21/01/2011

Tunisie. Trois jours de deuil national

 

« Sur les pavés, le Jasmin ». Dernière trouvaille en vogue qui sent bon Mai 68 et la liberté trouvée.

Ce soir, les trois lettres rouge sang du RCD sont tombées. Le RCD est mort, vive la Révolution de Jasmin. S'ils veulent survivre politiquement, les membres du RCD devront trouver un nouveau nom, de nouveaux bureaux, et des meubles. Tout, absolument tout ce qui a été volé à l'Etat sera restitué à l'Etat. C'est le démantèlement de tout un régime sous la pression populaire. Les ministres du RCD ont à leur tour démissionné en bloc du gouvernement.

Reste la question lancinante que tout le monde a sur les lèvres: qui va gouverner la maison Tunisie pour éviter le chaos et préparer les élections?  Les cours vont reprendre dès lundi prochain. Les étudiants ne seront plus épiés par la police de Ben Ali. Et cette fin de semaine est consacrée au recueillement en faveur des victimes de la Révolution.

J'avais prévu un article plus gai et frais sur le thème de la femme tunisienne d'aujourd'hui face à l'islamisme rigoriste. Encore une similitude avec Mai 68. J'y reviendrai lundi afin de respecter ces trois jours de deuil national. La Tunisie fait plaisir à regarder. Elle est tranquille, déterminée, et elle avance vers sa mutation définitive.

Trois jours pour revenir sur les défunts, leur courage, leurs désirs de changement, leurs disparitions qui laissent des familles dans la douleur.

 

Solitaires dans la nuit

qui rêvez de gestes solidaires,

vous restez au désert

des années sans appui.

 

Puis un jour, ce n'est plus le mirage

d'une vie perdue sans reconnaissance.

C'est la vue réelle de l'oasis et des mages

qui vous reçoivent comme Princes de Byzance.

 

« Une robe longue, des bijoux comme s'il en pleuvait, du noir aux yeux, mais c'est Byzance ! »
Gérard Guéguan - La rage au coeur

 

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20/01/2011

Le batz de Neuchâtel: au secours de la Révolution de Jasmin?

 

La Ville de Neuchâtel va frapper l'ancienne monnaie en vigueur dans la Suisse de jadis (du XVème au XIXème siècle) en l'honneur des fêtes du Millénaire de la Ville qui se dérouleront du 24 avril au 25 septembre 2011..

A cette occasion, pourquoi ne pas mettre à la disposition des caisses de solidarité (des urnes révolutionnaires) dans tous les commerces, restaurants, banques, offices de postes, gares CFF en faveur de la Révolution tunisienne? Chacune et chacun seraient invités à laisser librement et pour la somme qu'ils désirent une partie de leurs batz acquis et déposés dans les urnes de la Révolution tunisienne durant ces 5 mois d'activité du batz neuchâtelois.

Rappelons que le canton de Neuchâtel s'est débarrassé du joug des Prussiens:

Les événements:


La révolution neuchâteloise s'inscrit dans le contexte européen. Le 24 février 1848, à Paris, le roi Louis-Philippe abdiquait et la République était proclamée. Ailleurs en Europe, d'autres soulèvements ont eu lieu, comme à Naples, à Berlin ou Bruxelles. Partout on souhaitait plus de libertés et de responsabilités dans la conduite des affaires de l'Etat avec une participation accrue des citoyens. Informés des événements parisiens, les républicains loclois et chaux-de-fonniers ont hissé le drapeau suisse. Le 29 février, ils se sont regroupés et, le lendemain, ils sont descendus, accompagnés des Neuchâtelois de l'Erguel, au château de Neuchâtel avec l'intention de prendre le pouvoir. Fritz Courvoisier et Ami Girard emmenaient la troupe qui n'a rencontré aucune résistance. Le gouvernement provisoire, présidé par Alexis-Marie Piaget, s'est mis au travail en proclamant la République, en marquant son attachement à la Suisse, en annonçant une constitution.

Les deux tentatives manquées de 1831 ayant servi de leçon, les républicains n'ont pas hésité à mener rapidement leur action: l'ancien Conseil d'Etat est enfermé au château, des comités de surveillance sont nommés dans les communes. Dès le 3 mars, la Confédération a reconnu le nouveau régime, le jour même où le représentant du roi de Prusse quittait Neuchâtel.

Dans le camp républicain, la joie éclatait, on s'embrassait, on acclamait le nouveau régime ; dans le camp royaliste, on se taisait, on attendait le moment de prendre une revanche, car on était lié par serment au roi de Prusse. L'assemblée constituante élue, sans que les royalistes se soient déplacés aux urnes, a établi une constitution. Ce texte a été soumis au vote le 30 avril 1848. Déliés du serment de fidélité au roi, le 5 avril, une partie des royalistes ont pris part au scrutin. Le résultat de la votation a été le suivant: 5 813 oui contre 4 395 non. La République s'est organisée en créant une chambre législative (le Grand Conseil), un exécutif (le Conseil d'Etat), une organisation administrative du territoire en six districts, à la tête desquels se trouvait un préfet. On a édicté des lois dans de nombreux domaines. Les bourgeoisies, formées des membres des anciennes familles du pays, farouchement opposées aux idées républicaines qui les privaient de leurs privilèges, ont tout simplement été dissoutes en 1852.

L'année 1848 a vu naître en outre une nouvelle constitution fédérale pour les 22 cantons suisses. La monnaie est unifiée en Suisse en 1850, ainsi que les poids et mesures (mais le système décimal n'est accepté qu'en 1868 et appliqué dès 1874).

A Neuchâtel, on se doit de mentionner encore la tentative de contre-révolution des royalistes les 3 et 4 septembre 1856. Les combats autour du château de Neuchâtel ont fait huit morts et 25 blessés ; les troupes fédérales sont intervenues pour rétablir le calme.

 


Affiche 1848-1948

 

Texte et image trouvés sur le site « MEMO – Le site de l'Histoire »

 

 

FETES DU MILLENAIRE DE LA VILLE DE NEUCHATEL

 

TOUS SOLIDAIRES AVEC LA REVOLUTION DE JASMIN

 

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Tunisie; De Leila la Vampire à Mohamed l'Exalté

 

Personne ne l'a écrit. Et pourtant, entre Leila Trabelsi Ben Ali, la Régente de Carthage, et Mohamed Bouazizi, il y a des choses qui frappent l'esprit. Leïla est née très pauvre dans la Médina de Tunis. Fille d'une grande famille (déjà) comportant 11 enfants, elle a dû, dès toute petite, faire sa place au milieu de ce cocon familial. Son père était marchand de fruits secs. Plus tard, l'influente Leïla va utilisé ses charmes pour séduire des hommes puissants qui deviendront ses appuis et ses complices. La Trabelsi tout devant, la meute des courtisans tous derrière. Dans ce milieu de corruption et de luxure, la Trabelsi trouve son épanouissement personnel, une revanche sur sa pauvreté de naissance et, peut-être voir certainement aussi, une vengeance sur des abus sexuels commis très jeunes sur elle par des membres de la famille plus ou moins proche. Car, comme partout dans le monde, les filles sensuelles sont très vites soumises aux mains baladeuses des personnes adultes ou adolescentes profitant de situations équivoques dans la promiscuité d'une maison familiale.

La Trabelsi suivra à cette époque un apprentissage de coiffeuse puis travaillera chez Wafa. C'est une jeune femme intelligente et indépendante qui aime faire la fête. D'où son surnom Leïla Gin (Tonic). Les hommes valsent dans son lit. Elle se marie avec Khelil Maaouia, directeur d'Avis, ce qui lui permettra d'être embauchée dans une agence de voyage. Dans ses valises, elle visite les capitales et fréquente des hommes toujours plus puissants. Elle devient la Travel Sizi, Princesse de Carthage, future ambassadrice du vice sous toutes ses formes aguicheuses, perverses, et mafieuses. Jusqu'à « l'OPA inamicale », terme utilisé par Hasni Abidi, sur l'entreprise « Tunisie ».

Et c'est alors qu'arrive Mohamed Bouazizi, jeune marchand de fruits frais et légumes. Lui aussi se débat, comme jadis Leïla vivait pauvre, dans des difficultés financières pour nourrir sa famille. Mais lui ne s'appelle pas Leïla et n'utilise pas les charmes du sexe pour corrompre de riches héritières style Paris Hilton dans des clubs huppés de la capitale. Il ne connaît aucune ascension sociale, espace bouché, futur compromis, désespoir consumé. Soudain tout bascule en quelques instants. L'histoire insignifiante d'un petit marchand ambulant rejoint l' Histoire avec un grand H. La police de la chère Madame intervient sur la place du marché où le jeune Bouazizi n'a pas payé son bakchich lui permettant de vendre sa marchandise. Il se retrouve dans l'impasse absolue. Alors que la Tra belle zizi usait de passes pour asseoir son pouvoir monarchique sur toute la société civile tunisienne, lui, le jeune Mohamed, ne va pas se corrompre avec la mafia du système.

C'est alors que Dieu rappelle le jeune homme à Lui. Le jeune homme s'immole. Et que, par ce sacrifice, l'Enfer déroule son tapis rouge et ses fastes sur la Grande Famille Ben Ali Travelsi. La Sainte Scène tunisienne flambe de partout. La jeunesse court dans la rue en criant « Dégage, Ben Ali! Dégage, Travelsi! La rue se déchaîne. A Kasserine, al Révolution de Jasmin a trouvé son nom. Elle ne reculera plus devant la concupiscence du pouvoir en place. Le vice est repoussé. La vertu reprend le flambeau. Dieu gagne sur Satan. Pour combien de temps?

Aux Tunisiennes et Tunisiens de reconquérir la Beauté, la Culture, l'Art, la Philosophie, la Littérature, la Danse, la Musique, l'Amour. Dieu, en un seul mot.

La démocratie est en marche. Personne ne peut l'arrêter. Mais tout le monde doit y travailler pour la mériter.

 

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19/01/2011

Les snipers mercenaires du diable Ben Ali

 

Alimentaire, mon cher Watson. Et menteur jusqu'au bout de son régime bananier. On croyait le serpent revenu à des sentiments plus humains. Non. Jamais un dictateur ne retourne en état de grâce. En enfer il est, en enfer il restera pour toujours. Terrifiant!

Ainsi donc, Ben Ali a payé des snipers, tireurs d'élite mercenaires, munis de passeports suisses, suédois, et allemands. Ils seraient en fait des hommes à la solde du gouvernement...israélien. Si on comprend le Proche-Orient de cette façon, déjà qu'il n'y a plus rien de positif à comprendre, on pourrait dire que tout ce petit monde au pouvoir feint la guerre entre eux pour mieux dominer nos populations par la peur de l'Autre. Et si on extrapole plus loin le délire mongol, on pourrait dire que le gouvernement Bush était de mèche avec les princes du Golfe dans l'affaire du 11 septembre. Tous les gouvernements du monde contre les peuples du monde...

Le délire est grand. Et pourtant quand on lit certaines déclarations de personnes bien informées, on se prend à penser que la machination du monde est globale, que nous sommes tous les marionnettes d'un pouvoir global complice qui se la joue les uns contre les autres pour mieux asseoir leur autorité et leur domination sur les populations du monde en créant plus d'inégalités, plus de milliardaires, plus de dictateurs, plus de népotisme, plus de personnalités qui maintiennent leur place et leur pouvoir grâce à un consensus consanguin destructeur de démocratie. Tandis qu'une partie du monde tombe dans la misère, la faim, la précarité, l'autre s'amuse, voyage, rêve et amassent de mirifiques fortunes. L'équilibre de la terreur pour faire peur à tous les peuples du monde en créant l'ennemi artificiel, ici le monde islamique d'un côté, et, de l'autre, l'Amérique et l'Occident en général. Deux Grands Satans s'entendant à merveille pour terroriser les populations du monde.

Nous ne sommes peut-être que de doux rêveurs d'idéal, nous les représentants de peuples démocratiques, fraternels et multiculturels. Car plus haut que nous, ils ont déjà décidé entre eux où et quand ils laisseraient les terroristes fanatisés agir dans le but de continuer dans les schémas de la terreur tandis qu'eux s'enrichissent de plus en plus sur le dos des populations de la planète qui ne veulent pas et ne peuvent pas remettre en question la politique sécuritaire de leurs gouvernements respectifs.

La démocratie a du plomb dans l'aile. Et ceux qui lui tirent dessus portent les habits d'honneur et de parade devant les nations unies. du monde. Nations ou Corporation Unie des Gangsters du Globe? Quand le cynisme n'a plus de bornes, c'est que déjà le monde marchand domine tous les idéaux du monde. Tunisie, tu as du soucis à te faire. Car même si sur le terrain tu conquiers ta part démocratique, ils s'organiseront et s'arrangeront entre eux pour poser des bombes et amener la terreur islamique afin que Ben Ali ou un autre revienne au pouvoir.

C'est ce qu'on peut comprendre ce soir après avoir lu certaines aberrations politiques extraordinaires. Israël, l'Amérique, l'Iran, les Princes du Golf, et peut-être même nos technocrates européens sont en réalité de mèche contre nous tous, citoyennes et citoyens ordinaires du monde. Merci à l'armée tunisienne qui, unique pouvoir lucide et en faveur du peuple, a décidé de porter secours à son peuple et non à ses dirigeants corrompus s'accrochant au pouvoir.

Un tout petit espoir est permis pour un autre monde. Pour cela, restons unis entre peuples et populations mixtes afin de faire tomber toutes les têtes cyniques et profiteuses de la planète qui ne méritent plus de garder le pouvoir.

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Tunisie et Afrique du Sud, des similitudes

 

La Tunisie a vécu durant 23 ans sous dictature Ben Ali et quasi apartheid. Un seul parti, le RCD, détenait les leviers du pouvoir, offraient passe-droits, distribuait privilèges et prébendes, emprisonnait et faisait subir pressions et humiliations aux ennemis du systèmes et commerçants trop entreprenants et inventifs.

Le symbole tunisien qui a déclenché la révolution n'a pas la carrure et la carrière de Nelson Mandela. Le symbole tunisien est un jeune diplômé au chômage qui vendait des fruits et légumes pour nourrir sa famille. Inconnu avant la Révolution, Mohamed Bouazizi a disparu de la Terre pour permettre à cette Révolution de se faire. Le jeune Bouazizi s'est immolé parce que, sous ce régime il n'avait aucun avenir économique ou politique. Comme les Noirs d'Afrique du Sud, un nombre important de la population tunisienne portait sur elle une couleur noire et bannie: celle de l'opposition, et elle n'avait aucune chance, malgré les diplômes, de voir son pouvoir d'achat augmenté sous ce régime.

Les Tunisiens ont sans doute raison de refuser aujourd'hui de se faire encore gouverner par des membres du parti RCD. Cependant, comme Nelson Mandela et son parti ont su le faire, il ne peuvent pas exclure de la société, ni même totalement du gouvernement, et bannir à leur tour toutes les personnes qui ont profité de ce régime. Ces gens vivent dans le même pays qu'eux, et ils ont désormais les mêmes droits démocratiques que tous les Tunisiens. C'est l'ABC de toute démocratie. Si les Tunisiens veulent purifier les miasmes de la corruption, ils doivent agir sur les lois et les équilibres politiques du gouvernement ainsi que ceux de la justice. Ils ne doivent en aucun cas partir dans les mêmes dérives de l'ex-régime de Ben Ali avec épuration populaire et rejet de celles et ceux qui ont travaillé sous Ben Ali. Seuls les coupables de crimes graves comme meurtres, tortures, évasion d'argent d'Etat, doivent être poursuivis et punis. Pour tous les autres, ils doivent avoir une chance égale de participer à la démocratie à celles et ceux qui ont bouleversé la donne du pays.

C'est cela la démocratie. Sinon on ne pourra jamais parler de démocratie réelle en Tunisie. Peut-on imaginer de jeunes étudiants issus de parents inscrits au RCD stigmatisés à vie, portant étoile jaune symbolique de la race à éradiquer sur la poitrine, ne pas avoir de chance à leur tour de participer au nouveau système du pays?

Amis Tunisiens, la vraie démocratie a partout des exigences élevées dont celle de pardonner et d'agir en empathie envers l'Autre, fût-il un ex complice d'un système malade. Nous commettons tous des erreurs dans nos vies, nous sommes tous soumis à un système qui connaît ses petites corruptions, ses copinages, ses lobbies puissants, voir ses personnages détestables, très peu fréquentables et recommandables. Mais la démocratie, ce n'est pas la perfection ni même la solution à tous nos problèmes quotidiens. La démocratie c'est la justesse des équilibres permettant au peuple, sa majorité et ses minorités, de vouloir vivre en paix, et d'avoir un minimum économique légal et décent pour survivre. La haine et l'amour sont les ferments de toute démocratie. Partout dans le monde, les démocraties possèdent un centre d'équilibre et, aux extrémités, des partis qui n'aiment pas l'équilibre proposé et mis en place par la majorité du peuple et qui tentent de changer la donne. C'est ainsi que les majorités bougent et fonctionnent dans un sens ou un autre.

Tous les partis politiques (les membres actuels du RCD devrait changer le nom de leur parti et déclarer publiquement qu'ils acceptent de respecter les règles du jeu démocratique afin de donner le signe symbolique fort qu'ils approuvent désormais la volonté du peuple) doivent être associés à ce printemps tunisien. La Révolution de Jasmin ne sera belle que si elle arrive à relever ce défi difficile et exigeant demandé par des citoyennes et citoyens Tunisiens possédant une maturité et un esprit conquérant et apaisant. Le bonheur ou le malheur du pays en dépend. Le route sera longue, semée d'embûches, de désillusions, de personnages qui trahiront les principes de la démocratie. Mais si le peuple est fort, les lois respectées, la justice prononcée et appliquée, la démocratie sera la fierté de la Tunisie nouvelle.

 

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