09/08/2015

Un Rêve

Délimiter le territoire.

Cartographier le monde.

Limiter l'amour.

Construire des murs.

Pour ne pas perdre ses repères.

Pour garder la frontière.

Conserver sa culture.

Surveiller ses cultures.

Se sentir en sécurité.

Chasser l'intrus.

Il reviendra par la mer.

 

Il voulait une autre planète.

Une humanité illimitée.

Des amours multiples.

Des expériences hors-normes.

 

il voulait que le monde l'aime pour cela.

Mais les Hommes l'ont exclu.

Qui trop embrasse mal étreint.

Qui sème l'anarchie récolte la tauromachie.

Et voit rouge.

 

Puis un jour il a trouvé un territoire.

Un endroit sans limite.

Un endroit sans frontière.

Ils allaient et venaient.

Rêvaient tous d'une autre utopie.

Bouleversaient l'identité d'une nation.

Redonnaient vie à l'idée de liberté.

 

C'est la mer qui lui a donné cette fluidité.

C'est la mer qui l'accueillait.

C'est la mer qui l'appelait.

Et c'est vers elle qu'il allait.

 

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Capitaine Nemo à No Border Camp

 

07/08/2015

Les mains blanches invitent les mains noires

Mes amis et amies de No Borders Camp,

De retour en Suisse, je ne fais qu'à penser à revenir vers vous. I am going black...et ce n'est pas juste un jeu de mots.

Ici, la politique est comme ailleurs partout en Europe. Les migrants du Sud ne sont pas les bienvenus pour une majorité de la population. Les Blancs ont peur des Noirs. Manque de confiance ou alors trop de différences entre eux et nous. Je ne sais pas. Des excuses pour dire non à tous ces jeunes qui ont accompli un voyage dramatique pour arriver sur nos côtes en recherche de survie. Je suis comme vous: RÉVOLTÉ.

Comment ne pas l'être? Ils sont jeunes. Ils sont le sel de notre Terre. Ils portent des regards plein d'espoir quand on leur adresse la parole. Ils attendent une réponse...et la réponse n'est qu'évasive, la fuite est incessante. Ils sont clandestins et trop peu de monde sont volontaires pour les protéger quoiqu'il en coûte à ces personnes. La légalité n'est pas l'égalité et ne le sera jamais. Soit on respecte la loi mais on bafoue l'être humain. Soit on bafoue la loi et on honore l'être humain.

Il faut choisir son camp. Et je l'ai choisi quoiqu'il m'en coûtera dans l'avenir.

Come back to Vintimille, soon. Je vous embrasse tous, Black & White for ever.

Jean-Marie, pachakmac blog 24 Heures, Switzerland, 8 août 2015

 

P.S. le groupe de musique Moonrisers est de ma ville de Neuchâtel. Son charismatique leader, Jaba, a mis fin à ses activités musicales en 2011 en révolte contre la production musicale actuelle et en attendant que le monde change... Je sais que ce groupe de musique vous plaira beaucoup là-bas à NO BORDERS CAMP.

 

06/08/2015

Hôtel Vintimiglia

 

Hôtel Vintimiglia

 

J'avais prévu un voyage très spécial

aux confins des frontières humaines.

Il y avait une gare et des surfaces commerciales,

une chaleur suffocante

et un marché rempli d'Africains

qui vendaient des sacs et des montres.

 

J'étais arrivé à l'heure

et je transpirais comme une éponge.

Fin d'après-midi

au bord de la mer,

les journalistes circulaient

en m'affirmant

qu'il n'y avait pas de NO BORDERS CAMP

ni de migrants

pas même de Soudanais dans cette ville.

Seulement des Italiens et des touristes.

 

Soudainement ils apparurent sur les rochers

à la sortie du taxi.

Ce n'était pas un fucking mirage

de ma part

où seulement des flics

surveillaient cette foutue frontière franco-italienne,

le bureau de tabac,

le bar à café,

et un kiosque à journaux.

 

Ils étaient là

comme un trésor humain retrouvé!

Et il fallait que je les touche de mes mains.

 

Je savais qu'autrefois,

il y a bien longtemps,

des migrants avaient habité ces grottes rouges.

Ils y vivaient il y a 35'000 ans

autant dire un bail vu de mes 56 étés.

Je savais qu'un musée préhistorique existait

mais je ne savais pas que les boys du Darfour vivaient

depuis peu dans un zoo à ciel ouvert,

parqué par les flics, coincés sur leurs rochers

en bordure de mer,

et que leurs ombres noires

fichaient pareille trouille

aux touristes hallucinés sous acide

qui les voyaient comme des gorilles.

 

Et puis j'ai entendu dans un rêve psychédélique

les anarchistes Lorenzo & Ana

lancer du fond de leur trop long silence

 

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

 

Et puis j'ai perçu le murmure de reproches noirs

écrits sur les murs que toute la société leur construisait.

J'ai ressenti toute cette fureur de vivre,

leur envie de franchir toutes les frontières

coûte que coûte

afin d'ouvrir les coeurs de leurs soeurs et frères.

 

Et puis j'ai entendu Adam et Arafat

dire du fond de leur trop lourd silence:

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

Ce n'était pas la Palestine

ni la bande de Gaza.

C'était Hôtel Vintimiglia.

 

Ils me souriaient déjà

et je crois que c'est là

que j'ai chanté pour la première fois

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

 

Ana m'a fait visiter le cinq étoiles

et ses deux gaz cuisine plantés

comme deux têtes de girafes sur le goudron

avec la bonbonne explosive dans un coin;

la douche derrière la bâche de plastique

et le W.C. ou il fallait verser

des tonnes de seaux d'eau

pour évacuer la merde du monde

dans les égouts ambiants du fascisme.

 

J'ai passé par l'économat

avant même la chambre à coucher.

C'était sous l'arche de Pont Saint-Ludovic.

Il y avait de la semoule et du couscous,

des pâtes et du riz,

des légumes dans le frigo et

des pigeons vivants dans les cageots.

 

J'ai dit:

"Well, Ana. Welcome to Hôtel Vintimiglia"

Ensuite, elle m'a demandé de choisir ma couche

et de passer le balai avant de m'installer confortablement.

J'avais l'embarras du choix entre l'herbe, le rocher,

et l'asphalte.

J'ai dit:

"Well, Ana. Welcome to the Fucking Shit Hôtel Vintimliglia"

 

Puis on est parti faire la manif.

Les Noirs battaient leur coeur meurtris

sur le bitume de la plage du Rocher.

Sur des fonds de poëles à frire,

Ils faisaient du Bob Marley.

Et ça me faisait bien rire.

Les Blancs tapaient les barrières

avec des pavés comme des jeunes Cro-Magnons

de Mai 68.

Après, je ne sais plus.

On étais tous unis, fous, forts, et solidaires.

On a mélangé nos partitions

pour mener un sacré boucan d'enfer

devant leurs fucking mother earth de frontières.

 

Nous n'étions pas du tout de retour.

Nous avions peut-être consommé du drunk No Border,

cet alcool qui fait voir la planète en grand et en large.

Nous allions tous dans une seule direction.

Notre Light Direction.

Il fallait mettre parterre ce monde injuste

crier que chaque être humain a droit à une vie digne,

à un toit, à un travail, à une petite amie,

à une femme, à des enfants.

Il fallait terrasser cette préhistoire du Noir et du Blanc

et faire disparaître la lignée des dinosaures.

On était là pour ça.

Pour changer l'Histoire et le Monde.

 

"Well" m'a répondu Ingrid

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

"Well" a dit Calamity Jane Daisy

"Welcome To Hôtel Vintimiglia"

"Well" a chuchoté Ana

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

"Well" a soupiré Julia

"Welcome To Hôtel Vintimiglia"

"Well" a affirmé Franscesca

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

"Well" a tangué Carole "Florence Arthaud"

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

 

Je me suis mis à faire de la cuisine

pour les Soudanais, les Italiens, et les quelques Français.

Il fallait que ça plaise à tous.

Je me suis mis à faire de la musique

dans la tête avec eux.

Hatem, Jon, et les autres flirtaient

avec toutes les filles blanches du No Borders.

On a mangé, on a bu, on a dansé.

 

J'ai passé des nuits blanches

à imaginer mes notes noires.

J'ai passé des nuits blanches

à aimer leurs ombres noires.

 

Face à la mer, j'hurlais à toutes et à tous:

"WE ARE NOT GOING BACK!

WELCOME TO hÔTEL VINTIMIGLIA!"


Des étoiles au plafond, des bières au frais
Et Daisy qui disait "Nous sommes tous ici des prisonniers de notre
propre gré"
Ils se réunissaient dans les chambres de maître pour la
cérémonie des NO BORDERS.
  Les flics poignardaient la bête avec leurs couteaux d'acier, mais
ils ne pouvaient tout simplement pas la tuer.
La dernière chose que je me rappelle, c'est que je courrais
vers la mer
Je devais trouver le passage qui me ramènerait à l'endroit
où j'étais avant
"Détendez-vous" dit notre veilleur à l'inspecteur, "nous sommes programmés
pour recevoir le monde entier sur cette plage.

Faites de la place à nos hôtes africains"

 

Face à la mer, j'hurlais à toutes et à tous:

"WE ARE NOT GOING BACK!

WELCOME TO HÔTEL VINTIMIGLIA!"

 

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02/08/2015

Une expo photo en Noir et Blanc

Dès vendredi prochain 7 août, vous pourrez vous rendre à la Galerie Photo Black and White, Avenue de la gare 3, 1095 Lutry pour une exposition consacrée au camp "No Borders" de Vintimille.

Le travail du jeune photographe Andrei Dragoi y sera présenté.

Le vernissage de l'expo aura lieu dès 19 heures. Andrei répondra à vos questions sur la situation des migrants à Vintimille. Je serai également présent lors de ce vernissage.

Venez nombreux à la présentation de cette exposition. Plus il y aura de gens sensibles à la détresse des naufragés de la Méditerranée, plus grande sera leur chance d'accueil parmi nous, en Europe.

 

 

 

01/08/2015

Vintimille: "No Borders Camp" X (Fin)

Pour que cela ne se reproduise pas à Vintimille

Durant toute la semaine, je vous ai proposé quelques billets de mon vécu dans le camp des migrants de Pont Saint-Ludovic.

Mes textes comme mes images peuvent vous avoir paru très Peace & Love. Est-ce l'atmosphère de l'instant présent? Est-ce le fait que de nombreux jeunes Européens se mobilisent en cet été 2015 pour la cause des migrants africains qui fait qu'une ambiance de paix et de fraternité a baigné durant tout mon séjour à Vintimille malgré les manifestations à la frontière et le cordon des polices italiennes et françaises? Est-ce tout simplement des ordres venus d'en haut pour dire à la police de ne pas agir dans la violence, en tout cas pas pour ce mois de juillet 2015?

L'ambiance était tout autre au mois de juin. Plusieurs fois, la police a tenté de faire évacuer les rochers et le camp "No Border" qui s'est mis gentiment en place. La vidéo ci-dessous l'atteste. Et les quelques photos jointes sont très éloquentes de l'agression policière sur les clandestins qui refusent obstinément de se faire embarquer par les polices européennes afin de pouvoir déposer leur demande d'asile dans le pays où il le souhaite.

Il ne faut pas se leurrer. Les solutions d'asile, pour la plupart des migrants, seront longues à se dessiner. L'Europe n'est plus un Continent accueillant. C'est un Continent qui vieillit, qui agit de plus en plus avec une frilosité qui frise l'hystérie identitaire. A voir certaines réactions anglaises, dont celle de Cameron qui parle de "nuées" en parlant des migrants comme de sauterelles, on se dit même que ce pays ne sait même plus contre qui et contre quoi il s'est battu lors de la seconde guerre mondiale. Ces jeunes hommes et jeunes femmes ont-il le visage du nazisme, de l'invasion destructrice de nos valeurs fondamentales? Bien au contraire, ces jeunes gens sont pleins d'espoirs et d'envie de construire le monde avec nous. Ils ont fui la misère, les extrémismes religieux, la folie guerrière qui règne dans leur propre nation d'origine. Ce n'est pas pour venir semer la guerre chez nous. C'est pour construire avec nous un monde démocratique et solidaire.

Je vous laisse avec cette vidéo. Vous pouvez méditez sur ce qui pourrait arriver au site "No Borders Camp" d'ici quelques jours ou semaines quand des décisions politiques plus musclées interviendront peut-être. La situation est précaire et explosive malgré cette paix et cet amour que j'ai voulu montrer à travers mes mots et mes images.

Face que les autorités de Vintimille, dont les deux inspecteurs de police présents régulièrement sur les lieux et qui font preuve de beaucoup d'humanité, trouvent un compromis acceptable aussi longtemps que ce camp sera indispensable aux migrants désireux de ne pas déposer leur demande d'asile en Italie.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont pris conscience du sujet et qui soutiendront la cause des migrants de Vintimille par des dons d'argent, en nourriture, en vêtements, où en reportages intéressants sur ce qui se passe et ce qui se joue vraiment du côté de Vintimille.