots comme « passeront pas » ou « on les aura » ne sont pas agréables ; ils m’ont fait longtemps aussi mal aux dents que « poilu » et le reste, et sans doute c’est ennuyeux de construire une épopée sur des termes qui sont pis qu’une faute de grammaire ou une faute de goût […]. Mais si tu voyais tout ce monde, surtout les gens du peuple, les ouvriers, les petits commerçants, qui ne se doutaient pas de ce qu’ils recelaient en eux d’héroïsme et seraient morts dans leur lit sans l’avoir soupçonné, courir sous les balles pour secourir un camarade, pour emporter un chef blessé, et frappés eux-mêmes, sourire au moment où ils vont mourir parce que le médecin-chef leur apprend que la tranchée a été reprise aux Allemands, je t’assure, mon cher petit, que cela donne une belle idée des Français et que ça fait comprendre les époques historiques qui nous paraissaient un peu extraordinaires dans nos classes.
L’épopée est tellement belle que tu trouverais comme moi que les mots ne sont plus rien. Rodin ou Maillol pourraient faire un chef-d’œuvre avec une matière affreuse qu’on ne reconnaîtrait pas. Au contact d’une telle grandeur, « poilu » est devenu pour moi quelque chose dont je ne sens même pas plus s’il a pu contenir d’abord une allusion ou une plaisanterie que quand nous lisons « chouans » par exemple. Mais je sens « poilu » déjà prêt pour de grands poètes, comme les mots déluge, ou Christ, ou Barbares qui étaient déjà pétris de grandeur avant que s’en fussent servis Hugo, Vigny, ou les autres.
(IV, 330-332)
Le bourrage de crâne est un mot vide de sens. […] Le véritable bourrage de crâne, on se le fait à soi-même par l’espérance, qui est une forme de l’instinct de conservation d’une nation, si l’on est vraiment membre vivant de cette nation. Pour rester aveugle sur ce qu’a d’injuste la cause de l’individu-Allemagne, pour reconnaître à tout instant ce qu’a de juste la cause de l’individu-France, le plus sûr n’était pas pour un Allemand de n’avoir pas de jugement, pour un Français d’en avoir, le plus sûr pour l’un ou pour l’autre c’était d’avoir du patriotisme.
(IV, 352-353)
Mais on lit les journaux comme on aime, un bandeau sur les yeux. On ne cherche pas à comprendre les faits. On écoute les douces paroles du rédacteur en chef comme on écoute les paroles de sa maîtresse. On est battu et content parce qu’on ne se croit pas battu mais vainqueur.
(IV, 330)
Au temps où je croyais ce qu’on disait, j’aurais été tenté en entendant l’Allemagne, puis la Bulgarie, puis la Grèce protester de leurs intentions pacifiques, d’y ajouter foi. Mais, depuis que la vie avec Albertine et avec Françoise m’avait habitué à soupçonner chez elles des pensées, des projets qu’elles n’exprimaient pas, je ne laissais aucune parole, juste en apparence, de Guillaume II, de Ferdinand de Bulgarie, de Constantin de Grèce, tromper mon instinct, qui devinait ce que machinait chacun d’eux.
Du reste, pour en finir avec les duchesses qui fréquentaient maintenant chez Mme Verdurin, elles venaient y chercher, sans qu’elles s’en doutassent, exactement la même chose que les dreyfusards autrefois, c’est-à-dire un plaisir mondain composé de telle manière que sa dégustation assouvît les curiosités politiques et rassasiât le besoin de commenter entre soi les incidents lus dans les journaux. Mme Verdurin disait : « Vous viendrez à 5 heures parler de la guerre », comme autrefois « parler de l’Affaire », et dans l’intervalle : « Vous viendrez entendre Morel. » […] Les choses étaient tellement les mêmes qu’on retrouvait tout naturellement les mots d’autrefois : « bien pensants, mal pensants ». Et comme elles paraissaient différentes, comme les anciens communards avaient été antirévisionnistes, les plus grands dreyfusards voulaient faire fusiller tout le monde et avaient l’appui des généraux, comme ceux-ci au temps de l’Affaire avaient été contre Gallifet.
(IV, 308-309)
(IV, 350)
Références et excellent article ici:

07/07/2022

Grosse fatigue

Parler de motivation, quand la planète et l'humanité se trouvent dans une situation critique et que les solutions paraissent enveloppées d'un épais brouillard de contraintes et de contradictions, devient quelque chose de presque irréel.

Même pour s'attacher à l'écriture quotidienne, la motivation me manque et la fatigue physique comme psychique, surtout,  commettent leurs ravages sur mon cerveau. N'être pas disponible à la compromission avec ce modèle néolibéral de consommation compulsive entraîne d'autres ravages pour sa propre personne.

Les différentes formes de covid et la vaccination contre elles ayant passé par là, il faudrait faire un bilan de santé, se rendre chez le médecin pour savoir ce qui est en train de "clocher". Mais en réalité, je crois savoir ce qui ne va pas depuis si longtemps dans ma gestion de l'existence. Mon esprit refuse la défaite mais la défaite est bien réelle depuis tant d'années. La liquéfaction des liens familiaux après divorce, la distanciation sociale, les difficultés financières insurmontables dans une société qui refuse aux plus petits revenus une remise à plat de leur dette et un nouveau départ dans la vie, finissent par user, éroder, et tuer la volonté même la plus résistante qui soit.

Cela fait maintenant 14 ans, sauf erreur, que je me suis attelé à la réalisation de ce blog. Avant lui, d'autres étapes d'écritures avaient été tentées. En vain. Elles se sont perdues à tout jamais dans les brumes internautiques. Il est d'ailleurs très possible que ce blog, lui aussi, disparaisse un jour sans laisser de traces pour la postérité. Il est si facile d'effacer une mémoire sur le web. Plus encore que sur papier ou un journal intime, qui réapparaît un jour, intrigue bien davantage que des centaines de millions de sites particuliers laissés en déshérence sur le web et finalement éliminer en toute discrétion par les propriétaires des plate-formes qui tiennent entre leurs mains la décision d'effacer ou de conserver un travail dans le temps long.

Ce travail non reconnu, non rémunéré, non répertorié, est ingrat et il faut l'écrire. Au final, c'est un travail à somme nulle dont on ne sait même pas s'il a participé à la communauté humaine ou non. C'est le risque que nous courrons, nous les blogeurs et blogueuses anonymes jamais mis-e-s en avant par les médias. Un peu comme un musicien de rue qui joue dans l'indifférence générale des passants et passantes mais qui obtient néanmoins quelques piécettes des personnes sensibles à sa peine.

A dire vrai, l'époque n'est plus aux troubadours mais aux boursicoteurs qui spéculent au lieu de rêver et vivent à cent à l'heure grâce à l'argent qu'ils obtiennent sans trop de fatigue.

Pour ma part, j'aimerais pouvoir continuer à écrire mais je sens que ma flamme s'éteint gentiment avec mes faux espoirs qui ne se réalisent jamais. Revenir à meilleure fortune, comme ils disent aux poursuites et faillites, pour pouvoir prélever de l'argent tout en te laissant au minimum vital. Perso, je suis sensé revenir à meilleure fortune depuis 30 ans puisqu'ils arrivent sans cesse à prélever de l'argent et à vouloir me réduire au minimum vital. J'aurais sans doute, au moment de la retraite, pu solder mes dettes et continuer à vivoter avec le minimum vital tout en ayant accompli un travail de forçat toute ma vie et n'avoir jamais eu un centime pour vivre au-dessus du minimum vital. C'est un chemin impossible à parcourir durant un laps de temps aussi long.

Peut-on vraiment travailler comme un dingue durant 30 ans et prendre des responsabilités dans une entreprise tout en survivant comme un assisté social à 100%? Est-ce bien là une façon juste de la société soi-disant basée sur le mérite qui condamne un failli ayant pris le risque d'ouvrir son propre commerce et s'être fourvoyé naïvement avec des gens parfois peu recommandables qui ont bien participé et contribué à sa chute dans les dettes?

Je laisse la question ouverte à nos administrations chargées de faire régner la "justice" des créanciers en laissant les débiteurs et débitrices dans la panade, parfois pour une vie entière. Qu'est-ce que la justice démocratique quand certains gagnent des millions sans rien faire et d'autres vivent dans la misère en travaillant comme des chiens?

Pour ma part, j'ai tout donné, dans mon travail au quotidien pour des patrons pas si reconnaissants que ça ainsi que sur ce blog pour faire transparaître une autre identité, ma personnalité sensible en souffrance. Quant à ma vie privée, les gens qui m'aiment et me fréquentent savent ce que je vaux et ce que je ne vaux pas.

Je ne puis dire si je vais continuer encore longtemps à écrire des billets sur ce blog. Mon objectif, depuis le début, était de viser les 8849 articles, soit le sommet de l'Everest pour y proposer à la fois et symboliquement l'exploit sportif mêlé à la poésie d'un homme qui part en direction des nuages plutôt qu'il ne s'englue dans un matérialisme vain, voir dans une sorte de criminalité quelconque pour tenter de refaire surface financièrement.

J'en suis aujourd'hui à l'écriture d'un peu plus de 6500 articles, loin, encore très loin du sommet que je me suis fixé. Cependant, cela correspond bien à la marche suivie. Je suis même un peu en avance sur le plan initial qui était de 1 article par jour. La passion et surtout l'urgence d'écrire a dépassé mes prévisions.

Cette vigilance de me mettre au travail chaque jour pour quelque chose qui ne me rapporte strictement rien d'un point de vue financier, ni même reconnaissance sociale, est sans doute de l'ordre de la folie. Mais les artistes ne sont-ils pas à la base attirés par la folie et l'oubli de soi en dépassant les filtres sociaux imposés par la société afin de puiser au plus profond de leur être leur révolte, leur force vitale?

Durant ce mois de juillet, je vais m'octroyer une pause dont j'ai vraiment besoin. Ma vie professionnelle connaît quelques nouvelles situations sans doute délicates à manoeuvrer. "Il faudra voir" comme dirait le quidam. Une chose est sûre. A bientôt 63 ans, je ne vais pas travailler comme un forcené pour un revenu misérable me condamnant à la survie. Pour cela, il y a le chômage. J'y ai droit comme tout le monde mais ce n'est pas la solution que je privilégie. J'ai toujours détesté vivre aux crochets de la société et de l'assistance sociale. Ma mentalité ne changera jamais. L'indépendance, même au plus bas niveau financier, est inscrite dans mes gênes. Je suis fait comme ça.   

L'été est là. Je vous souhaite à toutes et à tous de merveilleuses vacances et beaucoup d'amour. Prenez soin de vous. Je reviendrai sur mon blog, si tout va bien, dans quelques semaines. Sinon, hasta la vista mi amor.

 

 

 

20220705_11325999999.jpg

NIFFF, Place du Marché, Neuchâtel

 

20220705_1132599.jpg

 

20220705_113351(111).jpg

 

20220705_113351(1111111).jpg

 

20220705_113351(1).jpg

 

20220705_113351(1111).jpg

 

20220705_113351(11).jpg

 

20220705_113259.jpg

 

20220705_113533.jpg

 

20220705_135926.jpg

 

20220705_140445.jpg

 

20220625_13544000000.jpg

 

20220625_13544000.jpg