20/09/2022

La couronne de droit divin ou la couronne par l'élévation?

Au moment où le Royaume-Uni présente un spectacle d'union exceptionnelle autour de leur bien-aimée reine défunte, notre roi national, notre talent humain et sportif hors catégorie, annonce sa retraite sportive et fait pleurer dans les chaumières helvètes.

Immensément riche grâce à une carrière sportive éclatante mais aussi et surtout grâce à un système de rémunération imposé par la théorie pourrie de l'ultra-libéralisme voulant que quelques personnes archi-dominent financièrement le reste du monde, Roger Federer n'aura jamais été élu roi de l'Helvétie par le droit divin mais bien par la popularité qu'il a acquis dans son propre pays et à travers la planète entière grâce à sa carrière hors norme. Il est aimé sur tout les continents de la Terre, comme la reine Elisabeth II, et il s'est imposé une vie des plus saines s'évitant tous les frasques que d'autres se permettent quand ils et elles deviennent des Very Important People.

Roger Federer est resté un homme simple et un homme sage, mieux encore un homme lucide sur lui-même, préférant largement une vie de rang irréprochable et de fidélité à sa famille, à son épouse d'abord, Mirka, sans qui rien n'aurait jamais été possible pour lui à un tel niveau de réussite sportive, professionnelle, et privée.

Federer s'est assis sur un trône fictif que le peuple et la démocratie lui ont attribué tout naturellement au fur et à mesure de ses exploits sportifs et de ses compétences humaines exceptionnelles. Elisabeth II a été forcée de s'asseoir sur le trône de la couronne d'Angleterre sans que personne ne lui demande son avis. Mais elle l'a fait de bonne grâce et avec tout l'esprit de sacrifice que cela a impliqué pour sa vie privée et son destin personnel.

Les Anglais sont fiers, à juste titre, de leur Majesté décédée et ils ont encore prouvé que l'on pouvait à la fois vivre sous une monarchie et sous la démocratie dans une sorte de mixité bien heureuse donnant de l'équilibre à l'empire britannique qui doit à chaque fois se réinventer pour survivre et justifier sa légitimité royale auprès du peuple capable de contester à tout moment l'existence et la survivance de la couronne de la maison Windsor.

Nous, les Suisses, nous sommes fiers d'avoir comme compatriotes la famille Federer et son élu des coeurs planétaire, Roger Federer. Dans chaque recoin de notre pays, les gens vous parleront en bien de notre icône nationale et tant pis si certains jaloux ou aigris diront du mal sur lui et sur son immense fortune. Le système est mauvais et largement perfectible? Le peuple peut en changer les règles et les lois par les urnes. Ce n'est pas la faute à Roger si le système néolibéral, et in fine le peuple, lui a permis d'acquérir tant de richesses de façon loyale et sans tricherie. Il n'a volé personne ni même exploité personne à part son image personnelle.

Quoiqu'il en soit, le Royaume-Uni a encore une fois montré que certains peuples sont attachés, par tradition millénaire, à la Couronne royale sans pour autant renier la démocratie moderne. Et il semble, selon les exemples lamentables que nous connaissons, qu'il soit préférable que cela se fasse de manière légitimée par le "droit divin" que par des roitelets ou néo-tsars qui s'autoproclament empereur de leur peuple par le reniement de la démocratie et leur toute-puissance violente et tyrannique exercée sur le peuple. Quelle différence entre l'Angleterre et la Russie d'aujourd'hui! Les Romanov ont perdu leur tête couronnée il y a un siècle mais au nom de quel bénéfice et surtout de quels maléfices exercés par les nouveaux maîtres tyranniques de la Russie, de Lénine en passant par Staline et Poutine? On n'oubliera pas, cependant, que la Couronne britannique moderne, et sous le règne d'Elisabeth II, a aussi commis des erreurs tragiques et des horreurs impardonnables en commettant des massacres scandaleux tel que le Bloody Sunday en Irlande du Nord en 1972. Une tache sanglante pour sa Majesté la Reine Elisabeth, d'autant que les manifestant-e-s étaient non violent-e-s et non armés pour se défendre. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bloody_Sunday_(1972)

Il faut donc se souvenir que tout empire peut, à un moment ou un autre, dérapé et basculé vers le pire.

Je termine ce billet par une chanson en hommage à ces femmes, ces hommes, et même ces enfants qui ont perdu la vie sous l'agression brutale des forces britanniques de sa Majesté la Reine Elisabeth II.

 

Les commentaires sont fermés.