30/10/2015

Encore des images qui parlent d'un lieu que vous n'avez pas connu

Je vous parle d'un temps que les plus insultants

  ne pourront jamais connaître,

d'un été magistral et majestueux

où vivaient des gens heureux en pleine bohème.

Si nos poèmes naissaient de nos rencontres

comme de somptueux volcans au coeur de l'océan,

nos vies devenaient les plus belles laves du monde

pour un temps, pour une éternité;

parmi nos corps qui criaient famine

se dressaient les toiles de tente

et les étoiles en attente de leur liberté

tombées au milieu de nos plus beaux nus

parmi les musiciens jouant des tambours

en nous rappelant aux labours d'amour

Nous étions fous;.

nous avions tous du génie;

nous étions tous mille fois en vie;

nous étions nus et tellement beaux

dans notre simple humanité

et nous donnions aux migrants

comme les migrants donnaient aux pigeons

sans les rapaces qui bouffent tout.

 

Et puis ce plongeon,

ces flics et cette brutale terreur

au petit matin du 30 septembre 2015.

 

No Borders Camp vivait de notre air du temps

et je ne reconnais plus notre atelier volant.

Plus rien n'existe.

Alors pourquoi j'existerais?

Alors pourquoi nous existerions?

Et nos arbres sacrés sont morts sans nous

sous la frappe de leurs matraques et de leurs bulldozers. 

 

A vous, les amis inoubliables du No Borders Camp

 

 

28/10/2015

Qui sauve un seul migrant sauve la Civilisation de sa Chute

Le Talmud enseigne que sauver une seule vie sauve l'Humanité entière.

A notre époque, sauver un migrant, une migrante, de son renvoi vers nulle part autre que la mort, la déportation, ou la fin misérable de son existence, est une attitude digne et responsable de toute personne consciente de sa propre liberté. Quelque soit le degré de clandestinité à payer, quelque soient les risques encourus, un citoyen, une citoyenne, une famille d'Europe qui prendra, durant cet hiver 2015, le risque d'entrer dans l'illégalité pour empêcher une fin scandaleuse à un migrant, une migrante, est une, ou sont des personnes, qui protégeront la Civilisation, notre Civilisation, de sa Chute ultime. Le symbole est fort. Il est vrai.


Selon le Talmud, la preuve de la valeur infinie de la vie humaine est que Dieu, à l’origine, n’a créé qu’un seul être humain, Adam. Si Adam avait été tué, toute l’humanité aurait donc été détruite.

 A l’inverse, s’il était sauvé, c’est l’humanité entière qui était sauvée. Du point de vue du judaïsme, que chaque vie humaine soit dotée d’une valeur suprême a de nombreuses implications. Mais cela signifie d’abord que celui qui tue un innocent commet le plus grave des crimes : tuer dix personnes de plus augmente la dimension du crime, mais pas sa gravité. Cet enseignement a aussi des implications sociales, politiques et économiques. Comme l’a dit le rabbin Irwin Kula : « À la lumière de cette affirmation, nous devons faire notre possible pour bâtir un monde dans lequel chacun sera traité comme s’il était d’une valeur infinie. En vérité, que signifie affirmer que chaque être humain a une valeur infinie lorsque des gens meurent faute de l’équivalent d’un dollar de nourriture par jour ? »

http://letalmud.blogspot.ch/2010/01/qui-sauve-une-seule-vie-sauve-le-monde.html

On ira où tu voudras si je te dis viens

et même si le monde souhaite acclamer notre mort

nous resterons de beaux migrants encore

nés aux couleurs de l'été indien.

 

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Chassé des rochers mais pas de nos coeurs;

chasser toutes nos lâchetés et nos peurs,

et t'accueillir dignement,  toi le migrant abandonné,

quelqu' en soient les conséquences

et le prix à payer pour cette désobéissance.

 

24/10/2015

Une jeunesse allemande...à recommander à nos gouvernements

Les politiciens et politiciennes d'aujourd'hui ont-ils encore une conscience politique ou uniquement une conscience opportuniste?

En visionnant le documentaire de Jean-Gabriel Périot hier en fin d'après-midi sur la RAF, la Fraction Armée Rouge dont les chefs de bande sont Baader-Meinhof-Ennslin et Meins ainsi que leur avocat de défense Horst Mahler devenu néo-nazi sur le tard... je ne peux m'empêcher de penser à la situation actuelle de notre Europe prise entre démons d'extrême-droites et vagues migratoires qui affolent nos populations.

Si tous se réclament de l'anarchisme et de l'extrême-gauche, ils sont d'abord des acteurs actifs et reconnus de l'intelligentsia allemande. Meinhof passe souvent à la télévision et à la radio alors que le cinéma expérimental est l'oeuvre de jeunes gens qui font études aux Beaux-Arts ou école de journalisme. Ils tiennent un discours agressif envers la bourgeoisie exploiteuse des masses prolétaires, des médias tout-puissants qui détiennent la majorité de la presse allemande et qui répand sa propagande sur le peuple allemand en laissant les miettes aux intellectuels de la gauche radicale.

Gudrun Esslin se fait la porte-parole d'une société moins fanatisé par l'attrait du luxe. Elle se dit attirer par la mode et la beauté en général mais elle s'en méfie en imaginant que par le matérialisme la société contemporaine se perdra dans un fascisme global par le simple fait que les foules seront abruties et éblouies par les vitrines et uniquement intéressées par leur pouvoir de consommation personnelle au détriment d'une vision et d'une conscience globale du monde... On ne peut nier un don de prophétie à la jolie blonde qui possède un cerveau et une intelligence au-dessus de la moyenne.

Cette jeunesse allemande là est marxiste et influencée par un discours qui se fait de plus en plus totalitaire jusqu'au terrorisme que l'on sait. De fils et de filles contestataires ils deviennent des fils et des filles qui rejettent en entier le système bourgeois de leurs parents qui ne se sont pas encore tous remis du nazisme. Les leaders les plus influents de cette gauche radicale vont décider alors de prendre les armes et de créer le chaos. A partir de là, c'est la fuite en avant, le système contre les chiens et les chiennes enragés.

A faire réfléchir nos élus et élues du peuple. En Italie cet été, à Ventimilglia, j'ai vécu avec une jeunesse qui se révolte, une jeunesse pétrie d'intelligence et d'idéaux, une jeunesse qui n'accepte plus les politiques de plus en plus droitières, policières, militaires, et extrémistes de nos gouvernements qui renient et foulent jusqu'aux valeurs les plus fondamentales de nos Droits de l'Homme.

Je dis attention, Mesdames et Messieurs les politiciens. Allez voir d'urgence ce documentaire précieux afin de prendre conscience qu'une partie de notre jeunesse d'aujourd'hui ne rejoint pas du tout la jeunesse lepéniste ou UDC. Le ton triomphal de celles et ceux qui pensent que Mai 68 est mort et enterré avec les idées d'un monde plus solidaire est une erreur capitale de notre bourgeoisie d'aujourd'hui.

Je le dis avec l'intelligence d'un visionnaire qui tente de relier les fils de notre Histoire moderne pour éviter le pire. A mépriser ce que j'écris ici, les élites européennes s'en mordront les doigts.

 

 

23/10/2015

C'était quoi No Borders Camp?

Tu regardes par la fenêtre. C'est bientôt novembre. Tout est gris sauf les feuilles des arbres qui agonisent dans une dernière jouissance de couleurs.

Tu regardes et tu lis dans "Le Matin" que la commune suisse qui a voté le plus UDC, le parti le plus anti-immigration au pouvoir, a un buste de femme noire gravé dans ses armoiries communales. Un buste de femme noire! Une ironie, un pieds de nez à l'UDC. Ils ont voté contre les migrants et migrantes, les Noirs en particulier, et voilà que la femme africaine se dresse fièrement sur leur drapeau communal. WE ARE NOT GOING BACK semble dire cette femme au lendemain des élections fédérales. Il faut vivre en Suisse pour voir ça, cette magie, cette façon de jouer des tours à l'Histoire d'un peuple qui se prétend libre et indépendant!

Là-bas, en Italie, notre camp a été détruit par les bulldozers et les policiers le 30 septembre dernier. Il n'y a plus rien...sauf nos souvenirs communs, nos rires et nos peines, nos joies et notre combat qui hantent encore les lieux et nos esprits.

C'était quoi No Borders Camp, Ventimille? Un repère de terroristes islamistes? Une bande à Baader nouvelle formule? De dangereux brigands soutenant d'autres brigands venant du Sud?

Posez-vous la question de qui sont les voyous quand une mairie officielle, un Etat de Droit démocratique assassine un lieu de vie et de solidarité pas comme les autres. Oui, il n'y avait pas assez de confort. Oui, les conditions d'hygiène étaient précaires. Oui, un bon lit dans un endroit sécurité est mieux qu'un matelas à même le sol et en plein air. Mais ce n'est pas cela que les autorités italiennes, avec la complicité des autorités françaises qui bloquaient le passage de la frontière durant l'évacuation du campement, ont d'abord voulu combattre. Ce qu'elles ont combattu c'est la chaîne de solidarité entre jeunesse italienne comme européenne et les migrants abandonnés à eux-même.

Posez-vous la question avant d'écrire n'importe quoi sur mon blog. Oui, à Vintimiglia, il y a un embryon d'un autre monde qui a été créé. Un monde sans frontière et sans guerre. Un monde universel vivant en paix et échangeant les savoirs et les cultures. Un monde que vous ne voulez pas connaître par votre ignorance de vouloir aller à la rencontre des Autres, par votre envie de repli sur vous-mêmes, par vos indignités et vos bassesses, vos mesquineries et vos rancoeurs. Oui, il existe des Suisses âgés ou plus jeunes qui ne sont pas bien aidés par l'Etat (j'en ai fait partie avec mon épouse et je sais mieux que vous le prix que nous en avons payé en tant que mari et femme, la prostitution pour une vie meilleure n'est pas une solution digne d'un état démocratique). Oui. Je sais très bien tout cela, de ces femmes et de ces hommes abandonnés à leur misère dans notre propre pays. Et alors? Faut-il créer des frontières avec nos soeurs et frères du Sud ou de l'Est par aigreur et à cause du manque de reconnaissance d'un Etat social qui a forcément ses failles quand c'est la bureaucratie et exclusivement elle qui dicte qui à droit à des aides sous forme de subventions sociales et qui n'en a pas l'accès. Et alors? Vous avez abandonné toute notion de nos interactions quotidiennes avec le monde entier? Croyiez-vous que la Nature crée ses propres frontières quand, par dérèglement climatique provoqué par la main des Hommes, elle frappe les populations? Et alors? C'est quoi ces manières présomptueuses de penser que nous sommes les bons et eux les méchants qui font les guerres et les meurtres? Nos politiques gouvernementales ne sont-elles pas responsables de tous les dérèglements humains à travers le monde? Immense pauvreté ici; immense richesse là. Et jamais une autre solution à ce déséquilibre immense! A quoi sert les philosophes, les poètes, les artistes, les cinéastes si le monde ne veut jamais changé ses coutumes barbares? A quoi sert que je me saigne chaque jour à vous écrire sans jamais rien obtenir, même pas votre argent puisque vous me consommez gratis et m'insulter complaisamment en me traitant de dictateur et de terroriste? A quoi sert ma vie puisqu'elle se meure gentiment entre les murs de mon appartement qui n'a plus vu l'ombre d'une femme depuis 4 ans à deux nuits près?

Je suis un poète anarchiste. Pas un assassin. Je suis un cuisinier aussi, qui a nourri durant 10 jours un peuple international, une jeunesse magnifique et saine qui croit à un autre monde possible. Je suis un homme qui a trouvé une communauté d'abondance au milieu des arbres poussant au pieds des Roches Rouges et face à la Méditerranée.

Votre société a cassé la romance. Votre société n'a rien voulu savoir des espoirs et des rêves de ces Blancs et de ces Noirs confondus embarqués sur le même navire. Votre société n'est-elle pas un peu terroriste à ses heures amnésiques?

Que faut-il faire de mes jours pour avoir droit à votre reconnaissance? Que faut-il faire faire de mes nuits pour avoir encore droits aux jouissances de ce monde?

 

22/10/2015

Lettre d'un décédé de la génération 68 à Mr Décaillet

Cher Monsieur Décaillet,

Votre billet de ce matin publié sur votre blog et dans le journal italien Giornale del Popolo met en bière tous les quinqua et sexagénaires, dont vous faites partie, qui ont vécu Mai 68 comme l'aventure d'un nouveau monde à venir.

Vous enterrez donc avec grand plaisir 50 ans de déliquescence des moeurs, de folies bergères sous le règne du reggae et du cannabis, d'utopie mondiale qui changerait radicalement l'Histoire de l'Humanité au son de la musique et de personnages tel Bob Marley ou Martin Luther King qui rêvaient d'une société universelle vivant en paix et en harmonie.

En échange, vous vous revoyez juste après la guerre de 1939-1945, avec De Gaulle au pouvoir qui voulait chasser la chienlit, un Sarkozy d'une autre trempe qui réglait ses factures d'électricité pour ne pas faire peser ses frais sur le dos de la société. Un tout autre genre que l'oiseau précité qui préfère les yachts privés en envoyant si possible la facture de son jet privé à la société...

Ahhh, ce bon Général de Gaulle. Ma mère en raffolait tout en vouant aux gémonies ces fils de Satan qui se laissaient pousser barbes et cheveux en jouant une musique de fou, violant même le sacro saint temple de la musique classique, et butinant tellement de filles à la fois que Dieu et son bordel éternel ne pouvait même pas en faire concurrence. Pardon, ma douce et chérie maman, je blasphème horriblement une fois de plus. Ce Général de Gaulle sans qui le nazisme aurait peut-être fait fureur de nos jours... Quoiqu'en y pensant bien, à Calais, le fascisme de nos sociétés actuelles n'est pas très loin de tomber de l'arbre nazi... Je ne vais pas rentrer dans cette polémique ici.

Donc vous imaginez que le 18 octobre dernier, la Suisse a fait sa révolution à travers le bulletin de vote, qu'elle a renversé non pas nos montagnes mais la peste libertaire, l'anarchisme et l'archaïsme de la pensée ex-moderne. Vous vous revoyez dans vos frontières avec un vrai peuple fier de ses racines, de sa culture judéo-chrétienne, son catholicisme et son protestantisme, à l'exclusion de toutes les autres métaphysiques du monde. Vous imaginez que Guillaume Tell (Christoph Blocher) a visé la pomme sur la tête de son fils spirituel (Roger Koeppel) en tuant Gessler (les apôtres du libre-échangisme et de l'ultra-libéralisme).

Le peuple se serait libéré du reste de la planète, de sa dictature financière et de ses filiations philosophiques avec l'Europe et le reste du monde. La Suisse est-elle devenue le 18 octobre 2015 une patrie hors-sol? Ou alors le monde a-t-il tellement changer que Facebook, Tweeter, Youtube, Internet vont disparaître totalement pour faire place nette à une réalité campagnarde, vaches et paysans se regardant amoureusement dans le bleu des yeux pour chanter encore et toujours la Suisse seule au monde?

Cher Monsieur, vous nous avez enterré joyeusement et sans grand regret. Mais qui ment le plus? Personnellement, j'étais cet été en Italie. Et j'ai vu de mes yeux vus une génération de jeunes universitaires de 20 ans qui ont des rêves anarchistes similaires à la génération 68, la gravité et la conscience politique en plus, le travail et la rage de changer le monde en plus, le sens de la fête au son du reggae et pour certains quelques joints de marijuana au passage afin de libérer la tension nerveuse et leur prise de risque. Oui, car cher Monsieur, ces jeunes risquent leur avenir à ne rien récolter de cette société si ce n'est des claques et un rejet; ces jeunes risquent leur intégrité physique et la prison en s'opposant à l'exclusion des migrants; ces jeunes risquent tout simplement de faire une vraie révolution des consciences en s'accrochant à leurs idéaux qui ne sont pas l'argent et l'idéal d'une nation refermée sur elle-même mais qui sont des idéaux de liberté universelle pour toutes et tous.

Les No Borders sont les fils et les filles spirituelles de la génération 68. Ils sont jeunes et prêts à vivre dans la marge pour ne pas donner aux frontières, aux flics, et aux armées du monde un pouvoir démesuré sur la liberté de mouvement et de consciences des citoyennes et citoyens de notre planète Terre.

Avec mes respectueuses salutations.

Jean-Marie Gumy, Génération No Borders, ex-génération 68

http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/10/22/ews-l-heure-de-l-addition-271165.html