03/05/2011

Ben Ladengate en vue pour Obama?

 

Une maison étrange, presque sans fenêtres, en pleine ville dans un monde pakistanais qui sait normalement tout de ce qui se trame d'à peu près conforme derrière chaque fenêtre.

Un bunker fantôme en face d'un bâtiment militaire de haute importance! Comme si l'Amérique voulait punir le Pakistan d'une faute grave afin de culpabiliser ce pays peu enclin à aider l'Occident dans sa chasse aux terroristes. Oussama Ben Laden a réussi, bien malgré lui, un dernier coup de génie: le Pakistan va se révolter. C'est clair, c'est net. Il ne voudra pas porter le poids de la culpabilité d'avoir fermer les yeux sur la présence de l'ennemi public numéro 1 à deux cents mètres d'une base militaire pakistanaise. Personne ne savait? Vraiment? Oussama aurait vécu là en toute tranquillité avec une partie de sa famille. Et même les ordures étaient brûlées pour ne pas mettre les déchets pour la voirie. Où alors, tout est faux, sauf l'existence de cette forteresse qui était un vaisseau fantôme, abandonné de toute âme qui vive, sans aucun habitant. Le gouvernement pakistanais, c'est clair, c'est net, va user de cette thèse pour sa défense face au monde et il accusera l'Amérique de propagande et de mensonge énorme. De quoi alimenter la filière terroriste et mettre de gros bâtons dans les roues huilées de Barack Obama. L'Etat de Grâce provoqué par la mort du leader d'Al-Qaïda ne va pas durer. Deux jours après sa prétendue disparition, nous voilà en face, aujourd'hui même, de l'énigme du super tuesday de cette année 2011. Mardi gras. Ben Laden mort dimanche soir, heure américaine, trois cents journalistes du monde entier cherchent soudainement des preuves de la présence de Ben Laden derrière les murs de cette forteresse. Pour l'instant, nada de chez Nada.

Aucune trace laissée par la famille Ben Laden. Surtout, aucune preuve réelle. Même pas celles de ses enfants tués avec lui. Tous immergés avec papa, sans doute, tous morts, aucun fait prisonnier ou blessé lors de ce drame fictif. Car c'est une belle fiction hollywoodienne à la hauteur de l'attentat du 11 septembre. A une différence de taille: le 11 septembre était bien réel. Comme mon fils âgé de 5 ans à l'époque qui devant le second avion s'écrasant dans la deuxième tour du World Trade Center s'exclama : « Wouahhh! Trop beau ce film » tandis que papa le serrait fort dans ses bras en lui disant, médusé par le spectacle et la réponse du fils: « Jean-François, c'est pas un film. C'est la réalité. L'Amérique est attaquée de la façon la plus abjecte qui soit ».

L'Amérique, regrettant à jamais de n'avoir pas su ou pas voulu défendre correctement New-York des ennemis de l'extérieur, l'Amérique qui a donné naissance au mythe hollywoodien ne pouvait pas créer une réalité aussi horrible et en direct devant des milliards de spectateurs ébahis. Ben Laden et ses acolytes ne vivaient pas au centre économique du monde, dans le nombril de la pomme. Obama et l'Amérique ont alors su trouver une sorte d'embrouille métaphysique à la hauteur de la stature de Ben Laden...et de Stanley Kubrick L'islam rigoriste tenait en Ben Laden son héros moderne. L'islam a désormais un personnage semblable au mythe de Jésus Christ grâce à l'Amérique. Personne ne sait et ne saura si on a vraiment tué le leader d'Al Quaïda d'une balle dans la tête en ce premier dimanche de mai. Au troisième jour, Oussama Ben Laden a un destin fabuleux. Il ressuscite dans le coeur de toutes celles et ceux qui feront de lui le prophète indestructible et apocalyptique voulant la disparition d'un monde refusant Dieu et préférant le dieu Dollars. Oussama hosanna au plus haut des Cieux! Obama hosanna au plus haut dans les sondages américains et planétaires.

Quel monde! Quelle époque! Un conte moderne a été écrit durant cette décennie 2001-2011 des Humains et de cet actuel printemps arabe. Si les Hommes existent encore dans mille ans, Oussama Ben Laden sera encore une référence pour l'islam, malgré le drame, malgré l'horreur, malgré toute la violence commise. Que les jasmins poussent sur la mer afin de prouver la mort du prophète Ben Laden! Que Dieu nous montre par un miracle que cette histoire américaine est véridique et que le leader d'Al Qaïda a bel et bien été immergé depuis un porte-avion. Obama décolle, Oussama coule. Yes, We can! La bande annonce est lancée! Vivement le film! Suggestion pour le titre: "Oussama Ben Laden, Superstar"

Merci Canary Bay, mon espionne des services de renseignements ultra-secrets de l'inofficielle version de la disparition de Ben Laden!

 

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02/05/2011

Oussama Ben Laden, mort depuis combien de temps?

 

Tué sur terre, immergé en mer. Telle est la version officielle des Etats-Unis sur la mort de la légende djiadiste concernant Oussama Ben Laden, le leader d'Al-Qaïda. Des années de disparition, des messages audio mais plus d'image sur l'homme de la nuit assassine. Et soudain l'homme de la source disparaît en eau salée.

La crédulité des médias du monde concernant la thèse officielle de cette disparition me laisse pantois. Soit les médias n'exercent plus leur oeil critique sur l'actualité brûlante, soit cela arrange tout le monde de dire que Ben Laden a enfin été éliminé.

Personnellement, je ne crois pas à cette fin-là, telle que décrite par le Pentagone et le gouvernement américain. Pourquoi immergés les corps de Ben Laden et ses lieutenants? Pourquoi ne pas chercher la preuve que l'on a bien à faire à la dépouille du chef de l'attentat du 11 septembre? Pour le Che Guevara, l'Amérique avait pris toutes les précautions pour s'assurer et rassurer le monde sur l'élimination de l'ennemi publique numéro 1 de l'Amérique, le révolutionnaire pur sucre qui n'a jamais pu mettre un terme à son combat armé. Pour Ben Laden, on nous raconte une histoire à dormir debout, que son corps a été immergé, on nous le fait disparaître corps et âme comme un capitaine de vaisseau fantôme qui n'existe pas. Soit sa résidence cachée était une sorte de sous-marin à la Capitaine Nemo, soit on nous ment comme des arracheurs de dents. Et bien sûr, c'est ma version, on nous ment. Car il faut chercher la mer au Pakistan, où l'île de Canari Bay, où les filles d'Indochine s'aiment en secret en protégeant le pacha Ben Laden, le maître de l'horreur, le génie destructeur des tours jumelles qui a fait vaciller l'Amérique avec des avions civils, pas même militaire.

Aucune admiration pour Ben Laden. Je n'aime pas du tout la violence. Che Guevara ne voyait aussi que la violence pour faire passer son idéologie égalitaire et surtout réussir le plan de la révolution. Cette dérive de la violence, je la hais. Mais il faut l'admettre. En ce monde, il y a deux types de révolutionnaires. Ceux qui combattent le fusil à la main, et les autres qui utilisent un stylo, un pinceau, une voix, une caméra, un appareil photo pour faire passer un message subversif face à la violence économique du monde.

Ben Laden est mort. A défaut de corps, il restera l'âme d'un multi-milliardaire qui commerçait avec le « diable » américain avant de faire volte-face et de lire le Coran de manière dogmatique et définitive. L'Amérique devait mourir. L'idéologie d'un homme seul face à la puissance militaire et la propagande idéologique de peut pas gagner. L'Amérique a encore gagné cette bataille. C'est heureux pour la liberté. Mais là-bas, du côté d'Indochine, une puissance militaire autrement redoutable pourrait bien se révéler beaucoup plus dangereuse que Ben Laden. Menace numéro 2, le terrorisme. Menace numéro 1, l'impérialisme. Il ne faudra pas l'oublier ces prochaines années à l'heure de la Chine.

Ben Laden immergé dans le secret des traditions islamiques? Serait-ce que l'homme est indien? Mystère et boule de gomme. En tout cas, le prix de sa disparition n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre. Le mystère Ben Laden reste entier...et pour très longtemps. Ben Laden, une sorte de Capitaine Nemo épris de justice divine qui s'est pris un jour pour Dieu.

 

L’ultime entretien du Capitaine Nemo avec Cyrus Smith

Je vous ai observé, vous et vos compagnons, sur cette île depuis votre arrivée il y a trois ans. Je sais que je puis vous faire confiance et vais vous charger d’une mission. Tout au long de ces années de navigation et d’exploration avec le Nautilus, puis de réclusion sur cette île, j’ai eu le temps de réfléchir aux meilleurs moyens pour l’homme de découvrir la planète sur laquelle il vit. Cette curiosité me vint de la fréquentation que je fis il y a une vingtaine d’années à Paris de la « Société des Argonautes » de mon ami Jacques Arago, infatigable voyageur malgré une précoce cécité. C’est en pensant à lui que j’ai rédigé toute une série de mémoires sur les nouveaux moyens que la science va nous permettre de développer pour explorer et comprendre la planète qui nous héberge. Jacques Arago, malheureusement, est mort et je ne sais ce qu’il est advenu de la Société des Argonautes. Mais vous venez de m’apprendre que Monsieur Jules Verne avait fait un récit passionnant du séjour que firent à bord du Nautilus le Professeur Aronnax et ses compagnons. Le jeune Verne était assidu à la Société des Argonautes où je l’ai rencontré plusieurs fois. J’ai pu apprécier son talent de jeune écrivain, son enthousiasme pour les récits de Jacques Arago, sa curiosité pour les choses scientifiques et son amour de l’océan que nous partagions. Je pense qu’il saura faire le meilleur usage de ces quelques mémoires que j’aurais été chagriné d’entraîner avec moi dans la mort faute de pouvoir les confier à une personne de confiance. Je pense que la qualité et les performances du Nautilus à bord duquel vous êtes en ce moment vous convaincront qu’il ne s’agit pas d’élucubrations fantaisistes. Aussi, cher ami, vous serai-je reconnaissant, à votre retour, de bien vouloir transmettre en mains propres à Monsieur Verne l’enveloppe que vous trouverez dans ce coffre dont le code est ARGO. Je voudrais y joindre un mot à Monsieur Verne, passez moi s’il vous plaît une feuille de papier et l’encrier.

Le billet du Capitaine Nemo à Jules Verne

Cher ami,

Vous vous souvenez, je l’espère, du prince indien avec qui vous échangeâtes à la Société des Argonautes de Jacques Arago. J’ai l’intuition que narrant dans Vingt Mille lieues sous les mers les aventures du Professeur Aronnax vous avez reconnu qui se cachait derrière le Capitaine Nemo. Oui le prince Dakkar est devenu le Capitaine Nemo. Je vous demande de prêter foi au récit que l’Ingénieur Cyrus Smith, porteur de ce message, va vous faire de son aventure à l’île Lincoln et de notre rencontre. Il vous remettra aussi un pli contenant le fruit de mes réflexions durant ma réclusion solitaire à bord du Nautilus enfermé dans l’île Lincoln. J’eusse aimé vous en faire part moi-même mais j’arrive au terme définitif de mon voyage et n’en suis d’ailleurs pas mécontent. Je vous laisse toute liberté d’utilisation de ces mémoires, je sais qu’ils sont en de bonnes mains. Adieu.

Capitaine Nemo

 


 

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29/04/2011

Envie de...

 

Envie de toi ma muse bien-aimée et absente

musardant sur mon corps fébrile abusant

au-delà de nos désirs les plus interdits,

laissant là aux déchirures de nos corps

nos lambeaux de peau griffés, arrachés,

mordus à nos lèvres meurtrissures

avant ce cri triomphal de notre jungle,

après le crime ultime de notre jouissance

plus violente que la chaleur

du rayonnement solaire.

 

Grillés à vif,

abandonnés au champ de nos batailles

abusées d'éreintantes étreintes subtiles

laminant tes tendres dentelles de rosée,

fustigeant de ta volonté ma splendeur captive,

ton arc-en-ciel électrique subissant les assauts

et le méga big-bang de mon glorieux flâneur furtif

planant trop haut tout près de ton tabernacle

et labourant tes paysages vallonnés

pareil à un allumeur d'incendies

descendu en direct du vertige du ciel

pour brûler ton corps flamboyant

affamé d'eau vive et d'hosties.

 

T'es une superbe traînasse à la crinière dorée

qui lanterne à demeure sur mes lampions en feu;

une bombasse prêt à larguer ta foudre visuelle

sur mes réservoirs d'essences essentielles

à notre incontrôlable amour sacrificiel.

 

T ' es absolument trop loin de moi, Bébé.

Mais ce soir, comme tous les soirs,

depuis Adam et Eve,

tu t'endors entre mes côtes, dans mes bras,

en attendant de valser encore

au son de la chica-chicabanana,

faisant grincer des dents

tous les grincheux de ce monde sinistre.

 

Merveille en attente de Sexodus.

Mont de Vénus abandonné dans cette longue nuit,

entouré de trop nombreux ennemis

prêts à fondre sur ta bastille,

Dieu t'a tirée de ton vertigineux sommeil

et de mes côtes jaillit une vision

féline-féminine sortie de la glaise.

 

La liberté ne s'achètera jamais.

Elle exulte et chante l'hymne

des hommes ayant tout perdu

mais gagné en retour de leurs guerres

des femmes nées sur le sable qui n'oublient pas

le triomphe et l'éternelle jeunesse des romantiques

sur le butin féminin des hommes mécaniques et cyniques.

 

00:48 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

19/04/2011

Richesses des uns, pauvreté des autres, un mur

 

Dans ce pays où tout paraît si gentil, si consensuel, si honnête et parfait, il y a pourtant une sorte d'apartheid qui est en train de se créer entre la classe aisée, diplômée supérieure, celle qui peut tout se permettre, donc à peu près tout et n'importe quoi en termes de confort, voyages, biens de consommation, et la classe exploitée, largement limitée dans ses accès aux plaisirs et toujours à la limite de la rupture budgétaire, qui non seulement est abusée dans ses légitimes revendications d'aspirer à moins de difficultés financières, grâce à des salaires un peu moins misérables qui leur permettraient de contourner dignement les demandes d'aides sociales, mais surtout d'être reconnus en tant que citoyens et citoyennes à part entière.

Hors, le drame de ce pays est que les riches d'aujourd'hui ne sont plus les riches de hier. Dans les années 1970, la droite patronale était représentée par des personnalités hautement responsables vis-à-vis de la solidarité sociale au sein de la communauté helvétique. Le radicalisme social exerçait son plein pouvoir avec une certaine clairvoyance et une envie de protéger la famille de travailleurs. Aujourd'hui, c'est devenu presque une bêtise et un reproche permanent que de vouloir des enfants, surtout si la structure de la cellule familiale est affaiblie par des revenus modestes d'un ou des deux parents.

Que penser des attaques incessantes de la droite actuelle sur les plus affaiblis de notre communauté? Que penser de personnes millionnaires qui osent afficher un mépris face aux petites gens qui triment durent dans les arrières boutiques du territoire pour assurer la bonne marche du tourisme et de la vente dans les très nombreuses surfaces commerciales? Car se sont essentiellement dans ses branches-là qu'aujourd'hui le personnel est exploité honteusement afin de permettre à l'industrie du tourisme, de l'agro-alimentaire et du textile de maintenir des prix attrayant pour les consommateurs qui, comme par hasard, se retrouvent souvent être des gens fortunés se permettant de dépenser à tout va pour leurs loisirs, leurs conforts, et leurs vacances.

Hors ces mêmes personnes crachent aujourd'hui volontiers aux visages de celles et ceux qui les servent. Si j'étais le boss d'un puissant syndicat, le 15 mai prochain, je demanderais à tous les travailleurs et travailleuses des branches citées ci-dessus de débrayer pour le week-end et de déambuler dans les villes de Suisse avec ce T-shirt portant, par exemple, ces slogans:

 

Qui aime vous servir

mérite-t-il votre mépris?

 

Journée des gentils organisateurs

de vos plaisirs.

Nous n'avons plus rien à vous offrir.

Mais les syndicats ronronnent à côté des cheminées patronales. Ils revendiquent usine par usine, commerce par commerce, quand un patron ferme boutique ou quand des permis de travail valables ne sont pas au rendez-vous. Lutte inutile et bien faiblarde. Ce qu'il faut, c'est enfin un gros buzz pour dire aux riches que sans nous, les petites mains, ils ne sont rien du tout et que leurs chambres d'hôtel, leurs vitrines préférées, leurs repas gastronomiques ou de bord de plage n'existeraient même pas dans leurs rêves sans nous, leurs faiseurs et réalisateurs de rêves et de bien-être corporel, émotionnel, spirituel.

Les riches, ils ont de la chance que je reste un citoyen très discret. Parce que sinon, la Révolution de Jasmin passerait par la Suisse. A lire Victor Hugo, on le sait déjà, les Misérables sont de toutes les époques, alors que les paysages alpins, eux, restent presque immuables et sereins devant la bêtise humaine. Extrait d'une page hugolienne alors que l'écrivain se promène en Suisse, au Righi, accompagné de sa maîtresse, Juliette Drouet:

La montée : source, chapelle et ravin
«Je me suis écarté de la route, et au milieu de quelques grosses roches éboulées j'ai trouvé la petite source claire et joyeuse qui a fait éclore là, à deux mille pieds au-dessus du sol, d'abord une chapelle, puis une maison de santé. C'est la marche ordinaire des choses dans ce pays que ses grandes montagnes rendent religieux ; d'abord l'âme, ensuite le corps. La source tombe d'une fente de rochers en longs filandres de cristal, j'ai détaché de son clou rouillé la vieille écuelle de fer des pèlerins, et j'ai bu de cette eau excellente, puis je suis entré dans la chapelle qui touche la source.

Un autel encombré d'un luxe catholique assez délabré, une madone, force fleurs fanées, force vases dédorés, une collection d'ex-voto où il y a de tout, des jambes de cire, des mains de fer-blanc, des tableaux-enseignes figurant des naufrages sur le lac, des effigies d'enfants accordés ou sauvés, des carcans de galériens avec leurs chaînes, et jusqu'à des bandages herniaires ; voilà l'intérieur de la chapelle.

Rien ne me pressait ; j'ai fait une promenade aux environs de la source, pendant que mon guide se reposait et buvait quelque kirsch dans la maison. Le soleil avait reparu. Un bruit vague de grelots m'attirait. Je suis arrivé ainsi au bord d'un ravin très encaissé. Quelques chèvres y broutaient sur l'escarpement, pendues aux broussailles. J'y suis descendu, un peu à quatre pattes comme elles.

Là, tout était petit et charmant ; le gazon était fin et doux ; de belles fleurs bleues à long corsage se mettaient aux fenêtres à travers les ronces, et semblaient admirer une jolie araignée jaune et noire qui exécutait des voltiges, comme un saltimbanque, sur un fil imperceptible tendu d'une broussaille à l'autre.

Le ravin paraissait fermé comme une chambre. Après avoir regardé l'araignée, comme faisaient les fleurs (ce qui a paru la flatter, soit dit en passant, car elle a été admirable d'audace et d'agilité tant qu'elle m'a vu là), j'ai avisé un couloir étroit à l'extrémité du ravin, et, ce couloir franchi, la scène a brusquement changé.

Le spectacle et son spectateur
J'étais sur une étroite esplanade de roche et de gazon accrochée comme un balcon au mur démesuré du Righi. J'avais devant moi dans tout leur développement, le Bürgen, le Buochserhorn et le Pilate ; sous moi, à une profondeur immense, le lac de Lucerne, morcelé par les nases et les golfes, où se miraient ses faces de géants comme dans un miroir cassé.

Au-dessus du Pilate, au fond de l'horizon, resplendissaient vingt cimes de neige ; l'ombre et la verdure recouvrèrent les muscles puissants des collines, le soleil faisait saillir l'oncologie colossale des Alpes ; les granites ridés se plissaient dans les lointains comme des fronts soucieux ; les rayons pleuvant des nuées donnaient un aspect ravissant à ces belles vallées que remplissent à certaines heures les bruits effrayants de la montagne ; deux ou trois barques microscopiques couraient sur le lac, traînant après elles un grand sillage ouvert comme une queue d'argent ; je voyais les toits des villages avec leurs fumées qui montent et les rochers avec leurs cascades pareilles à des fumées qui tombent.

C'était un ensemble prodigieux de choses harmonieuses et magnifiques pleines de grandeur de Dieu. Je me suis retourné, me demandant à quel être supérieur et choisi la nature servait ce merveilleux festin de montagnes, de nuages et de soleil, et cherchant un témoin sublime à ce sublime paysage. Il y avait un témoin en effet, un seul, car du reste l'esplanade était sauvage, abrupte et déserte.

Je n'oublierai cela de ma vie. Dans une anfractuosité du rocher, assis les jambes pendantes sur une grosse pierre, un idiot, un goitreux, à corps grêle et à face énorme, riait d'un rire stupide, le visage en plein soleil, et regardait au hasard devant lui.

O abîme ! les Alpes étaient le spectacle, le spectateur était un crétin».

Si quelques patrons humanistes comprennent la symbolique de cette belle page, ils se rendront compte, assurément, qui fait le spectacle en ces lieux et qui est le crétin de spectateur qui en demande toujours plus aux artistes aux petites mains. Quant aux autres grosssiers et arrivistes personnages qui trustent les dépenses excessives en méprisant tous les travailleuses et travailleurs qui les servent, que la montagne gronde du tonnerre de Dieu pour les obliger à un retour vers plus d'humilité et de reconnaissance. Inch'Allah.

Le 15 mai, une pensée pour ce billet qui est aussi un billet d'un gentil révolté contre sa propre condition sociale. Salaud de pauvre!

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14/04/2011

La pauvreté, arme principale des guerres actuelles

 

Les régimes autoritaires ont trouvé un réservoir inépuisable de chair à canon: les déshérités deviennent leur rempart principal pour s'opposer à l'avènement des démocraties. Un comble! La Libye de Kadhafi résiste aux insurgés grâce à tous les mercenaires arrivant par le sud-ouest du pays. Aidé militairement et en hommes par le gouvernement actuel d'Algérie, Kadhafi ne plie pas. Mieux, il entraîne son pays vers une nouvelle dépendance. Les centaines de millions de dollars qui deviennent indispensables à la poursuite de la guerre contre le clan Kadhafi ne seront pas délivrés gratuitement aux Libyens. L'impasse militaire n'envisage en rien une solution politique. Au contraire, le maintien de Kadhafi au pouvoir entraînera l'enlisement et l'instabilité durable de tout le Maghreb.

Nous n'allons vraiment pas vers le mieux. Kadhafi a lui seul remet totalement en cause les bénéfices préliminaires de la révolution de jasmin.

Le départ de Kadhafi, comme préalable à l'avènement d'un processus démocratique en Libye, n'est pas pour demain, au grand dam des démocraties. Nous avons une guerre de retard sur les dictatures, dix de retard sur un monde plus juste, cent de retard pour avoir une chance de nous en sortir collectivement.

Le monde va vers le chaos, inexorablement, dramatiquement. Le pouvoir de l'argent est devenu si puissant et si attrayant que rien ni personne ne pourra plus s'opposer à sa victoire finale sur la sagesse initiale et fondamentale de l'être humain.

Pendant ce temps, en Amérique du Sud, chaque femme issue des milieux pauvres rêve de se promener au bras d'un narco trafiquant afin de s'assurer des lendemains luxueux. Un signal très fort de décadence généralisée. Les études ne comptent plus, seul compte la réussite matérielle. Quand la femme devient encore moins vertueuse que l'homme, une banale prostituée plutôt qu'une splendide amoureuse, c'est forcément la barbarie qui triomphe au bout de la chaîne évolutive de notre humanité.

Aujourd'hui, c'est mon mille et unième billet sur Pachakmac. Je suis très fatigué de chercher encore des arguments encourageant pour l'avènement d'un autre monde. Je l'écris à vous tous,  chères amies lectrices, chers amis lecteurs, ma foi en un changement positif pour notre planète diminue jour après jour, comme l'espoir que les Mille et Une nuits fabuleuses du conte arabe triomphe enfin de la bête humaine masculine et de sa sauvagerie haïssable. Ne pensez pas que je me place au-dessus, dans un autre monde. Je suis exactement au centre du monde et le désespoir qui m'envahit de plus en plus souvent est juste compensé par un peu d'humour et beaucoup d'amour pour celle que j'aime, celle qui est venue du fin fond des âges orientaux pour m'accompagner vers mon futur voyage dans l'au-delà.

 

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