18/05/2012

Cannes 2012: dérouillée pour un Os d'Or

Quand tout s'écroule autour de toi, famille, travail, amours, il ne reste que ton corps comme moyen de self-défense. De Grèce et de muscles...construit sur un squelette, un corps social individuel et non socialisé, recouvert par le filet épidermique qui te protège du monde et de ses agressions permanentes, ta peau, ton intimité corporelle.

Tu deviens inconsistant, inexistant, ridicule, dévalorisé, exclu, en pleine faillite et au bord de la tombe, il ne te reste que ce corps, cette énergie propre et indestructible, pour défendre ton honneur et sauver ta vie en proclamant au reste du monde que tu existes pour de vrai et non dans une statistique quelconque sortie d'un bureau d'Etat. C'est le postulat de départ du film « de rouille et d'os » de Jacques Audiard.

Une dresseuse d'orque, belle, heureuse de vivre, insolente et provocante avec les hommes, une petite princesse comme il en existe tant à notre époque, perd ses jambes suite à un accident durant un de ses spectacle.

Un père à la dérive avec son fils, comme il y en a tant à notre époque, en visite chez sa soeur sur la Côte-d'Azur, videur occasionnel dans un boîte de nuit, tente de retrouver goût à la vie. Pauvre, has been, et sans plus aucune sécurité financière pour un avenir possible, il envisage jour après jour son parcours de survie sans illusion.

Une bagarre providentielle (où peut bien se cacher parfois la Providence!) à la sortie de la discothèque vont se faire rencontrer Stéphanie et Ali. Puis plus rien jusqu'à l'accident très grave de Stéphanie qui, clouée sur son lit d'hôpital, dans une nuit d'angoisse et de futur  totalement compromis, appelle Ali qui lui a laissé à tout hasard son numéro de téléphone. Le hasard va finalement les souder dans le doute d'eux-mêmes et des autres. Par l'amour, ils vont remonter vers la lumière. Par l'amour, ils seront vivants et revenus du néant dans lequel le destin voulait les plonger.

Un film qui nous concerne...du moins pour beaucoup d'entre nous. Un film « sur la route » quand la déroute collective  comme personnelle et l'égoïsme comme l'aigreur nous guettent tous et que seuls les fous et les folles savent réinventer l'amour sur un autel de plage  azurée en allumant des cierges à l'amour alors que le drame est sévère.

La Croisette ne s'amuse plus. Elle explose ardemment de tous les feux naturels de l'existence. La rudesse de nos combats quotidiens et la tendresse de nos ébats amoureux. Un film qui ne peut pas te laisser indifférent si tu as connu le drame de l'existence. Deux extraits de deux films à ne pas manquer pour les anciens beatniks et les nouveaux indignés.