13/01/2011

Couvre-feu et cache-coeur en Tunisie

 

D'aucun se demande comment la Tunisie peut continuer à vivre avec Ben Ali après les émeutes et les dizaines de morts provoquées par les forces de l'ordre.

Mais la question est plutôt: « Comment vivre sans Ben Ali dans un pays qui n'est pas reconnu pour son modèle de pluralisme culturel et religieux? Combien d'embûches se présenteront alors aux opposants du régime? Quel est le potentiel de leurs forces réelles pour contenir les assauts de forces radicales, disparates, sectaires, retranchées dans le désert et prêtes à poser des bombes et commettre des crimes pour déstabiliser le pays?

Et les touristes, la manne bénie de ce pays, qui offrent par leur venue des dizaines de milliers d'emplois à une jeunesse déjà soumise au chômage, que feront-ils si le pays devient totalement instable? Auront-ils envie de se rendre en des lieux où la sécurité n'est plus garantie?

Et les cabinets dentaires, esthétiques, médicaux, qui reçoivent aussi une partie de ces touristes en recherche d'opérations moins coûteuses que sous nos contrées, fermeront-ils tous leurs portes et abandonneront-ils leurs pays au profit de lieux plus propices à leurs professions?

Et les dizaines de milliers de chauffeurs de taxis, les hôtesses d'agences de voyage, les petits restaurants et commerces, ils feront quoi? Des tours dans le désert sur les quads abandonnés?

Chères amies Tunisiennes et amis Tunisiens, réfléchissez bien à votre avenir avant de vouloir la mort définitive de ce régime. Le bousculer, le pousser à entreprendre de grands changements. Oui. Pour le reste. Je me refuse de partir à l'aventure dans le désert avec vous alors que le mirage mortel est plus sûr que l'arrivée dans une ville et une oasis de beauté.

 

14:23 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (1)

« L'immolation de Mohamed Bouazizi »

 

 

En Tunisie, la révolution a commencé un 17 décembre avec le suicide d'un jeune de 26 ans vendant des fruits et légumes et se voyant interdit par la police d'exercer son travail.

Ce jeune, sans perspective d'avenir, à préférer disparaître de la planète plutôt que de continuer à souffrir du manque d'argent nécessaire à construire une vie, fonder une famille, et donner la liberté à ses dons humains de se développer en toute tranquillité. Cette mort aurait pu rester dans l'anonymat d'un peuple imaginant qu'un désespéré s'était simplement suicidé comme on en trouve de nombreux exemples en Suisse, pour ne citer qu'un pays où le taux de suicide est élevé.

Toute la Tunisie a réagi. D'abord par des mouvements de révoltes sporadiques, puis de plus en plus organisés et multiples. Aujourd'hui, près d'un mois plus tard, le régime tunisien est confronté à la pire révolte sociale qu'il ait connu en 23 ans de pouvoir. Pour le jeune Mohamed, il est trop tard. Mais un jour, la Tunisie démocratique devra créer des "places du 17 décembre" et des "rue Mohamed Bouazizi" afin de reconnaître que le plus petit d'entre nous, un simple marchand de fruits et légumes au diplôme universitaire, peut parfois être le premier citoyen libre et conscient d'un pays démocratique, et leader virtuel de tout un peuple.

 

 

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« L'immolation de Mohamed Bouazizi »

 

 

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« La Révolution de Jasmin vue dans le ciel d'un hôtel de Tunis »

 

 

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Mohamed Bouazizi, élu d'Allah

 

09:50 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2011

Président Ben Ali: entre sagesse, détresse, et vieillesse d'un régime

 

Les émeutes en Tunisie se poursuivent en ce mercredi et elles ont gagné les banlieues de la capitale, Tunis.

Le régime semble à bout de souffle et une cure de jouvence drastique, avec lipocussion des graisses corruptives indispensable à l'octroi d'un avenir à la jeunesse du pays, semble la dernière chance offerte au Président Ben Ali pour garder la main sur la Tunisie. Le Gouvernement devrait se mettre à l'écoute de l'opposition, tenter de sauver ce qui peut être sauver des 23 ans d'un régime draconien qui a privilégié la sécurité à l'ouverture démocratique.

Aujourd'hui, l'Europe aussi doit se réveiller dans l'urgence. Elle n'a pas le choix. Devant le chaos qui risque de s'aggraver, l'Europe doit proposer une issue de secours au peuple tunisien en offrant un pont technologique à la Tunisie et aux autres pays du Maghreb. Les énergies solaires, le high tech informatique, la chirurgie esthétique, entre autres, peuvent être implantés durablement avec succès en des contrées où les jeunes étudient volontiers et avec acharnement en attendant un avenir meilleurs et des salaires un peu plus décents qu'aujourd'hui. L'Europe doit servir les actuels gouvernements légitimés par les urnes de ces Etats afin de ne pas desservir la cause de la démocratie au profit d'un islamisme prêt à profiter de cette déstabilisation pouvant déboucher sur la victoire de gourous de malheur prêts à tout pour arriver au pouvoir, ou même partiellement au pouvoir, en déchirant dans le sang et par lambeaux la gazelle tunisienne.

Cet appel au secours des peuples du Maghreb doit être entendu, en particulier par le gouvernement français de Nicholas Sarkosy. Si rien n'est entrepris et que le pourrissement se généralise, c'est toute l'Europe qui en pâtira, avec en prime, le débarquement de boat people du Maghreb, et l'islamisme perfide et pervers arrivant au pouvoir à deux pas de nos côtes.

La sagesse du Président Ben Ali doit le conduire à se rajeunir plutôt qu'à se scléroser sur lui-même. C'est sa seule planche de salut et de rédemption. A vous, Monsieur le Président, de prouver à la jeunesse de votre nation que vous êtes prêt à surfer avec eux et que l'Ancien Régime de votre garde rapprochée peut se transformer en appuyant cette révolution de jasmin. Un effort gigantesque de votre part et de votre entourage est demandé par le peuple. Si vous ne l'écoutez pas, vous ne resterez sans doute pas Président de Tunisie pour les 4 années à venir et le peuple tunisien souffrira pour longtemps de ce soulèvement populaire qui risque alors d'avorter pour le pire plutôt que pour le meilleur... Avec votre fuite mais aussi dans le chaos durable et détestable et un pays livré à des factions paramilitaires et terroristes.

 

P.S. Dernière minute: Monsieur le Président, vous venez à l'instant de prendre la première des bonnes mesures en libérant les manifestants des géôles de votre pays. Bravo, Monsieur le Président!

12:14 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (12)

11/01/2011

Kasserine: la révolution de Jasmin

 

« Nous acceptions de vivre avec du pain et de l'eau. Mais pas avec Ben Ali »

Le slogan et le symbole de la révolte des pauvres sur les nantis d'un Gouvernement tunisien plus assez à l'écoute de sa population. Le Président Ben Ali sait ce qu'il lui reste à faire si, de zéro dans les coeurs des gens des villes et villages démunis du pays, il veut, en 4 ans, devenir le héros de son peuple et rester dans la mémoire populaire comme un grand président de la Tunisie.

Les couleurs d'un pays ne se limitent ni à sa politique, ni à son économie, ni à sa religion dominante, ni même à sa culture et ses traditions. Les couleurs d'un pays se sont d'abord les compositions sociales paradoxales, les couches culturelles, les gens qui l'habitent et le rendent hospitalier ou barbare, magique ou apocalyptique, généreux ou avare.

Par cette série d'images reproduisant la capacité d'un seul regard de femme à changer la vision intime de notre propre existence et celle que nous nous forgeons habituellement d'un autre monde inconnu jusque-là, j'ai voulu dire merci à la Tunisie et tous ses habitants à travers le regard intense de cette jeune femme de chez eux. J'ai embrassé ce pays, sa culture, d'un doux baiser, d'un chaud regard emporté par les vents sur la mer de Carthage, en commençant d'abord à aimer comme à comprendre le Maghreb et sa population arabe. Chacune et chacun d'entre nous est capable d'aller puiser l'eau à la source de la rencontre de ce qui est étranger à nous-mêmes, voir menaçant aux yeux du monde. L'effort, le djihad intime... avec au bout du chemin une récompense incroyable descendue des Cieux. Une oasis « واحة »de paix dans un désert d'ennuis politiques...

 

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21:36 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (5)

10/01/2011

Le rêve new-yorkais de Kasserine

 

Monsieur le Président de Tunisie,

 

Des morts et des blessés par dizaines. La ville de ma chérie porte les stigmates de la révolte tunisienne. Comment en est-on arrivé à massacrer des gens? Pourquoi les gaz lacrymogènes et les balles en caoutchouc ne sont-ils pas utilisés systématiquement dans les émeutes qui soulèvent le pays? Pourquoi votre régime tire-t-il à balles réelles? Les policiers tunisiens croient-ils qu'ils seront mieux respectés en donnant des martyrs aux familles touchées par les violences?

Kasserine fut la ville symbole tunisienne chassant la dictature nazie. Les Anglais, durant la dernière guerre mondiale, y ont défait l'afrikakorps de Rommel sur le col de Kasserine après que ce dernier ait été occupé dans un premier temps par les troupes de Rommel suite à la défaite initiale des Américains.

Pourquoi Vous, votre Honneur Monsieur le Président tunisien et votre Gouvernement agissent-ils si violemment dans un contexte de révoltes sociales justifiées même par beaucoup de cols blancs et d'intellectuels de votre pays? Triste, tellement triste de constater que la brutalité s'impose sur des mesures populaires qui permettraient de ramener au calme les foules en plein désarroi social.

Monsieur Ben Ali, votre pays ne peut pas se transformer en champ de guerre et de mise à feu et à sang. Le grand saccage ne peut pas être permis de vos autorités. Dites à vos corps de police d'user de mesure et de tempérance dans leurs interventions. Pourquoi ailleurs, en Europe, l'immense majorité des émeutes sont réprimés dans une relative non-violence alors qu'en Tunisie la police semble avoir la gâchette si facile? Des morts sur la conscience. Et surtout, une paix entamée par la haine grandissante de votre peuple envers vos autorités. Reprenez votre main blanche, Monsieur le Président, la main de la paix, de la fermeté, et de la fraternité avec toutes et tous les citoyens de votre nation. Ne laisser pas impunis les responsables des crimes. Faites des enquêtes neutres et impartiales sur le pourquoi et le comment des violences. Attaquer un convoi funèbre peut-il être de l'ordre de la justice?

Vous nous laissez avec beaucoup de questions à ce jour sans réponses, Monsieur le Président. Nous espérons que votre pays saura retrouver sa sérénité avant que d'autres crimes encore plus nombreux n'entachent durablement la réputation de bonne gouvernance de votre nation, la Tunisie.

Veuillez accepter, Monsieur le Président Ben Ali, mes salutations endeuillées.

 

Ali pacha

 

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