04/08/2022

Grâce à Poutine, la Chine se sent pousser des ailes

Nancy Pelosi a bon dos et surtout un très mauvais pedigree pour Pékin.

Elle a fait partie des soutiens les plus appuyés et courageux aux étudiant-e-s révolté-e-s pro-démocratie durant l'occupation de la Place Tian'anmen terminée dans un bain de sang par l'intervention des forces de l'ordre de la dictature chinoise.

Sa très récente visite à Taïwan n'était pas une bonne idée dans le contexte actuel où les régimes dictatoriaux se sentent en position de force face aux démocraties du monde. Les Américains payent aujourd'hui le prix pour leurs interventions militaires et secrètes dans de nombreux pays du globe depuis la dernière guerre mondiale. Plus personne ne croit aujourd'hui que l'Amérique se bat encore pour la liberté des peuples et la démocratie. A peu près tout le monde pense que se sont les intérêts économiques qui la motive exclusivement et l'avènement de l'ultra-capitalisme a conforté cette façon de penser parmi les populations du monde y compris chez nous en Occident.

La guerre contre l'Allemagne d'Hitler, durant laquelle des dizaines de milliers de soldats américains ont été sacrifiés pour libérer l'Europe du nazisme, avait donné aux USA une sorte d'aura de sainteté pour les démocraties du monde et l'Europe en particulier. Mais depuis ce temps-là, bien des horreurs et des erreurs stratégiques coupables de la politique américaine ont conduit à la détestation voir à la haine de l'Amérique, et partant, à la haine des nations occidentales, en entraînant une perte incontestable et tragique de nos valeurs et vertus démocratiques.

Il a fallu qu'un certain Vladimir Poutine arrive au pouvoir en Russie pour que l'apogée américaine et son ordre du monde périclite en Syrie avec la non-intervention militaire directe (secrètement des opérations se sont déroulées contre le régime de Assad) laissant le champ libre au président russe pour soutenir l'armée syrienne contre les rebelles armés qui formaient un mélange hétéroclite et très explosif de terroristes islamistes, de rebelles pro-démocraties, et de parias armés attirés par l'argent et le pillage jouissant de l'impunité durant la guerre.

Dès lors, Vladimir Poutine a lancé son ballon d'essai avec son invasion de la Crimée qui fut le succès total que l'on sait et sans effusion de sang. De quoi donner à son tour à Vladimir Poutine une aura de sainteté auprès du peuple du russe et d'une partie de la population mondiale qui l'a vu alors comme le grand libérateur et défenseur d'un nouvel ordre censé être "plus juste et plus démocratique". De la poudre aux yeux jetée par ce grand illusionniste machiavélique... mais dont certains et certaines chez nous ont les yeux de Chimène pour les hommes forts, psycho-rigides, machistes, brutaux et sans peur face à l'Amérique et ses "prétendues valeurs de liberté".

Puis est venu le temps de l'invasion toute entière de l'Ukraine avec un retentissant échec pour Poutine qui pensait rejouer le coup de la Crimée. Cependant, le maître du Kremlin ne s'avoue jamais battu. Et d'un situation initiale, très défavorable pour lui, il en a fait une situation où les Occidentaux ne savent plus quoi faire de l'Ukraine si ce n'est de lui envoyer des armes pour se défendre seule face à l'appétit russe. Dès lors, nous passons pour des lâches et des mauviettes auprès d'une certaine opinion mondiale doublé de la responsabilité qui nous est octroyé d'être les fossoyeurs et les destructeurs de l'Ukraine alors que c'est Vladimir Poutine qui a tout déclenché en menaçant même les Occidentaux d'un conflit nucléaire si nous osions intervenir militairement en Ukraine. Machiavel Poutine est encore plus fort qu'on pouvait le penser initialement. Il sait parfaitement surfer sur toutes les faiblesses des régimes démocratiques qui respectent certains principes et des idéaux dont Poutine s'affranchit allégrement et sans pitié.

La Chine l'a bien compris et Taïwan peut désormais trembler pour son indépendance.  Les dictateurs savent désormais que l'Amérique et sa démocratie n'est plus au goût du jour parmi une grande partie de la population mondiale y compris chez nous en Occidentaux. L'odeur de sainteté dont elle a bénéficié jusque dans les années 80, et qui a perduré malgré la guerre atroce d'Indochine et les interventions de la CIA en Amérique du Sud pour installer des...dictatures contre des démocraties de type socialiste, s'est effacée dans les esprits dès l'arrivée des théories ultra-libérales brutales qui ont jeté dans la misère des pans entiers de populations tandis que des milliardaires se mettaient à dominer le monde entier avec des multinationales un peu partout sur la planète et la maximalisation fiscale de la Finance, ses paradis fiscaux, et sa non participation solidaire et juste aux affaires du monde...et des démocraties.

Nos grands médias ont bien aidé à cette destruction de nos valeurs démocratiques avec des journalistes trop souvent complaisant-e-s et complices des pouvoirs élus démocratiquement. Le journalisme a nidifié avec la politique. Bien des couples se sont formés entre les deux pouvoirs sensés être indépendants l'un de l'autre. Notre système capitaliste, qui s'appuie sur la légitimité par et à travers l'argent, ne pouvait plus se renouveler pour enfanter des régimes démocratiques vraiment représentatifs de l'ensemble de la population. Les théories du complot ont commencé à proliférer grâce à l'avènement d'Internet. Les perdants de la mondialisation ont cherché à se faire entendre bruyamment et parfois de façon très outrancière alors que les tenants de l'ultra-capitalisme ne voulaient pas les entendre et encore moins les écouter en cherchant à corriger le tir pour "le bien" de la démocratie.

Avec le risque de plus en plus avéré d'une intervention chinoise à Taïwan nous approchons dangereusement d'un point de non-retour où seule la menace de l'utilisation de l'arme nucléaire validera  tout projet d'invasion les plus illégitimes et d'une violence abjecte. Les dictatures s'en servent tandis que les démocraties, et surtout l'Amérique, conservent encore - mais pour combien de temps encore - le poids du tabou et de la culpabilité avec les bombes atomiques jetées sur Hiroshima et Nagasaki. C'était il y a 77 ans presque jour pour jour.

Nous sommes mal. Une grosse partie des peuples du monde, qui les ont goûtées ou effleurées de la main et du coeur lors de révoltes et de révolutions plus ou moins abouties, ne font plus confiance aux démocraties pour proposer un destin plus enviable à leur sort et profitable à leur quotidien et à l'ensemble de la population. Ils préfèrent s'en remettre aux mains d'une dictature plus à même de leurs faire de belles promesses de lendemains qui chantent sous la main armée de leur bourreau. La liberté de penser par soi-même, qui est en soi une pratique usante et exigeante pour l'être humain, est contestée par la fermeté de penser pour tous et toutes à travers des régimes dictatoriaux qui usent et abusent des esprits formatés jetés en esclavage.

Il vaut mieux être un dominé qui pense la liberté et agit en toute liberté et en toute conscience pour changer le cours des choses qu'un dominé zombie qui se soumet à une quelconque autorité  impériale par paresse et crainte de se faire jeter en prison, torturé et exterminé par un pouvoir tyrannique.

La démocratie a gardé toutes ses valeurs intrinsèques et ses vertus depuis 1789 et même bien avant depuis la Grèce Antique et Périclès qui avait su fondé et fédéré le sentiment de démocratie au sein du peuple athénien malgré les esclaves qui n'y avait pas accès en ce temps-là. Mais ce sont nous, ses femmes et ses hommes qui la compose, qui n'avons pas su protéger la démocratie pour qu'elle s'impose sur la Terre comme moins mauvais régime de gouvernance possible et le plus à même de résoudre les problèmes des nations du monde.

C'est un bien triste constat à l'heure où nous risquons tragiquement de toutes et tous disparaître en tant qu'espèce humaine sur un simple malentendu...

 

On s'est détruit sur un simple malentendu.

On ne croyait plus à l'amour mais à la haine.

On se faisait des misères et des coups tordus,

on se regardait en chiens de faïence

et la défiance était notre règle d'or

tandis que l'argent était notre maître.

 

On était des dégénérés l'un pour l'autre,

des barbares l'un pour l'autre.

On se méprisait mutuellement

et, comme dirait ma vieille grand-mère,

on ne se respirait jamais en odeur de sainteté

mais on se haïssait fatalement pour de vrai

comme de vrais meurtriers

bien sûr de leur légitimité et de leur vérité.

 

Mais tout était faux entre nous

et on s'est annulé sur un simple malentendu.

Maintenant, nos squelettes reposent en paix

sous la terre et nos osselets tremblent d'amour

pour les asticots et les vers de terre.

 

Mal fait pour nous.

Bien fait pour nous.

 

On se quitte en odeur de sainteté avec deux chansons qui nous font rêver d'être de vrais hêtres humains proche de l'humus amoureux éternel.