15/01/2011

L'Etat citoyen arabe et démocratique est né en Tunisie

 

L'armée tunisienne ne peut malheureusement pas protéger tout le pays des pilleurs téléguidés qui ont sévi ces dernières nuits dans les quartiers des villes.

Ce soir, la population a sorti les gourdins, couteaux, et autres armes artisanales pour défendre les familles, les biens, les commerces. La Révolution de Jasmin ne veut pas sombrer dans le chaos et la récupération sécuritaire d'un régime despotique. Ce qui se passe en Tunisie tient de la grâce. Les habitants s'unissent sans regarder à leurs couleurs politiques ou leurs convictions personnelles.

Celles et ceux qui ont pensé que la rue tunisienne ne tiendrait pas le coup face à un régime dur, injuste, super organisé, rompu aux mensonges d' Etat, se sont tous trompés. Les sceptiques, dont j'étais, sont subjugués, en ce 15 janvier 2011, par la volonté populaire de ce peuple. Les Tunisiens savent où ils vont et ce qu'ils veulent. Il n'y a plus de capitaine mais des centaines de milliers de marins prêts à tirer à la même corde pour éviter au navire de couler.

Dans la tempête, les Tunisiennes et Tunisiens sont fiers, déterminés, capables du meilleurs en ignorant le pire. Intrépides, honnêtes, tels des guerriers défendant le retour d'Ulysse, ils ont frappé à la tête le dictateur usurpateur et tous les prétendants illégitimes au trône. Demain, la Tunisie aura un autre gouvernement multi-partis, un Président élu au suffrage universel, et une constitution inédite.

Qu'Allah protège ce peuple béni des mouvances terroristes et qu'Il le guide vers la paix et la prospérité.

Merci la Tunisie. Vous méritez votre victoire sur la résignation, la peur, la honte d'être soumis à un gouvernement injuste et cupide...

Et l'âme de votre vrai capitaine tombée sous la suffocation provoquée du régime vous regarde du Ciel.

 

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Toute la démocratie du monde...dans la Révolution de Jasmin

 

Elle devait être jeune et belle, la Révolution de Jasmin. Elle avait occupé la rue, toute la rue. Elle criait, elle hurlait, elle mourrait sous les balles, puis se relevait comme une femme immortelle. Elle ressemblait aux émeutes de Gaza avec ses lanceurs de pierres d'un côté, et, de l'autre, ses super-flics bien protégés avec armes au poing automatiques.

Les nations et les consciences du monde restaient scotchées à son chevet tandis que les touristes, inconscients et loin des problèmes tunisiens, continuaient leurs bronzette, thalasso, et autre consommation d'alcool haram. Le « all inclusive » n'avait pas prévu que la Révolution et l'imam viendraient troubler leur petit bonheur et paradis de vacances.

Mais voilà. La Révolution de Jasmin avait été la plus forte. Et maintenant, les touristes tentaient de fuir vers l'Europe tandis qu'à Tunis s'installait un pouvoir transitoire faible, sans conviction, sans légitimité, surtout, et vieux de surcroît. La Révolution était belle et jeune, sans ride, ni entachée par la corruption. Au palais, un vieil homme s'était installé à la place d'Ali, baba pas coule du tout, et voleur à ses heures du sang et de la sueur de son peuple. La Révolution était en marche. Le vieillard de façade, homme de paille qui allait très vite flamber, était prostré au moment de sa nomination de carnaval. Cela sonnait si faux devant l'écran de télévision. Ce Président-là pour les jeunes de la rue! C'était confondre le rêve et trahir la réalité souhaitée. Les jeunes de la rue avait créé leur propre intifada, peut-être étaient-ils fadas tout court de croire en cela, mais leur intifada ne pouvait pas déboucher sur ce vieillard, bras droit de Ben Ali.

Mais en Allah, ils croyaient sincèrement. Alors de l'extérieur, on vit ressurgir des vieilles photographies journalistiques jaunies du chef de l'islam de là-bas, un homme charismatique prêt à enflammer le coeur des jeunes et des moins jeunes. On se dit alors, dans notre rêve de liberté, qu'il saurait être un chef démocratique qui ferait bien l'affaire d'Allah et du peuple tunisien, assis à sa place sur le trône de l'ex-président corrompu dans le palais de Carthage. On pria tous, nous les démocrates, pour que ce chef soit un bon musulman, libre, démocrate, sensible à la liberté d'autrui, laissant le droit aux uns et aux autres d'envisager leur avenir hors de l'islam, si tels étaient leurs désirs et leurs destins.

On ferma les yeux. On pensa aux morts de la Révolution de Jasmin. En particulier à Mohamed Bouazizi. Puis, on saisit le Coran. Et surgit alors le cas de conscience pour le chef de l'islam. Faire preuve de souplesse avec l'Occident, continuer à vendre du rêve occidental, des plages pour les filles en bikini d'Europe, et des excellents vins du pays pour les garçons européens qui aimaient déguster leur repas avec autre chose que de l'eau. C'était un grave cas de conscience. Car alcools et filles dénudées ne faisaient pas bon ménage avec l'islam. Haram c'est haram.

La Révolution de Jasmin était belle et pure. Mais la corruption guettait déjà comme un léopard s'agrippant à la gazelle. Que ferait le chef de l'islam pour concilier pureté de la religion et impureté païenne des personnes croyantes et incroyantes?

On continuait à rester scotcher devant nos écrans de télévision. La Tunisie serait-elle le premier modèle d'une démocratie islamique viable où, au contraire, la suite royale aux dictatures coraniques qui sévissaient dans de nombreux Etats du Golfe? L'ex Président Ben Ali avait fui en Arabie Saoudite, lui le Corrompu, rejoignait le pays des Princes Corrompus ou régnait la Charia la plus sévère au monde envers le peuple après les Talibans. La Tunisie serait-elle capable de proposer un Prince d'une grande pureté sachant combattre la corruption des puissants tout en protégeant les libertés de son peuple avec une Constitution inspirée de l'Islam proche des droits humains occidentaux?

Tel était le défi moderne lancé par Allah à la Tunisie et à ce Prince qui revenait de son Désert Médiatique grâce au Temps. Rien n'était gagné. Mais rien n'était perdu non plus. Dans la rue, la Révolution de Jasmin sentait encore bon le printemps de son existence. On avait tous envie de croire au rêve d'un islam démocratique et modéré. Du moins, celles et ceux qui croyaient à la fois aux vertus de la démocratie et à la Bonté d'Allah. « Dégage, Ben Ali! » Les jasmins de Tunisie allaient se rappeler en cette année 2011 les odeurs de parfums dégagées dans l'atmosphère des charters à touristes débarquant à Djerba ou Hammamet.

De Mohamed Ghannouchi à Rachid Ghannouchi, on devait se demander ce samedi 15 janvier 2011 dans la rue de Tunis qui était l'usurpateur du trône. L'Intifada venait juste de commencer. Il fallait aller au bout de la Révolution de Jasmin. Et ne plus baisser les bras devant les dictateurs injustes qui instrumentalisaient le Coran pour leur propre pouvoir.

Vive la Tunisie! Le peuple juste qui a eu le courage de chasser le Corrompu et qui a été écouté de Dieu.

 

 

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14/01/2011

Tunisie: l'Europe et la France désavouées

 

La fuite du Président Ben Ali est aussi le résultat de l'échec d'une politique européenne marchande de moins en moins tournée vers le respect des droits humains dans les pays des partenaires commerciaux..

Le constat fait très mal. Le silence des gouvernements, dont celui du Président Sarkosy, en dit très long sur l'embarras des directions nationales européennes. La Tunisie, ce soir, vit suspendue entre l'espoir de voir naître enfin une démocratie pluraliste et le désespoir de voir perdue l'ouverture d'une fenêtre vers la liberté après le départ en catastrophe de son Président.

Que va-t-il se passer dès cette nuit? Une prise de pouvoir par l'armée? Un régime militaire succédant à un régime civil corrompu? Une déstabilisation des structures? Un chômage encore plus grand suite à l'absence des touristes et la fermeture des investissements européens dans un pays devenu trop instable? Ou l'inverse. Point de diable peint sur la muraille. Un pays qui change en bien et retrouve un chemin vers la prospérité, démocratique, et fort?

Ce soir, c'est à mon tour d'être sceptique sur les chances d'un renouveau après ce coup de tonnerre dans le ciel tunisien. Qui vivra verra. En attendant, la Tunisie pleure ses morts. Et cela, personne ne l'avait prévu il y a encore un mois avant l'immolation du jeune Mohammed Bouazizi.

Excusez-moi d'avoir cru à une transition douce vers la démocratie. C'est la foi des non-violents qui n'accepteront jamais les tueries et les prises de pouvoir illégitimes au nom de l'idéologie des hommes d'où quelle vienne et de quelle croyance elle procède.

Qui a chassé celui qui enfin avait pris l'ampleur des mesures à prendre? La rue? Où des gens bien organisés qui savent très bien ce qu'ils font et ce qu'il veulent?

Une question encore, si j'ose: qui était derrière le policier qui a tiré cyniquement sur l'infirmière suisse pour la tuer? Un snipper fou dans les forces de la police? Excusez-moi, je n'y crois pas du tout. Il y avait une volonté de produire plus d'émeutes et des traîtres au gouvernement parmi les forces de police. On peut être traître à un régime corrompu. On ne peut pas tuer des innocents pour se débarrasser d'un régime corrompu à des fins évidentes de dominer à nouveau le peuple.

 

 

Voici une déclaration qui donnera à réfléchir à tous, amis lectrices et lecteurs:

A Paris, Mezri Haddad, ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, a annoncé sa démission. "Je démissionne aujourd’hui parce que je ne veux pas, quelle que soit l’évolution de la situation d’ailleurs (...) Je ne peux pas et je ne veux pas être en quoi que ce soit cautionnant quelque chose qui est aux antipodes de mes convictions et de ma conscience", a-t-il déclaré sur BFM-TV.

 

19:57 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (2)

Tunisie, Maghreb. Lettre ouverte à Tariq Ramadan

 

Le dernier discours volontaire du Président Ben Ali ne semble pas du tout convaincre une bonne partie des personnes de confession musulmane vivant sous nos contrées.

Celles et ceux qui tentent de comprendre et d'écouter à la fois les revendications de la rue et la nécessité d'un pouvoir solide (mais non abusif) pour éviter le chaos dans les pays du Maghreb, que connaissent certaines autres nations arabes du Golf, et la prise du pouvoir par des extrémistes fanatiques, sont traités de collaborateurs, d'hypocrites, de corrompus occidentaux à la solde du pouvoir de Ben Ali.

Il y a comme un malaise, Frère Tariq, Car au moment où je vous lis (voir l'article « De la Tunisie, de l'Algérie, et du Niger » sur le blog de « Regards de femmes...musulmanes »), le djihad violent et définitif d'al Quaïda envers l'Occident et toute personne ne se soumettant pas à l'islam vient de lancer sur ses sites Internet un message à la population tunisienne, l'appelant à se soulever contre le gouvernement tunisien et à rejoindre les troupes islamiques dans le désert en vue d'une formation terroriste accélérée. Ma première des questions est brutale: « Que préférez-vous au monde dans le pire des cas? Un pays corrompu mais démocratique ou un monde « parfait » sous la coupe de talibans qui décident de tout pour leurs femmes, sont les gourous, maîtres et seigneurs de la pensée idéologique, sont directeur et dictateur de la façon de vivre comme de la formation des clones à l'identique formaté pour bêler comme des moutons lisant et relisant (mal ou sans réflexion morale et humaniste) le Coran de façon fixe et littérale et admettant comme normal coups de fouets, lapidation, mise à mort pour infidélité d'amants amoureux? ».

Ma deuxième question, cher Tariq, se pose ainsi: « Les musulmans souffrent des attaques incessantes et des moqueries du monde occidental. Voulez-vous donner encore plus d'arguments négatifs aux Occidentaux qui ne comprennent pas les bases fondamentales de non-violence qui habitent le Coran, préférant un y voir un livre de terreur programmée, de violence perpétuelle, de guerres contre les infidèles, permanentes, sans concession, et définitives? »

Frère Tariq, soyons clair. Je ne donne nullement raison au gouvernement Ben Ali (lire tous mes récents billets sur les émeutes tunisiennes). Les erreurs de celui-ci, sa corruption, son désir de toute-puissance économique et politique sont un péché très grave devant Allah. Mais de là à vouloir la destruction des structures étatiques, de dire que tout ce qui se passe dans la rue est de type démocratique sans imaginer que, comme partout dans le monde, la rue est forcément représentative de toutes les vertus et de tous les vices possibles et imaginables avec ses risques de dérapages, de pillages, d'égoïsmes individuels, de crimes sordides, c'est un pas, surtout une ornière, dans laquelle je ne vous suivrai pas. Trop de pseudo-révolutions démocratiques (la révolution iranienne sur le Shah, par exemple) ont débouché sur des régimes théocratiques qui ont aboli les libertés et fait régner un régime de terreur sur la population qui n'avait rien à envier aux régimes corrompus précédents. A moins que vous ne soyez pleinement satisfait des gouvernements iraniens successifs. Ce qui me paraîtrait suspect alors de croire en votre volonté de voir réaliser un islam fondateur de libertés, de respects, de droits de l'humain tels que nous le connaissons par exemple en Suisse.

Frère Tariq, le monde musulman a besoin d'acquérir et d'obtenir de la confiance de la part de l'Occident. Ne me dites pas que vous êtes, vous le modéré, vous le moderniste, vous le réformateur d'un islam moderne et libre, l'allié objectif d'al Qaïda au Maghreb. Car si vous, frère Tariq, avez obtenu la légitimité de représenter les musulmans d'Occident grâce à votre sagesse, il serait primordial que vous ne teniez pas un discours manichéen envers le régime Ben Ali. Ce régime à de grands torts. Il a aussi quelques vertus. Dont celui d'avoir assuré, durant 23 ans, un équilibre, certes précaire, et une quasi absence d'actes terroristes sur le territoire tunisien ainsi que d'avoir développer une économie touristique florissante. Cette paix est précieuse aux Tunisiens pour avoir du travail, un avenir imaginable, et non un territoire miné de bombes et dirigés par des clans islamiques qui se déchirent entre eux pour l'obtention d'un pouvoir bien terrestre et pas du tout divin...

Frère Tariq, j'espère obtenir une réponse de votre part. Car dans le doute, je me m'abstiens jamais d'écrire à des personnes que je respecte et que j'apprécie habituellement par leur discours.

« Liquidez-les tous! On ne veut pas de prisonniers » Si cette phrase s'impose dans toute les bouches des fidèles et des infidèles de la planète à la parole de Dieu ou des Athées, je crains vraiment que nous arrivions à la Fin du Monde à grands pas de bottes armées de missiles et de bombes.

 

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13/01/2011

La fierté du renouveau tunisien

 

Arrêt immédiat des violences policières outrancières, diminution des prix sur les denrées alimentaires de base, départ du président Ben Ali pour 2014, liberté totale de la presse, démocratisation de la société tunisienne, Le Président a parlé juste et fort afin de sauvegarder la paix civile. Reste, de son côté à tenir les promesses faites, et du côté des manifestants à accepter de laisser une ultime chance de révolution douce au régime Ben Ali.

Le Président y a mis le ton de la sincérité, de la volonté, et l'allure présidentielle lors de son 3ème discours et allocution solennelle de la semaine. Le Président Ben Ali a pris toute la mesure et la température des revendications populaires. Il est sur le chemin, le chemin de la liberté, avec tout le peuple tunisien.

Tunisiens de tous bords et de toutes conditions, retenez ce discours. Gardez-le en mémoire pour le ressortir à chaque fois que le gouvernement avancera trop lentement dans les réformes. Et regagnez vos maisons et vos occupations. Votre vigilance ne sera plus jamais prise en défaut. Vous saurez tenir votre rang de citoyennes et de citoyens en refusant de vous taire, en écrivant sur les blogs et dans les journaux les injustices et irrégularité du pouvoir et de l'administration en place. Utilisez vos intelligences, vos plumes, votre parole, votre savoir pour faire avancer et fortifier la démocratie. Ne pillez plus les commerces, ne saccagez plus les bureaux, retournez au travail, pour celles et ceux qui en ont, et faites de la Tunisie un projet d'avenir communautaire et non une terre saccagée et mouillée par le sang de vos soeurs et frères tombés pour rien , mais pour la cause, dans des émeutes insurrectionnelles.

Allah veille sur la Tunisie et demande à tous ces habitants de tenir leur rang de bons musulmans prêt à défendre l'honneur de la constitution et des lois démocratiques d'un peuple nouveau et d'un pays magnifique, fierté et perle représentative de l'ensemble des pays arabes.

Cette chanson merveilleuse d'Elissa pour toutes les plaies subies et le deuil tunisien en cours.

21:22 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (1)