18/09/2022

Roger Federer et Hans Erni, nos deux plus grands esthètes modernes

C'est le titre du "Matin Dimanche" qui m'a donné l'idée de ce billet.

"L'Esthète". Oui. Pour qualifier l'art de Roger Federer c'est le raccourci le plus court et le plus précis.

Si curieusement les chemins de Hans Erni, pourtant très attiré artistiquement par le sport et les corps des athlètes, et de Roger Federer ne se sont apparemment jamais croisés, il est certain que l'on peut comparer les deux génies de notre siècle. Le premier, de son trait exact et géométrique traçant des courbes et des rectilignes exceptionnelles d'harmonie, de beauté, et de couleur; le second frappant dans une petite balle jaune avec la précision géométrique d'un grand maître bâtisseur innovant une nouvelle façon de jouer au tennis année après année.

Hans Erni n'a pas été aussi aimé des médias que Roger Federer. Trop populaire, trop dans le figuratif après avoir tenté une expérience dans l'abstrait qui ne lui correspondait pas vraiment, les médias l'ont boudé et le boudent encore preuve en est que plus de 7 ans après sa mort, on peut compter sur les doigts d'une main les articles de presse qui lui ont été consacrés ainsi qu'à son art depuis sa triste disparition à l'âge vénérable de 106 ans!

Roger Federer aura forcément connu une carrière sportive nettement plus courte, quoique très longue dans le sport, que la carrière artistique phénoménale de Hans Erni. Il n'aura jamais lassé ni son public ni la critique. On l'attendait à chaque tournoi du Grand Chelem comme le Messie revenant sur son terrain de prédilection. L'artiste de la petite balle jaune a eu l'intelligence, ou l'opportunisme, de ne jamais parler politique durant sa carrière tennistique et de ne pas participer à des causes telles que la lutte pour la protection du climat. Par contre il se sera investi corps et âme dans sa fondation sud-africaine en faveur des enfants déshérités.

Mais si Federer quitte le tennis professionnel, il nous régalera encore de quelques balles lors de tournois exhibition, sans doute en faveur d'une cause ou l'autre qui lui tient à coeur. Son genou est blessé. Il n'est pas mort. Federer connaît bien son corps. Il sait jusqu'où il ne doit plus courir ni faire d'efforts surhumains pour rattraper une balle qui semble lui échapper. Donc. Oui. Sans doute, on reverra Roger frapper dans une balle de tennis avec son élégance habituelle. Ce sera sans la pression de la compétition mais uniquement pour le plaisir de tout le monde.

Revenons à la comparaison entre Hans Erni et Roger Federer. Le succès de la carrière tennistique, et humaine, de Federer est planétaire tandis que la carrière artistique d'Hans Erni semble connaître le creux de la vague après sa disparition regrettée en 2015. Pas d'exposition de lui si ce n'est celle, permanente, de son propre musée à Lucerne. Pas de rétrospective non plus. Espérons que pour les 10 ans de sa disparition, la Suisse fera quelque chose pour lui. A l'étranger, on sait que Hans Erni a beaucoup vendu d'oeuvres aux Etats-Unis, un moment sa patrie d'adoption après ses déboires avec la Suisse pour ses affinités avec des personnages prônant une ligne communiste. On se souvient de tout son travail gâché  et passé par la déchiqueteuse alors que les billets de la Banque Nationale avaient été imprimés. On ne sait toujours pas qui, en dernier recours, a décidé que l'art d'Hans Erni n'était pas digne de figurer sur nos billets de banques...

Un autre mystère entoure une médaille que je vous ai présenté il y a environ deux ans. Grâce à une collaboration fructueuse avec le directeur numismatique du MAHN, le Musée d'Art et d'Histoire de Neuchâtel, Monsieur Nicolas Consiglio, un début d'explication a été retrouvé dans les archives de la maison Huguenin Médailleurs en conservation au Musée. Cette médaille qui porte la double signature d'Hans Erni et d'Huguenin n'a jamais été mise en circulation et personne ne sait à ce jour quel était le commanditaire ni pourquoi Hans Erni n'en n'en a jamais parlé à personne. Le projet est né probablement au début des années 70. C'est Paul Huguenin, l'ami des artistes et mémoire de la maison Huguenin qui nous en donne quelques explications sans donner l'année ni la raison de cette médaille. La médaille a été gravée par un des meilleurs artisans graveurs de la maison Huguenin, Jean-Pierre Roulet. Les indices peuvent diriger autant vers une médaille célébrant la création de l'Aide sportive suisse qu'une commande d'une section suisse ou internationale du Panathlon.https://www.panathlon-lausanne.ch/ La médaille s'intitule d'ailleurs "Panathlon" mais personne, selon le directeur du Musée neuchâtelois, ne reconnaît avoir eu vent de ce projet de médaille dans leurs archives. Le mystère demeure entier sur l'origine et le pourquoi de cette médaille à jamais restée dans les tiroirs de la maison Huguenin.

Je dédicace donc cette médaille jamais éditée à Roger Federer et je vous laisse avec quelques images de ma fabrication. Merci au Matin Dimanche d'accepter ma reprise de sa photo de couverture. Mais comme disait Jean-Luc Godard, le Copyright ça ne devrait pas exister. Parce que tout le monde s'inspire de tout le monde et que l'art sans fout royalement du copyright. Il n'encaisse pas de royalties.

 

 

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