01/12/2012

La Tunisie, entre marché libéral et marché religieux

 La Tunisie est à nouveau en pleine ébullition deux ans après la Révolution de Jasmin. Troubles et manifestations dans les villes du centre proche de la région de Kasserine, berceau de la révolution qui a mené à la chute de Ben Ali. La Tunisie sous majorité islamiste ne se porte pas très bien. Entre idéal religieux répressif et régressif et aspirations à la liberté démocratique d'une société libérale permissive et créatrice, les populations arabes ont de la peine à se frayer un chemin cohérant.

Ce que toute personne devrait avoir à l'esprit c'est que la religion est aussi un marché. Banalisation de la spiritualité où l'argent reste le maître et puissant allié d'une communauté. L'aide financière substantielle au courant islamique provenant de pays comme le Qatar ou l'Arabie Saoudite en est une preuve formelle. Sans argent, point de religion dominante. Allah, et son succès grandissant, peut-il se réduire à la rente gigantesque obtenue par l'exploitation du pétrole, rente redistribuée en partie aux populations pauvres et sans emploi ? Allah peut-il alors donner sa permission au marché libérale d'agir sur les consciences en les libérant de dogmes contraignant qui empêchent au commerce, à l'industrie, au tourisme de se développer et de prospérer en terre d'islam ? Ces deux questions devraient être soulevée prioritairement en Tunisie et en Egypte, par exemple. Egypte qui obtient depuis longtemps l'aide généreuse et intéressée des Américains pour servir de médiateur de paix au Proche et Moyen-Orient et dans le conflit Israël - Palestine.

Les peuples arabes ne s'en sortiront pas avec le seul idéal religieux. En attachant plus d'importance à la vie après la mort qu'au parcours de vie effectué sur la Terre, les croyants musulmans se mutilent et se retirent de la course à l'existence terrestre. Faire le pari d'Allah tout en oubliant sa première vie sur Terre est une stratégie intellectuelle, philosophique et spirituelle bien périlleuse. Car si Allah n'existe pas, après tout... qu'aura été une vie de foi tournée exclusivement vers la future vie après la mort ? Une catastrophe humaine... Croire en Allah, c'est un bon choix de vie, à condition de ne pas oublier sa vie sur Terre en renonçant à faire partie de la communauté des humains. Eviter le contact des infidèles, des mauvais croyants, des gens originaires d'autres religions hors l'islam, vouloir se persuader que le Coran est un Guide Suprême qui offre la Vérité, rien que la Vérité, toute la Vérité, conduit forcément à la Dictature de conscience. Une respiration est indispensable dans la foi spirituelle, une respiration qui permet d'aller à la rencontre des autres, de s'ouvrir à la vie et au partage en remettant entre les mains de Dieu notre liberté de conscience et d'agir. Allah ne veut pas des êtres soumis à Lui qui commettent des crimes atroces, qui renoncent au partage, à la paix, à l'échange. Allah veut des êtres libres de leur soumission sans aucune condition ni valeur marchande à l'Amour de Sa lumière et de Sa bienveillance. Des êtres libres qui partent à la conquête de leur liberté intérieure en intensifiant les relations avec les êtres humains avec honnêteté, persévérance, droiture, prévenance, endurance, et égalité dans les droits comme dans les devoirs.

Si la Tunisie, l'Egypte, et autres pays arabes tiennent à un futur terrestre prospère, elles doivent sortir de l'idéal de la lettre et privilégier l'esprit de l'entreprise, l'esprit de confiance envers « les infidèles » qui ne sont pas des suppôts de Satan mais simplement des êtres qui développent d'autres ressources spirituelles pour avancer dans une vie d'harmonie et de paix.

C'est la suite logique et spirituelle à la Révolution de Jasmin. L'islamisme n'est pas l'idéologie unique. Elle est une idéologie qui a permis au peuple de Muhammed de survivre, puis de prospérer en milieu hostile du temps où les musulmans risquaient d'êtres anéantis par d'autres peuplades. On en est plus là. Personne ne veut anéantir une des deux religions les plus reconnues dans le monde d'aujourd'hui. Le discours défensif, puis offensif du Prophète devrait devenir beaucoup plus un discours de partage et de sagesse dans un monde moderne qui cherche son avenir.