11/09/2015

Une brèche dans le Mur de Dublin

L'Allemagne de Mme Merkel a fait sauter le Mur de Dublin pour les candidats à l'asile Syriens et Irakiens. En Suisse, comme partout ailleurs en Europe, Dublin reste en vigueur. Celles et ceux qui pénètrent sur le sol européen doivent retourner dans le premier pays sans que leur demande d'asile soit examinée par le deuxième ou troisième pays qu'ils ont traversé avant de vouloir rester dans un pays. On les appelle les NEM, personnes frappées d'une non entrée en matière.

A Lausanne,deux Erythréens ont provoqué une brèche dans le processus. Ils vont pouvoir rester et faire leur demande d'asile en Suisse.

A Berne, les politiciens n'ont pas ouvert de débat sur Dublin. Nous n'avons pas de Chancelière qui prend une décision historique. Nous n'avons que des politiciens qui se réfugient derrière le Mur de Dublin. A quand la chute de ce foutu mur pour que chaque candidat réfugié puisse déposer une demande d'asile dans un pays qu'il a choisi?

La Suisse peut refuser beaucoup de réfugiés et se sentir souveraine sur son sol. La Suisse peut aussi accepter beaucoup de réfugiés, se sentir forte, solidaire, humaine, internationale. Entre le Réduit National et le Grand Large, il y a encore de la marge pour elle. La barque n'est pas pleine.

2015-09-10 23.37.06.png

DEMANDEUSE D'ASILE

2015-09-10 23.33.5666.png

DEMANDEUSE FRAGILE

 

2015-09-10 23.333.PNG

DEMANDEUSE EN RECHERCHE DE SON HAVRE DE PAIX, SON ÎLE

(une pierre qui vous parle de Pont Saint-Ludovic)

 

 

L'homme qui passe et ne s'arrête pas

Je suis l'homme qui passe et ne s'arrête pas. Je suis l'homme qui passe les frontières mentales et les frontières physiques sans demander la permission à personne. Qui es-tu pour m'interdire l'accès à ma Terre, ma planète qui me nourrit et me donne un refuge naturel? Qui es-tu, toi qui joue au fasciste par tes commentaires très assumés, par tes mots qui me font vomir de douleur? Tu veux m'incendier, voir mes cendres se consumer dans un camp concentrationnaire pour assurer ta propre survie, pour garder le contrôle de tes richesses, de ta culture, de ton nationalisme? Tu veux que j'étouffe en sanglots, que je perde la tête, que je disparaisse dans la mer? Tu veux oublier que j'existe pour te prouver que tu existes?

Je suis l'homme qui passe et tu ne m'arrêteras pas, même pas en rêve, parce que mon destin est tout tracé par les lignes du ciel et des étoiles. Je mourrai un jour, c'est sûr. Mais tu n'auras pas mon âme, ni ma raison de vivre, ni mes idéaux de liberté. Ceux-là resteront gravés dans le coeur des femmes et des hommes. Et tu pourras alors ressortir ta haine, tes arguments, ta pureté, ton fascisme, et t'expliquer face à tes enfants. Que retiendront-ils de ta vie, de tes actions fascistes, de ton goût pour l'élimination du réfugié lumineux, loin, si loin, de ta petite existence si médiocre et si vaine d'homme qui a déjà tout vu et tout connu dans la vie? Tu diras à tous que la barque était pleine et que, comme commandant de ta barquette à quatre sous, tu ne pouvais décemment pas accueillir toute la misère du monde dans ta maison tout en buvant une coupe de champagne avec ta poule, identique au grand capitaine Schettino. Mais tu sais, ton pays est comme toi, c'est déjà le Costa Concordia qui a touché un récif et tu es le premier à vouloir sauver ta peau sans chercher à sauver la peau des autres, ces passagers que tu abandonnes sans même un regard de compassion et de bienveillance. Ta désertion, tu la paieras au prix fort. Ta décision n'est pas la bonne. "Remontez à bord, Capitaine Schettino! Remontez à bord immédiatement, Capitaine Schettino" ordonnait, il n'y a pas si longtemps que ça, la Capitainerie du port de Gêne. Lui, le lâche, n'est jamais remonté sur son paquebot abandonnant la population du navire à la nuit et l'exposant à la noyade. Tu comprends ce que cela veut dire de fuir comme un rat tes responsabilités d'être humain, Capitaine Schettino?

Je suis l'homme qui passe et qui ne s'arrêtera pas. Et tant pis si je prends une balle dans l'emballage final. Tant pis si la haine de tous voudra la mort d'un seul, ma mort. je serai là, debout devant la mer, vivant avec mes soeurs et mes frères. Et nous aurons eu raison d'avoir mené le combat pour la liberté des migrants, des femmes et des hommes qui voyagent pour s'inventer des vies extraordinaires et légendaires en quittant la misère d'un monde en guerre voulu par tous les fascistes du monde qui, pour le pouvoir et la puissance, refusent d'accorder à l'Autre une existence digne, une existence libre d'être humain..

N'oublie jamais. Je suis l'homme qui passe et qui ne s'arrête pas.

 

2015-09-10 08.199.PNG

CAPTAIN NEMO

 

2015-09-10 0888.PNG

 

 

10/09/2015

Pourquoi les journalistes officiels ne sont pas "Welcome"

Il y a comme un gros malaise entre les journalistes et les migrants-activistes du camp "No Borders" à Vintimille,

Tentative d'explication par un résident qui n'a pas tout-à-fait quitté le terrain grâce à son blog très actif.

1) Les migrants qui occupent ce camp ne sont pas des migrants qui le squattent en permanence, à quelques exceptions près. La plupart ont fait du camp un passage obligé avant de continuer leur route clandestinement vers la France. Pour eux, No Borders représente un havre de paix et de solidarité entre Européens et eux-mêmes, Européens qui comprennent le sens de leur combat, ces requérants d'asile n'ayant pratiquement aucune chance de déposer une demande d'asile en bonne et due forme  dans un pays d'Europe en raison de leur pays de provenance, le Soudan. Les quelques Erythréens qui y vivent ont envie d'aller en Suède ou en Angleterre et ne pensent pas forcément à un pays comme la Suisse qui ne les rejetteraient pas d'office mais leur accorderait un droit d'asile provisoire si ce n'est définitif pour cause de dictature dans leur pays.

2) Les migrants soudanais font partie des migrants indésirables en Europe bien que leur pays soit en situation de guerre. Ils ne se sentent pas du tout à l'aise dans la situation actuelle qui fait qu'ils sont considérés comme des profiteurs de l'asile et qu'ils se verront refuser l'accueil chez nous, en Europe. Les activistes les protègent, essayent tant bien que mal de jongler entre l'anonymat de ces personnes qui ne veulent pas "aggraver" leur cas pour troubles publiques à la frontière (manifestations) et la nécessité qu'elles aient d'obtenir des médias une identité, une histoire à raconter pour revendiquer leurs droits d'asile.

3) Les journalistes officiels, les grands médias, ne parlent pratiquement jamais de leur situation et ne défendent pas un droit d'asile pour toutes ces personnes venant du Soudan. Au contraire, il y a un blackout sur leurs personnes et on ne voit aucun média se lever pour défendre tous ces jeunes hommes originaires du Soudan qui n'ont nulle part où aller si ce n'est retourné chez eux par le premier avion affrété par l'Italie, premier pays de migration après la traversée de la Méditerranée.

4) Les activistes de No Border défendent une approche non discriminatoire des problèmes migratoires. Ils refusent que les pays s'opposent à la libre demande d'asile des migrants. Du moins, ils aimeraient au minimum que les migrants puissent avoir le choix d'un pays volontaire pour les accueillir. Ce qui n'est absolument pas le cas en ce moment pour les Soudanais.

Face à cette grande tension et pression exercée par le pouvoir sur ces jeunes migrants qui se sentent en plein désespoir, il serait indispensable que les médias officiels se mettent à écrire quelques articles forts en faveur du droit d'accueil de ces personnes.

Sans cela, No Borders Camp aura toujours de grandes réticences à recevoir des médias défavorables aux migrants et très favorables aux gouvernements.

Un rapport de force s'est engagé entre les tenants d'un pouvoir qui ne veut pas ouvrir les yeux sur eux et les migrants-activistes qui n'ont que leurs corps à mettre en opposition pour exister aux yeux des gens. D'où les très nombreuses manifestations à la frontière de Vintimille-Menton.

Jean-Marie Gumy, blogueur libre et No Border.

http://www.lemonde.fr/europe/twitter/2015/09/10/a-vintimille-le-poste-frontiere-est-devenu-trop-dangereux_4751596_3214.html

 

 

Homme Age à mes amis Soudanais du No Borders Camp

Nulle part où aller. Nulle part accueillis. Nulle destination permise ni promise. Pour eux tous, l'angoisse du lendemain persiste. Ils subissent de plein fouet les politiques européennes de la migration. Même les médias ne jouent pas les caisses de résonance (de raisonance devrais-je écrire pour un mot nouveau du dico). pour eux. Absents dans les médias, même quand il s'agit de parler des migrants venant des pays en guerre. Hors ils arrivent bel et bien d'un pays en guerre.

Pourquoi un tel blackout? Sont-ils des hommes invisibles? Sont-ils négligeables sur l'échelle de la compassion humaine et de notre émotion face aux vagues migratoires qui atteignent l'Europe?

Alors, je veux être le média suisse romand qui parle d'eux. Je veux être l'homme qui les défend auprès de notre population. Je veux être le Suisse qui arrivera à percer la muraille de nos inconsciences, de notre manquement à leur égard. Je retournerai au No Borders Camp aussi longtemps que ces hommes-là n'auront nul accueil chez nous en Europe, qu'ils seront impitoyablement pourchasser et renvoyer chez eux sans étude de leur situation et celle de leur pays en guerre, qu'ils seront condamnés à la clandestinité, à un travail au noir, à des activités illégales pour pouvoir survivre. Ce sont des hommes qui ne sont ni voleurs, ni tueurs, ni violeurs. Ce sont des hommes qui cherchent une place parmi nous.

Allons-nous leur donner ce qu'ils nous demandent ou allons-nous encore et encore les ignorer, même et y compris dans les médias?

Ohh life is somehow unfairness after I have lost back there in my home and all the things I have witnessed and the dead boat I took and my big bro issues I feel like am living inside a closed box but I can hear people having a free life outside but I couldn't get outside the box because I have been trying for years and now am already lose hope because this life has shawn no mercy and my life is a mess and its too much I had enough suffer but who can I tell only my self

 

 

2015-09-10 08.19.26.png

CAPTAIN NEMO EST SOUDANAIS

(photo prise au No Border Camp lors de l'interview télévisée de Captain Nemo et transformée

pour ce billet par cet Autre qui lui ressemble en Suisse)

 

Des questions restées sans réponse au Parlement

L'UDC n'a heureusement pas obtenu gain de cause. La politique fédérale en matière d'asile tient une route cohérente quoique stricte et décevante pour les réfugiés africains, entre autres.

On le sait. Les Syriens, qui sont pourtant fort peu nombreux à se présenter à nos frontières, sont protégés et ne seront pas renvoyés dans un pays qui souffre d'une guerre atroce. Les Erythréens semblent avoir eux aussi obtenu le statut de privilégiés et pourront rester chez nous, à la quasi totalité, en attendant que la dictature tombe chez eux...

Mais que fait-on de tous les autres qui ont traversé la Méditerranée dans les mêmes conditions que leurs compagnons d'infortune? Qui va les accueillir? Personne? Les Soudanais, qui sont relativement nombreux à fuir une situation de guerre chez eux, n'ont-ils aucune chance d'être accueilli chez nous, en Suisse, et en Europe?

On ne parle pas des NEM, de ces candidats à l'asile qui n'ont même pas la possibilité de défendre leur dossier dans notre pays tout simplement parce qu'ils doivent retourner dans le premier pays d'accueil, ici l'Italie pour les Soudanais. Frappés de cette non entrée en matière, ils sont d'avance condamnés à retourner chez eux car l'Italie ne les veut pas non plus. Pourquoi faire preuve de ce refus total envers des gens qui ont eux aussi fui une situation de guerre? C'est incompréhensible de nos gouvernements et désastreux pour tous ces jeunes gens. Vont-ils devenir des clandestins permanents en déshérence dans nos pays européens?

Je demande à notre gouvernement une réponse claire pour ces gens-là. Peuvent-ils venir en Suisse avec une certaine sérénité ou doivent-ils fuir notre pays comme la peste? Dans ce cas-là, notre pays restera, à l'instar de beaucoup d'autres, comme une nation qui n'a pas porté secours à personnes en grand danger d'abandon et de clandestinité.