18/10/2009

Le roi des roi et le bouffon

 

Si on enlevait le pouvoir du crime aux dictateurs et aux mafiosi, ils ne leur resteraient que le pouvoir de la rime pour s'exprimer. Commençons par leur interdire le crime. Et ensuite, instruisons-les à la rime. C'est comme cela que nous agissons avec nos enfants.

 

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« Elle descend de la montagne sur mon cheval de bois / Elle descend de la montagne sur mon cheval de bois / Elle descend de la montagne / Elle descend de la montagne / Elle descend de la montagne sur mon cheval de bois / Cindy ya ya, youpi youpi ya / Cindy ya ya, youpi youp la boum / Cindy ya ya, Cindy / ya ya, Cindy / ya ya Cindy hop la boum. » Le bouffon chantait cet hymne des troufions aux filles tandis que deux hommes attendaient leur liberté depuis 460 jours.

 

Il chantait, le bouffon, tout en fabricant sa petite bombe à eau. « Ahh! Si le roi des rois possédait l'humour des clowns et pas celui, sinistre, des dictateurs, il comprendrait tout de l'humour des simples gens » pensait amèrement le bouffon un jour couleur d'orange en fabriquant sa jolie bombinette destinée à disséminer l'amour terrestre parmi les insectes grâce à la famille des fleurs, des plantes, des Anges au Sperme. Aragon et Jean Ferrat chantaient au loin, si loin, de ce jour où sa maman lui avait offert cette première galette de confiture inoubliable des deux poètes qui combattaient la guerre.

 

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Là-bas, dans son sable, il montait sur son cheval de bois, le roi des rois. Il voulait le monde à ses pieds, la petite Suisse avec ses montagnes surtout, et souhaitait à son glorieux bouffon alpestre un enterrement de dernière classe. « Mais que deviendraient donc tous les rois du monde sans leurs bouffons? » se demanda pourtant dans un éclair d'intelligence désertique le grand dictateur. La petite bomba avait déjà changé de couleur. Elle semblait posséder maintenant un tube vert à rayons X à l'intérieur, un tube à entuber les mouches, un tube à détecter les lieux d'enlèvement tenus secrets par les tyrans. Le roi passait heureusement par le Grand Ordinateur sur son cheval de bois. Le bouffon en profita et le passa subito presto au rayon X. Un mot de passe et un code secret avait été glissés à l'oreille du Président tournant de la Suisse à New-York par le roi des roi durant l'Assemblée onusienne : « Des dattes et du thé ». A partir de ce cadeau funeste où le roi des rois « s'engageait personnellement et prenait les choses en main », il était visible que l'on nageait en plein double-sens. Mais en Suisse, le double-sens n'est pas la tasse de thé de notre Président de Funès.

 

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Le bouffon chantait toujours l'hymne de Cindy en se transformant de plus en plus en un intégriste, un terrible intégriste de la tribu des Clowns. « Miam Miam ?» lança le bouffon au passage du roi sur le Grand Ordinateur. Le roi des rois, appelé aussi « Le Chat Botté » dans le grimoire du bouffon, aperçut alors le ballon rouge et se lécha les babines. « Comme cocktail de bienvenu cela ira » répondit le roi qui s'empressa de rajouter: « Mais pour la suite, je veux dévorer le RonRon rouge que tu portes sur le nez, Petit Chaperon Rouge. »

 

« Oui. Mon bon Chat Botté. Mais d'abord tu libères nos otages. Après tu pourras manger ton RonRon. Il a obtenu 19 point Gaultmillau. C'est un nez qui a du pif et du paf. »

 

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Devant le regard terroriste et cruel de son bouffon, le roi se dit qu'il était préférable d'avoir à faire à un bouffon travaillant pour le cirque K qu'à un dangereux terroriste ressemblant à Ben Laden, l'ours d'Arabie Saoudite. Et il libéra les deux otages pour pouvoir garder son bouffon préféré bien au chaud avec son grand nez rouge d'Helvète. Pendant ce temps, la soeur jumelle de Paris Hilton laissa tomber le voile pour une danse du ventre devant tous les princes arabes de la planète à faire réveiller leurs serpents à sornettes. L'histoire ne dit pas quel prince a goûté au nez du Petit Chaperon Rouge. L'histoire dit juste qu'un prince y a goûté.

 

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Oh Paris! Oh Paris!

Le Régime d'eau de Vichy

t'autorise-t-il une banane le matin,

une à midi,

une le soir,

avec ta soupe populaire du dimanche?

 

 

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Chat Botté, te voilà!

En Suisse, on n'a pas de pétrole.

Mais on sait aussi jouer au Prince et au Roi

sans enlever des êtres humains.

 

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On s'est fait tellement entuber jusqu'ici dans cette affaire

qu'un petit moment de vrai bonheur arrive avec cette vidéo de DJ Lubel,

la vidéo de l'année pour la Suisse!

 

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16/10/2009

Journée mondiale de l'alimentation

Aujourd'hui, nous « fêtons » la journée mondiale de l'alimentation avec le seuil de 1 milliards de personnes qui ne mangent pas à leur faim.

Nous avons en Suisse notre guerre des minarets et notre guerre du lait. Nous ne pensons presque jamais à notre guerre mondiale contre la famine. Si loin, si abandonnés tous ces gens. Que faire? Comment faire? Pourquoi faire puisque le monde vit en permanence sur la corruption, la manipulation des idées et des images, la séparation entre très riches et très pauvres, la haine des Autres, la violence ordinaire que l'être humain pratique en toute bonne conscience contre tout ce qui est différent en croyances, en pouvoir d'achat, en liberté d'expression. Nous vivons, nous les humains, dans un Holocauste permanent, où les populations se débrouillent comme elles peuvent pour parer au plus pressé.

Chez nous, dans les démocraties, le plus pressé c'est d'être quelqu'un, un people à qui ont offrira places et contrats intéressants. Un peu plus loin, dans les semi-dictatures ou les dictatures, le plus pressé c'est d'être dans le bon camp pour profiter pleinement de la corruption du système. Et puis, chez tous les autres, le plus pressé c'est de survivre au jour le jour en se nourrissant d'expédients, de petites rapines, de trocs et de deals plus ou moins honnêtes.

L'homme pressé de partout. L'être humain qui oublie son voisin, qui oublie même son frère qui est en train de couler sous prétexte qu'il n'est pas intéressant ou trop nul pour faire partie du groupe.

Il y a différentes manières de mourir de faim. Mais quand on a la chance dans sa vie de manger à sa faim, certains sont atteints d'une autre maladie mortelle: mourir de la faim intellectuelle par manque de considération, par manque d'estime pour une pensée, une façon de voir le monde, une façon de dénoncer crimes, tromperies, et abandon.

Oui, on peut aussi mourir de la faim intellectuelle, seul, ou dans un goulag, ou dans un appartement banalisé devenu cage, prison, au lieu d'espace de liberté, de confort, et de création. Un rappel en ce 16 octobre 2009. Des femmes et des hommes meurent de faim intellectuelle parce qu'ils ne sont ni conformes ni acceptables au système de pensée le plus communément accepté. Là-bas, parce qu'ils ne prient pas pour Allah ou ne se plient pas devant le Dictateur en place. Ici, parce qu'ils refusent de s'aligner dans une conformité qui leur est trop insupportable.

L'être humain n'a-t-il pas pour mission divine ou simplement humaine de regarder l'Autre comme un frère en humanité, un frère qui peut tomber, fauter, se tromper, mais qui reste néanmoins un humain qui a droit à son humanité.

 

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Une petite fille mange accroupie

sur sa table raccourcie.

Elle n'a pas une roupie.

Mais est-elle en soucis

ou heureuse que d'elle un être humain se soucie?

 

Photo Quotidien Jurassien, 16 octobre 2009

 

P.S. La Coupe du Monde de foot 2010 aura lieu en Afrique du Sud. En cette occasion, tous les êtres humains de cette planète devraient réfléchir à la façon d'éradiquer la faim dans le monde, toutes les religions devraient mettre la sourdine sur leurs revendications idéologiques, tous les gouvernements du monde devraient viser la noblesse démocratique plutôt que la noblesse pipolesque de nos démocraties ou ubuesque des dictatures. C'est un voeu immense, démesuré, à la hauteur d'une Coupe du Monde de foot. Aux équipes, sans faire de politique, de porter tous sur leurs survêtements de sportifs un petit badge portant la silhouette d'un enfant, simplement la silhouette d'un enfant, sans mot, sans fioriture, juste un enfant.

 

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12/10/2009

Les Verts: le Roseau urbain

 

Des années de croissance douce. Beaucoup de méfiance, beaucoup d'indifférence, puis le succès qui vient et grandit. Les idéalistes, les utopistes, sont considérés aujourd'hui comme des réalistes qui ont un idéal. Les Verts auront droit à leur siège au Conseil fédéral en 2011. Petits tableaux en sept images pour un parti qui a d'abord évolué à l'ombre avant de gagner sa lumière citoyenne et qui a su s'assouplir sans perdre son âme ni perdre sa direction.

 

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C A R T E   B L A N C H E   P O U R

L E   C O N S E I L   F E D E R A L

 

 

 

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11/10/2009

Médecin généraliste, levez-vous!

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La disparition de l'écrivain Jacques Chessex nous interpelle au-delà d'une simple mort naturelle.

Le contexte dans lequel l'artiste s'en va nous donne la chair de poule. Le lieu, un théâtre; un public; un inconnu, vraiment inconnu de tous, se présentant comme « généraliste de quartier et père de famille », une question qui n'en est pas une sur l'affaire Polanski, l'homme qui disparait s'en laisser de trace, Jacques Chessex qui l'interpelle « Attendez, Monsieur le généraliste, ne partez pas! », et la réponse de l'auteur qui s'adresse...à Dieu ou au Diable puisque l'auteur de l'intervention a disparu, puis l'écroulement de l'homme de lettre, enfin, comme un Jugement Dernier, comme ce Jugement Dernier qu'il attend peut-être depuis le dernier paragraphe qu'il a écrit dans « L?ardent royaume »:

« La nuit s'épaississait derrière l'image. La nuit secrète aux cloisons douces. Il allait prendre l'enfant par la main, la conduire à sa chambre, l'habiller, ensuite il l'accompagnerait à une exposition féline comme elle en avait envie depuis si longtemps, les chats secoueraient leur tête enrubannée et seraient nommés Rachmaninov, Louis II, Igor. Béatrice passerait le doigt dans le grillage et il faudrait désinfecter le petit pouce parce qu'un persan l'aurait un peu griffé au-dessus de l'ongle. Voilà. Consuelo toussait derrière la porte. L'exposition fermerait très tôt, on aurait encore le temps de monter au sommet de la gloriette, d'où l'on voit dormir les poissons dans le lac. Tout en haut du tableau, le bleu du froid se figeait et scintillait comme un rêve dur. A droite, la petite fille était redescendue de la tour, et la signature du peintre se consumait, tison ironique, comme la paume de Jézabel dans la cendre, après le passage des vengeurs. »

Béatrice, la fille suicidée de Me Mange. Mange, comme symbole de l'Ogre, celui qui avale femmes et maîtresses. Béatrice, comme le personnage de la Divine Comédie de Dante, incarnation de la Beauté et de la Bonté, objet d'amour et de contemplation, muse et guide du poète dans sa quête du salut. Les chats, les persans enfermés derrière un grillage. Une petite fille imprudente qui glisse son doigt. Il faut désinfecter contre l'agression des félins, félins qui pourraient être les hommes violeurs. Cette exposition d'art et ces poissons, ce froid bleu qui fige et scintille comme un rêve dur. Et la chute, terrible chute, la signature du peintre qui se consume, tison ironique, après le passage des vengeurs.

La sortie de Jacques Chessex est une sortie de mystique comme il devait y songer depuis très longtemps. Et si la honte recouvre aujourd'hui de son manteau quelqu'un, c'est celle du justicier au visage caché, reflet de l'hypocrisie de notre monde, de cette bourgeoisie qui trop souvent fait de la main gauche ce qu'elle condamne de la main droite. Jacques Chessex, dans sa mort de tragédie grecque, a rétabli l'honneur de toutes celles et ceux qui regardent le monde et leur vie en face, sans jamais se détourner du long travail de créateur, doit-il le payer du prix de la condamnation, du rejet, et de la mort. Jacques l'Ermite savait pourquoi il s'éloignait des mondanités. Non que cela lui déplaisait. Mais pour garder l'acuité de l'aigle, de cet aigle qui fond sur sa proie sans pitié, qui plane haut dans le ciel en toute majesté afin de pouvoir tout dire de la condition de l'Etre dans ses beautés et ses générosités comme dans ses laideurs et vilénies.

Un aigle immense, un veilleur de jour et de nuit, est tombé sous les balles. C'est un chacal (chagal en persan) qui lui a tiré dessus avec sa mitraillette chargée de mots assassins. Aux aigles survivants de continuer le travail.

 

 

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10/10/2009

Sortie de Cène

Foudroyé comme un chêne parmi son public, Jacques Chessex est parti. Un écrivain qui aimait fouiller dans les paysages d'ombres et de lumières qui habitent les humains. Un écrivain dérangeant qui n'hésitait pas à affronter les limites et les tabous, les tentations de l'inceste, de la pédophilie, des amours tarifés.

Sans doute un être qui effrayait un peu, beaucoup, les gens honnêtes, les gens au coeur simple qui ne connaissent ni l'esprit subversif, ni le corps soumis à des démons intérieurs impétueux. Sûrement un homme qui développait certaines facettes de la perversion humaine avec un rare talent visionnaire où Dieu et Satan n'était jamais très loin l'un de l'autre.

Il aimait les belles femmes et les jeunes filles. Ainsi que la bonne cuisine et les bons vins. Il aimait hanter les lieux où se croisent les amours, les intrigues, les crimes, et les fantômes. L' écrivain mélangeait lieux et noms réels à des fictions et des personnages de fiction qui ressemblaient étrangement au réel si bien que l'on ne saura jamais distinguer ce qui participait de la réalité vécue de ce qui restait pure fiction.

Il était l'auteur de cette petite annonce fictive dans 24 Heures:

 

ARTISTE

cherche

MODÈLES

débutante acceptées

Ecrire sous chiffre...

 

« C'est pour quel jour? » avait demandé la secrétaire.

« Pour samedi, autant que possible. »

C'était le jour où 24 Heures était le plus lu.

« Votre annonce paraîtra le samedi 14 dans la page Offre d'emploi. »

 

tiré de « L'Ardent Royaume », Jacques Chessex, 1975, Grasset

Parti sur une question concernant sa position dans l'affaire Polanski. Parti au ciel rejoindre le paradis interdit des hommes: celui des jeunes filles vierges et pures qui sans cesse hantent les fantasmes et l'imaginaire des hommes perdus dans leurs vices et leur désirs de pénétrer le mystère féminin.

L'artiste génial Jacques Chessex pourra désormais de là-haut engager ses anges féminins sans risquer le Tribunal des humains et vaincre ses démons d'homme en rencontrant l'essence féminine, le Beau Parfait. Belle, très belle et mémorable sortie de l'artiste.

 

 

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