22/09/2022

Ignazio Cassis maintient le contact avec Moscou et Téhéran

Que dire de la rencontre directe entre notre président de la Confédération et le Premier Ministre russe Serguei Lavrov lors de l'Assemblée générale de l'ONU?

C'est en Suisse que le dernier échec des négociations entre Vladimir Poutine et Joe Biden a été acté. C'est hélas à la suite de cette rencontre négative sur les bords du Léman entre les deux chefs d'Etat que le déclenchement funeste de "l'opération spéciale" en Ukraine a été déclarée par le Président russe.

Personne n'y croyait et tout le monde se frottait les yeux en s'interrogeant sur le fiasco total de cette rencontre genevoise qui ressemblait, à priori, à un début de réussite pour un retour à des relations plus apaisées entre l'Occident et la Russie de Poutine. Mais on ne contrarie jamais un dictateur sûr de sa déraison. Il fait ce qu'il veut, quand il veut, où il veut. Alors vaut-il encore la peine de dialoguer avec celui qui nous menace directement d'un conflit nucléaire? Ignazio Cassis a bien du courage à serrer encore la main de Sergei Lavrov après tant d'horreur sur le territoire ukrainien.

A titre personnel, je refuserais la main tendue d'un assassin, fusse-t-il président en fonction, tant que celui ci n'a pas été mis face à la responsabilité de ses actes barbares odieux et inqualifiables, donc avant d'avoir été s'expliquer devant la justice internationale. Cela vaut pour la main d'un assassin coupable d'un crime sordide comme celle d'un chef d'Etat qui a déclaré une guerre injustifiable et injustifiée contre un peuple frère. Assumer son ou ses crimes devant la justice des hommes est un début de reconnaissance d'avoir commis des actes abjectes et barbares. La place du bras droit de Poutine n'est plus au sommet de l'Etat russe mais face à un tribunal russe ou/et international devant lequel il devra défendre sa position et expliquer ses égarements et agissements extrêmement coupables.

Du côté de Téhéran et des ayatollah, il semble bien que ces derniers sont confrontés à une nouvelle poussée démocratique dans la rue suite à la mort d'une jeune femme décédée entre les mains de la police. Les foulards brûlent en Iran. Imposer des règles divines aux femmes et aux hommes ne peut plus se faire au XXIème siècle. Les peuples veulent se libérer du joug des tyrans religieux. Le printemps iranien sera peut-être aussi porteur d'espoir. Ainsi l'alliance actuelle entre Poutine et les autorités iraniennes pourrait être complètement bouleversée par la disparition du dictateur russe et la remise en question du régime des ayatollahs.

Encore ici, Ignazio Cassis a proposé les bons offices de la Confédération et a critiqué, avec les mots de la diplomatie, le régime iranien pour l'agression policière et la mort de la jeune femme Masha Amini arrêtée pour port de vêtements non conformes à la loi islamique. La Suisse tente un grand retour sur la scène diplomatique en faisant feu tous azimuts. Mais la Confédération a-t-elle encore les moyens de ses ambitions après avoir clairement pris parti pour le camp occidental et la défense inconditionnelle de nos démocraties face aux dictatures du monde?

Faire de la politique implique parfois des relations douteuses, voir complices, avec les dictatures tandis que les opposants et opposantes aux régimes tyranniques ne sont jamais invité-e-s officiellement par nos pouvoirs démocratiques. Ils seraient peut-être temps pour nos autorités d'inviter, à l'instar de Moscou qui ne se gêne pas de présenter devant les médias d'Etat des Occidentaux de chez nous adeptes du grand complot occidental mondial, et de serrer la main aux opposant-e-s des dictateurs devant les caméras de notre télévision nationale. J'aurais nettement préféré voir un jour une poignée de main entre Ignazio Cassis et Alexei Navalny, par exemple, plutôt qu'une poignée douteuse et pleine de sang entre Sergei Lavrov empêtré dans sa guerre d'Ukraine et notre Président actuel de la Confédération qui sourit devant les caméras en sa compagnie.

Le sourire est indécent. La poignée de main est très hypocrite, Cette photo entre Lavrov et Cassis est détestable et compromettante pour notre pays fier de ses traditions humanistes et démocratiques. Hitler ou Goebbels aurait-il eu droit à leur poignée de main et des visages souriants sur la photo, en pleine seconde guerre mondiale, par notre Ignazio national? Où s'arrête la fin de l'indécence diplomatique hypocrite et où commence des codes de bienséance face aux dictateurs afin de montrer de la façon la plus claire et limpide possible notre rejet absolu de la tyrannie et notre dégoût de la haine et de la guerre?

https://www.letemps.ch/suisse/new-york-ignazio-cassis-ren...

 

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