14/05/2009

Cent ans, futuristes et dadaïstes s'opposent

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auto portrait du chef (avril 2009)

 

Olivier Meuwly se méfie de l'art, de tous les arts à caractère démiurgique. Il a sans doute raison.

 

L'artiste est-il anarchiste ou totalitaire? L'artiste « engagé » peut-il survivre et être utile en démocratie, dans un monde bourgeois qui s'organise en fonction des diverses forces et courants en mouvement, sans devenir un artiste menaçant pour l'ordre établi?

 

Quel rôle réserve-t-on encore à l'art? Beaucoup d'artistes « engagés » se sont compromis qui pour le fascisme, qui pour le communisme, qui pour l'anarchisme ou le totalitarisme. Drame de l'art en politique. Si l'artiste est conformiste, on lui reprochera de se nourrir sur le dos de la bourgeoisie sans lutter pour les droits et les acquis démocratiques remis en question de façon permanente par les pouvoirs. On appelle cela couramment la « compromission de l'art avec le système en place ». Si l'artiste est anticonformiste, les bourgeois lui reprocheront sa prise de risque et la mise en danger de la société démocratique en place. Il sera mis de côté et maintenu à distance respectable comme une espèce en voie de disparition. Dans les deux cas, extinction programmée du jeu et du rôle de l'artiste.

 

J'aimerais dire qu'un autre rôle peut être accordé à l'artiste « engagé »: celui de chaman. Un chaman artiste est un être à la sensibilité développée qui prend le poul de la société et qui consulte à travers sa personnalité les soubresauts futurs possibles et les failles de sa société. Un chaman artiste est aussi un être solitaire soumis à aucun culte de la personnalité ni soumis à un groupe de personnes. Son devoir est d'oeuvrer en faveur de la prospérité des siens, de travailler avec honnêteté et neutralité, mais avec beaucoup d'introspection, sur les thèmes qui lui semblent importants et qui touchent à son imagination.

 

Si notre société réhabilitait le chaman artiste, elle aurait peut-être beaucoup à apprendre sur elle-même. Monsieur Meuwly, en 2009, les chamans artistes, comme la plupart des bourgeois réfléchis, se méfient comme la peste des idéologies globales qui provoquent toutes sortes de catastrophes irréparables. Il est peut-être temps de changer d'époque et de siècle. L'homme nouveau d'aujourd'hui n'a aucun espoir de changer le monde par la violence mais tous les espoirs d'opérer dans les coeurs de ses concitoyens en les amenant à considérer la société avec moins de haine et de totalitarisme. Justement. La poésie chamanique recoure à la liberté et reste en lutte permanente contre son propre totalitarisme.

 

Aucune envie

de bouleverser le monde

si le monde verse pour cela des torrents de sang

 

Aucune envie

d'influencer le monde

si le monde refuse sa propre diversité

 

Aucune envie

de parler de l'artiste

si le monde abuse de son art

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Basel World 2009

Malheur et bonheur de l'artiste

 

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Le futur appartient aux enfants

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Dionysos

Dios regarde droit dans les yeux

sans trucages lumineux

 

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Dionysos

Dios joue le mystérieux

sans trucages pour les curieux

 

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Dionysos

Dios, arbrisseau au fusain,

dessine du pain et du divin.

Killian, petit-fils dans son univers

 

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13/05/2009

Téléchargements illégaux, la réponse autoritaire

Sarkosy m'énerve. On voit qu'il n'a jamais vu des jeunes pianoter sur le Web. Les artistes ont droit

à leurs gains. Mais tous les artistes ne sont déjà pas sur le même pied d'égalité. Il y a ceux qui galèrent et les autres. Les meilleurs ne sont pas forcément du côté des mieux payés et diffusés.

 

Et maintenant, le mouvement conservateur des milieux artistiques a gagné. Tant mieux pour leurs porte-monnaies. Tant pis pour la culture.

 

La gratuité est un risque, comme le don d'amour. La gratuité peut être considérée comme un danger mortel pour la culture. Mais si on retourne la crêpe sur le feu médiatique pour éviter qu'elle crame, on peut aussi dire que le showbizz à outrance et people peut être mortel pour l'art.

 

Un peu de tolérance Monsieur Sarkosy. Il existe des artistes qui défendent et les droits d'auteur et la gratuité. Tout est dans la forme, pirater pour soi et restituer autour de soi, ou pirater pour voler et en faire commerce. On doit aborder la gratuité avec respect et réflexion. Pas avec des lois policières qui tuent la liberté.

 

Dommage, Monsieur Sarkosy. Allez boire du champagne à Cannes avec Carla Bruni. Amusez-vous bien. L'Internet est un réseau de libertés universelles. Vous n'avez pas bien compris, je crois. Les puissants profitent du réseau pour devenir encore plus puissants. Les petits avaient jusqu'à aujourd'hui la chance de pouvoir faire la révolution permanente du Petit Poucet contre l'Ogre, du David contre Goliath. Avec vos barrières et vos interdits, vous allez faire des dégâts et pas rendre service ni à la démocratie ni aux artistes. Un peu d'antimatière, d'anges et de démons, et le Vatican restera debout pour l'éternité. C'est la loi première du Christianisme bien compris. Egalité, fraternité et liberté pour tous. Pardon, c'est soutiré à la Constitution française, si je ne m'abuse. je dois payer les droits d'auteur et vous allez couper mon sifflet du réseau pour cela, Monsieur Sarkosy?

 

 

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12/05/2009

Madoff et Ben Laden ne font pas bon ménage

Les titres de la presse sont parfois ravageurs d'idées inconscientes qui voltigent dans l'air. Madoff est sans doute l'escroc du siècle. Qu'il soit juif ou chrétien ou musulman ou sans confession, on s'en fout. Il a escroqué comme beaucoup de toutes nationalités et religions.

 

Ben Laden, c'est autre chose. C'est un homme de l'anticivilisation, un chevalier noir de l'apocalypse, un sombre prophète qui a usé et abusé de la perversion et de la haine envers l'Occident. Pourquoi mettre en lien les deux personnages?

 

Le raccourci serait de dire que Madoff, par son péché, fait tomber les tours de Sodome et Gomorrhe du capitalisme sauvage et sans limites. Image pieuse et religieuse. Ben Laden, lui, aurait voulu faire tomber la Civilisation occidentale pour privilégier la lecture littérale du Coran (il faut détruire les chiens d'infidèles).

 

Tous deux sont dans l'erreur philosophique. L'un par cupidité, l'autre par complexe de supériorité religieuse.

 

On voit que comparer les deux ne tient pas la route. En plus de la honte, le Matin Bleu mérite un avertissement des organes de la presse, et une rectification imposée de ce titre horrible.

 

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Construction européenne, l'inertie mentale

L'utopie des alliances entre états se construit à partir de deux pôles, l'un chaud, appelons-le pôle équatorial, l'autre froid, le pôle polaire.

 

Comme pour la viabilité d'un couple, la tiédeur n'a jamais été un moteur de construction mais plutôt un motif de régression, voir de risques de conflits à plus ou moins long terme. Hors l'Europe vit une période tiède après avoir connu une période chaude juste après la fin de la guerre froide ayant régné en maître durant trente cinq ans entre les deux grandes idéologies. L' Europe occidentale s'est d'abord soudée plus par opportunité défensive et sur la peur de l'ogre russe que sur une volonté réciproque du vivre ensemble. Personne, après la deuxième guerre, n'aurait pu imaginer un axe si fort et si rapide entre la France et l'Allemagne si l'Union Soviétique et l'idéologie communiste n'avait pas existé.

 

Le pôle équatorial est arrivé plus tard. Il a commencé en Pologne au début des années 1980, à Gdansk avec le mouvement solidarnosc de Lech Walesa. L' Europe s'est mise à rêver d'un nouveau continent pacifié et libéré de la menace rouge.

 

L' Europe de l' Ouest de 1980, en souvenir de la Hongrie d'octobre 1956 et du printemps de Prague de 1969, s'est sentie d'un seul coup solidaire des satellites soviétiques en demande de liberté. Petit à petit, l'utopie d'une grande Europe démocratique à partout gagner du terrain, y compris dans les Républiques soviétiques. La fin du Rideau de Fer et la chute du Mur de Berlin en 1989 accélère le mouvement. La société capitaliste triomphe du dogmatisme social et criminel.

 

En même temps vient, hasard malheureux, se greffer l'idéologie du néolibéralisme qui fout par terre l'idéal de liberté pour tous et parasite l'utopie européenne. Délocalisations, abus dans les conventions collectives signées, immigrés clandestins mal payés travaillant au noir dans les grandes démocraties de l' Ouest, exigences maximales et soutenues des rythmes de travail. Arrogance des puissants, insensibilités des politiques aux violences néolibérales, montée du racisme, voir du fascisme, banalisation de la violence, en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, en Suisse. Seuls l'Espagne et le Portugal, qui ont profité à fond de la solidarité européenne, semblent échapper à la poussée de grippe communautaire.

 

Devant ces courants glacés qui ont donné froid dans le dos des populations européennes, et dans l'impossibilité politique de faire fonctionner son pôle équatorial, les forces démocratiques ont appuyé naturellement sur la pédale tiède afin de préserver les conquêtes et les acquis. Hors, l'Europe vit et se construit sur sa dynamique de croissance et d'échanges culturels comme économiques. L'élargissement à l' Est est alors devenu suspect à de nombreux citoyens communautaires de la première vague. Que cherchait cette Europe technocratique de Bruxelles? Nous couler, nous les travailleurs? Nous réduire à un rôle congru de petites fourmis travailleuses et sans poids démocratique? Là-dessus, le mouvement altermondialiste et écologique à sonner l'hallali. Les « non » néerlandais et français à la Constitution européenne tombaient, cinglants, comme des fruits acidulés mais mûrs ainsi que le « non » de la cerise irlandaise sur le gâteau européen confectionné pour le traité de Lisbonne. Le cerf de Néanderthal était aux abois. L'humanoïde nouveau, le citoyen européen était touché en plein coeur. C'était non à la construction d'une véritable constitution et charte européenne. La Symphonie du Nouveau Monde était en berne et portait son brassard noir. Deuil provisoire? Ou résurrection? Jean L'Eclair frappait du tonnerre de dieu pour parler de nous, aujourd'hui.

 

Pour retrouver le pôle équatorial, il faudrait une vraie politique qui nous ouvre à une civilisation de l'échange culturel, pas seulement à caractère muséal ou musical, mais aussi au niveau scolaire et entrepreneurial. On ne peut pas obliger les gens à aimer l'Europe. On peut seulement apprendre à l'aimer par l'éducation, les voyages, les échanges, comme on aime son pays malgré ses défauts ou ses égarements. Être Européens, c'est d'abord, et surtout, avoir la conscience de la paix, de la non-violence, de la liberté, de la démocratie à un niveau supérieur de civilisation globale que nous devons préparer pour laisser à nos descendants une Terre viable, habitable, aimable et respectable.

 

Cinq ans après l'élargissement, nous pouvons construire une Europe verte, se préparant à un nouvel élargissement vers la Turquie, l'Ukraine, et la Russie, ceci dans les vingt ans à venir, et cela malgré Messieurs Sarkosy ou Berlusconi.

 

Le monde a besoin de ses forces de paix pour construire la démocratie. C'est peut-être une utopie difficile à réaliser. Mais c'est sans doute la seule utopie qui puisse avoir sens et chance de développement durable pour l'humanité toute entière.

 

L' Europe doit relever le défi. L' Europe est un continent à mobilité durable. Le seul qui, ces soixante dernières années, à intégrer des pays, autrefois en guerre, d'une manière pacifique, démocratique, économique, et culturelle. Malgré ses errements, l'Europe est un beau rêve qui peut continuer à produire de l'humanité, de l'individualité, et de la solidarité.

 

Faisons tous raisonner la Symphonie du nouveau monde dans nos coeurs et nos esprits afin que nous, Néanderthaliens d'aujourd'hui ne disparaissions pas pour avoir échoué à faire éclore l'homme de Flores, l'être humain aux fleurs multicolores. La mutation génétique est dans nos têtes et nos coeurs ou ne sera pas.

 

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1er mai 2004, frontière germano-polonaise

 

Lire dans le Temps du 12 mai 2009, page Eclairages, “Reconstruire l'Europe”

 

17:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)