03/05/2012

Le plat pays Hollande rase gratis la pyramide Sarkozy

 

Du haut de son bilan, Sarkozy a paru momifier par François Hollande lors de leur débat en direct ce soir Au lieu de défendre sa citadelle imprenable en s'octroyant un coup d'avance sur ses propres propositions de second mandat, Sarkozy s'est laissé entraîner et mourir sur le terrain des propositions du candidat sans bilan, François Hollande. Comme si ce que fera Hollande donnera forcément un excellent bilan politique de son quinquennat au contraire de ce que pourrait encore faire le Président sortant paralysé par son bilan boulet.

Hollande a voulu faire voir la mer à la France en rasant la pyramide pharaonique de Sarkozy. La chute de Pharaon ne va pas alléger la vie des Français. Elle va juste donner à la France une fausse perspective de gauche « Peace & Love ». La France va fumer la moquette et se faire fumer pendant cinq ans avant le retour de l'extrême droite et de l'extrême gauche. On ne rigole pas avec les idéologies. Pestiférées et non maîtrisées, les forces réactionnaires vont s'appuyer sur la naïveté du nouveau chef de l'Etat pour que la situation pourrisse encore davantage.

Sarkozy a voulu faire tenir la Tour Eiffel entre ses bras, Il va disparaître du paysage. La Tour Eiffel va rester. Dommage qu'il n'ait pas réussi à voler en haute altitude ce soir face à l'homme de la platitude. Cette élection 2012 n'aura été qu'une suite de désillusions pour celles et ceux qui espéraient voir un grand président émerger et se révéler dans cette crise mondiale. Hollande? Un serpent qui a su mordre le nez de Sarkozy sur son terrain renifleur. La gueule de bois du Pinocchio français a perdu, tristement perdu. Le nouvel arrivant ne tardera pas à faire plus désastreux dans le genre.

 

 

02/05/2012

Sarkozy: "Je suis l'homme d'un bilan. Vous êtes celui sans bilan"

 

Pas de poste ministériel pour le premier candidat. La plus haute charge de l'Etat pour l'autre. Si Hollande attaque ce soir Sarkozy sur son bilan, la formule fera mouche dans les chaumières. Et quelques autres aussi du chef de l'Etat.

Sur le bilan, encore:

"Entre être entraîneur de l'équipe France ou être en pantoufles devant sa télévision à critiquer l'entraîneur, je préfère avoir tenu le rôle de l'entraîneur d'une grande équipe en difficulté que celui qui parle sans cesse d'un entraîneur catastrophique à son écran de télévision. Qui fait meilleure impression dans le coeur des Français? L'entraîneur confirmé ou le diplômé professionnel du divan "

Réponse cinglante du candidat socialiste:

"Nous ne sommes pas sur le divan de Freud pour juger de mes compétences dans un rôle dont je revendique par ailleurs le poste. Nous sommes devant tous les Français et Françaises qui jugent votre bilan catastrophique d'aujourd'hui. Vos affinités avec Kadhafi, qui s'en souvient?"

Réaction immédiate du candidat de droite:

"La France a pris le risque de sauver Benghazi. Kadhafi n'est plus là. L'ex-candidat socialiste favori à la présidence a été soutenu par son parti dans ses tristes affaires de jambes en l'air. DSK est toujours là. Qui est frivole? Qui est responsable? Qui a un résultat à présenter aux Français?"

Bon débat, Messieurs. Que le plus sûr de lui gagne le combat du siècle.

 

 

Europe: Sarkozy crédible à 65%, Hollande à 27%

Un sondage de plus...mais cette fois nettement en faveur du candidat président. Sarkozy plus fiable sur son influence européenne que Hollande. Le Président sortant, après sa première vague du 1er mai, a déjà ébranlé sérieusement le socle "éternel" du prétendu rentrant à l'Elysée. Sarkozy n'a jamais été dans l'illusion. Il n'est plus dans la division. Il est dans le rassemblement et la démonstration du réel d'une France qui n'a plus à douter d'elle même mais à prendre les risques nécessaires à sa survie, le ciment d'une France qui remonte les étages d'une tour Eiffel fraîchement remise d'aplomb. Quel symbole que ce Nicolas Sarkozy venant contribuer à réparer sa Présidence chancelante devant tous les Français et les Françaises! La force de De Gaulle. La conviction de ceux qui reviennent d'une near death experience, expérience de mort imminente.

Plus personne n'ose dire que Sarkozy va gagner. Il a déjà gagné contre sa propre disparition. Mais plus personne ne peut dire qu'il a déjà perdu. Sarkozy est une fusée en orbite autour de son étoile star La France. Hollande semble comme cloué au sol par la lourdeur de certains syndicats et de Mélenchon qui tiennent un discours vieux de 100 ans. Sarkozy et la France s'envolent en direction du futur.

Pour un mort, il revient de très très loin. Dracula de Nagy-Bocsa, l'amour plus fort que la mort, va battre François Hollande ce dimanche. C'est la certitude d'un autre revenant du royaume des morts.

 

01/05/2012

La République exemplaire des élites du PS

A quelques jours de l'élection française, décisive non seulement pour l'avenir de la France mais aussi pour toute l'aventure européenne, il faut encore une fois s'interroger sur le sens des mots en politique.

Comment prétendre à une République exemplaire si un homme, principal candidat socialiste à la présidence de la République, lié à un réseau de proxénétisme, accusé par une femme de chambre et une journaliste de viol par la première, de tentative de viol par la seconde, prenant les femmes avec qui il va avoir des rapports sexuels de "matériel", continue à se faire inviter par les élites du PS à des dîners dans un quartier chaud de la capitale? Comment pouvoir imaginer une République exemplaire quand,malgré l'électrochoc de l'affaire DSK, les élites socialistes continuent et persistent avec des comportements dont ils sont incapables de rompre?

Je ne suis pas sarkozyien. Mais je suis encore moins hollandais. Car au cynisme de Sarkozy répond un cynisme de gauche qui me déplaît davantage. Si la Droite a pour elle des comportements peu propices à la solidarité sociale avec les petits profiteurs du système qui correspond à son discours néolibéral et vénère une élite parfois aussi profiteuse du système au détriment des petites gens, la Gauche a des comportements inadmissibles par rapport à ses idéaux. Admettons que Strauss-Kahn n'a pas violé Diallo, qu'il ait juste imposé, par intimidation, une fellation à Nafissatou, le minimum pour ce monsieur richissime et puissant qui prend les dames pour du matériel pornographique utilisé en chair et en os dans une partie fine et en live, c'était de dédommager la dame en question en posant quelques billets sur la table de nuit ( car si Nafissatou, puissante physiquement mais soumise mentalement, n'a pas opposé plus de résistance que ça, elle attendait sans doute une contre-partie financière non négociée de ce triste sire). Hors le socialiste, si social que ça, n'a même pas eu le geste de l'homme qui paie pour abus sexuel envers une dame qui s'est trop laissée faire. Nafissatou se trouvant anéantie une première fois par l'acte, a été anéantie une seconde fois par le manque absolu de son droit à la reconnaissance par son agresseur. Strauss-Kahn, s'il n'a pas violé, a commis un acte de petite racaille de la rue avec un porte-monnaie bourré aux as. Et on prétend encore au « socialisme » après ça, au droit des femmes et des hommes de vivre dignement sur cette planète?!

Et le pire c'est que ce monsieur n'a pas été banni du cercle socialiste. Défendu par ses ex petits copains du PS, dont Hollande, qui connaissaient quand même la vie scabreuse du bonhomme, le parti PS, par son élite parisienne, ne peut se prétendre exemplaire. Ce grossier mensonge véhiculé dans un clip vidéo par ces personnages qui font la course à la présidence montre que Sarkozy, malgré tous les soupçons et les accusations portés contre lui, reste mon candidat le moins "sale", le moins dangereux et le plus perfectible pour gouverner la République de France dans un second mandat.

On ne couche pas impunément avec les dames sans avouer comment on couche avec elles.  Je trouve Sarkozy romantique. Je trouve Strauss-Kahn ignoble. J'ai moins de défiance face au romantique que devant ceux qui soutiennent l'ignoble.

1er Mai 2012. Que les travailleuses du sexe, terme horrible et marxisant, que Madame Michu ou Madame Claude donnent leur préférence au Président romantique du parti de droite qui sait se comporter avec les dames en général, et avec une dame, sa dame Carla Bruni, en particulier. Pour Hollande, je ne me prononce pas car le doute insiste. Mais pour son parti, désolé, son attitude dans l'affaire DSK est totalement lamentable jusqu'à ces tous derniers jours d'élection.

 

Sur le pavé

j'ai croisé de ces dames

aux allures de charme

 

Sur le pavé

j'ai payé

de mon coeur

 

Sur leurs plages

j'ai appris

de toutes ces jolies filles

 

Et aujourd'hui

leur prix est mon prix

car d'amour je suis épris

 

Ali pacha, 1er Mai 2012

 

 

30/04/2012

Aux frontières du réel avec Nicolas Sarkozy

 

A Toulouse, Nicolas Sarkozy a vaincu le signe indien. Dans la ville rose, la fourmi a grippé la belle machine de la cigale socialiste déjà sûre de sa victoire et qui a grillé tout son fric de campagne avant l'heure. Sarkozy, qui fait des frontières un thème principal, tente de faire exploser toutes les frontières et tabous de la politique françaises le concernant. A la fois dans la transgression extrême et dans le conservatisme le plus pur. Chapeau l'artiste.

Le match de boxe qui s'annonce le 2 mai est un match du siècle tel que Mohamed Ali, alias Cassius Clay, et Joe Frazier se sont disputé en 1970. Ali, c'est le désordre, qui plus est musulman. Frazier, c'est le blanc, catholique, tout ce qu'il y a de plus correct, lui qui a même aidé Ali et défendu Ali a revenir à la compétition. Mais Ali le raille sans cesse. Il appelle Frazier le "nègre blanc", celui qui prend fait et cause pour le pouvoir blanc. Qui est Ali, qui est Frazier, entre Hollande et Sarkozy. A la transgression, Sarkozy est Ali. Au style et à l'intention, Sarkozy est Frazier En fait, on dirait qu'il n'existe qu'un seul boxeur sur le ring. Comme si Hollande jouait dans un autre match, un match sans match. Il courre en tête depuis le premier jour. Il n'a jamais été rattrapé, sauf dans un ou l'autre sondage de premier tour qui le plaçait à égalité avec Sarkozy. Hollande n'a pas combattu. Il a assuré son capital. Il arrive en jogging sur le ring avec toute la France arc-en-ciel derrière lui. C'est un peu le combat du champion de l'altermondialisme contre le champion du forum de Davos. Mondialisation ouverte à tous les vents contre nouvelle mondialisation des frontières. Le premier invite le monde entier chez lui sans distinction de statut dans une utopie de la dérégulation des papiers de séjour. Un sans-papier larmoyant,caricatural, qui profite du bon coeur de Madame Blanche ou Monsieur Blanc très souvent coloré, sans-papier qui n'a pas forcément envie de devenir un citoyen Français. C'est du moins la vision blanche sur cette vague de l'immigration illégale. Le deuxième veut bien du monde entier et multicolore mais en numérotation limitée, priorité aux Français avec passeport français et aux autorisations de séjour en bonne et due forme. Un candidat flou sans nation définie qui accepterait tout le monde contre un candidat strict, à l'Américaine, qui crée le mur invisible tout en renforçant la mixité culturelle et l'équilibre à l'intérieur du pays grâce à la cohésion et la cohérence nationale. Entre l'être français et le mal être ou le pas être Français du tout, Sarkozy revient au pape de l'existentialisme, Jean-paul Sartre, et sa formule l'Etre ou le Néant pour la France. Etre ou ne pas être Français, telle est la question sarkozyenne.

HAMLET. - Etre, ou ne pas être : telle est la question. Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à

endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s'armer contre elle pour mettre

frein à une marée de douleurs ? Mourir... dormir, c’est tout ;... Calmer enfin, dit-on, dans le

sommeil les affreux battements du coeur ; quelle conclusion des maux héréditaires serait plus

dévotement souhaitée ? Mourir... dormir, dormir ! Rêver peut-être ! C’est là le hic. Car,

échappés des liens charnels, si, dans ce sommeil du trépas, il nous vient des songes… halte là

! Cette considération prolonge la calamité de la vie. Car, sinon, qui supporterait du sort les

soufflets et les avanies, les torts de l'oppresseur, les outrages de l’orgueilleux, les affres de

l'amour dédaigné, les remises de la justice, l'insolence des gens officiels, et les rebuffades que

les méritants rencontrent auprès des indignes, alors qu’un simple petit coup de pointe

viendrait à bout de tout cela ?

Son programme par amour, Sarkozy le veut absolument et vaincre ou mourir ne lui fait pas peur tant qu'il reste digne de la Présidence d'une France qui doute d'elle-même et souffre en profondeur.

Le boxeur Ali-Frazier est un homme hors du commun, un mutant, devant affronté un candidat rond, bien mis de sa personne, ordinaire, Monsieur Honnête caché sous la parure d'un serpent à sornettes. Comment l'homme-serpent à lunettes va-t-il affronter le boxeur Sarkozy, Petit Prince d'un royaume perdu, et le mordre d'une blessure mortelle? C'est la seule question du débat.

« Quand on veut faire de l'esprit, il arrive que l'on mente un peu. Je n'ai pas été très honnête en vous parlant des allumeurs de réverbères. Je risque de donner une fausse idée de notre planète à ceux qui ne la connaissent pas. Les hommes occupent très peu de place sur la terre. Si les « sept » milliards d'habitants qui peuplent la terre se tenaient debout et un peu serrés, comme pour un meeting, ils logeraient aisément sur une place publique de vingt milles de long sur vingt milles de large. On pourrait entasser l'humanité sur le moindre petit îlot du Pacifique.

Les grandes personnes, bien sûr, ne vous croiront pas. Elles s'imaginent tenir beaucoup de place. Elles se voient importantes comme des baobabs. Vous leur conseillerez donc de faire le calcul. Elles adorent les chiffres: ça leur plaira. Mais ne perdez pas votre temps à ce pensum. C'est inutile. Vous avez confiance en moi.

Le petit prince, une fois sur terre, fut donc bien surpris de ne voir personne. Il avait déjà peur de s'être trompé de planète, quand un anneau couleur de lune remua dans le sable.

- Bonne nuit, fit le petit prince à tout hasard.

- Bonne nuit, fit le serpent.

- Sur quelle planète suis-je tombé ? demanda le petit prince.

- Sur la Terre, en "France", répondit le serpent.

- Ah!... Il n'y a donc personne sur la Terre ?

- Ici c'est le désert. Il n'y a personne dans les déserts. La Terre est grande, dit le serpent.

Le petit prince s'assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel:

- Je me demande, dit-il, si les étoiles sont éclairées afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma planète. Elle est juste au-dessus de nous... Mais comme elle est loin, "ma France" !

- Elle est belle, dit le serpent. Que viens-tu faire ici ?

- J'ai des difficultés avec une fleur, "La Rose" dit le petit prince.

- Ah! fit le serpent.

Et ils se turent.

- Où sont les hommes ? reprit enfin le petit prince. On est un peu seul dans le désert...

- On est seul aussi chez les hommes, dit le serpent.

Le petit prince le regarda longtemps:

- Tu es une drôle de bête, lui dit-il enfin, mince comme un doigt...

- Mais je suis plus puissant que le doigt d'un roi, dit le serpent.

Le petit prince eut un sourire:

- Tu n'es pas bien puissant... tu n'as même pas de pattes... tu ne peux même pas voyager...

- Je puis t'emporter plus loin qu'un navire, dit le serpent.

Il s'enroula autour de la cheville du petit prince, comme un bracelet d'or:

- Celui que je touche, je le rends à la terre dont il est sorti, dit-il encore. Mais tu es pur et tu viens d'une étoile...

Le petit prince ne répondit rien.

- Tu me fais pitié, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis t'aider un jour si tu regrettes trop ta planète, "la France". Je puis...

- Oh! J'ai très bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par énigmes ?

- Je les résous toutes, dit le serpent.

Et ils se turent.


Il y avait, à côté du puits, une ruine de vieux mur de pierre. Lorsque je revins de mon travail, le lendemain soir, j'aperçus de loin mon petit prince assis là-haut, les jambes pendantes. Et je l'entendis qui parlait:

- Tu ne t'en souviens donc pas ? disait-il. Ce n'est pas tout à fait ici !

Une autre voix lui répondit sans doute, puisqu'il répliqua:

- Si! Si! c'est bien le jour, mais ce n'est pas ici l'endroit...

Je poursuivis ma marche vers le mur. Je ne voyais ni n'entendais toujours personne. Pourtant le petit prince répliqua de nouveau:

- ... Bien sûr. Tu verras où commence ma trace dans le sable. Tu n'as qu'a m'y attendre. J'y serai cette nuit.

J'étais à vingt mètres du mur et je ne voyais toujours rien.

Le petit prince dit encore, après un silence:

- Tu as du bon venin ? Tu es sûr de ne pas me faire souffrir longtemps ?

Je fis halte, le cœur serré, mais je ne comprenais toujours pas.

- Maintenant va-t'en, dit-il... je veux redescendre !

Alors j'abaissai moi-même les yeux vers le pied du mur, et je fis un bond ! Il était là, dressé vers le petit prince, un de ces serpents jaunes qui vous exécutent en trente secondes. Tout en fouillant ma poche pour en tirer mon revolver, je pris le pas de course, mais, au bruit que je fis, le serpent se laissa doucement couler dans le sable, comme un jet d'eau qui meurt, et, sans trop se presser, se faufila entre les pierres avec un léger bruit de métal.

Je parvins au mur juste à temps pour y recevoir dans les bras mon petit bonhomme de prince, pâle comme la neige.

- Quelle est cette histoire-là ! Tu parles maintenant avec les serpents !

J'avais défait son éternel cache-nez d'or. Je lui avais mouillé les tempes et l'avais fait boire. Et maintenant je n'osais plus rien lui demander. Il me regarda gravement et m'entoura le cou de ses bras. Je sentais battre son cœur comme celui d'un oiseau qui meurt, quand on l'a tiré à la carabine. Il me dit:

- Je suis content que tu aies trouvé ce qui manquait à ta machine. Tu vas pouvoir rentrer chez toi...

- Comment sais-tu !

Je venais justement lui annoncer que, contre toute espérance, j'avais réussi mon travail !

Il ne répondit rien à ma question, mais il ajouta:

- Moi aussi, aujourd'hui, je rentre chez moi...

Puis, mélancolique:

- C'est bien plus loin... c'est bien plus difficile...

Je sentais bien qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. Je le serrais dans les bras comme un petit enfant, et cependant il me semblait qu'il coulait verticalement dans un abîme sans que je pusse rien pour le retenir...

Il avait le regard sérieux, perdu très loin:

- J'ai ton mouton. Et j'ai la caisse pour le mouton. Et j'ai la muselière...

Et il sourit avec mélancolie.

J'attendis longtemps. Je sentais qu'il se réchauffait peu à peu:

- Petit bonhomme, tu as eu peur...

Il avait eu peur, bien sûr ! Mais il rit doucement:

- J'aurai bien plus peur ce soir...

De nouveau je me sentis glacé par le sentiment de l'irréparable. Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.

- Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire...

Mais il me dit:

- Cette nuit, ça fera un an. Mon étoile se trouvera juste au-dessus de l'endroit où je suis tombé l'année dernière...

- Petit bonhomme, n'est-ce pas que c'est un mauvais rêve cette histoire de serpent et de rendez-vous et d'étoile...

Mais il ne répondit pas à ma question. Il me dit:

- Ce qui est important, ça ne se voit pas...

- Bien sûr...

- C'est comme pour la fleur. Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries.

- Bien sûr...

- C'est comme pour l'eau. Celle que tu m'as donnée à boire était comme une musique, à cause de la poulie et de la corde... tu te rappelles... elle était bonne.

- Bien sûr...

- Tu regarderas, la nuit, les étoiles. C'est trop petit chez moi pour que je te montre où se trouve la mienne. C'est mieux comme ça. Mon étoile, ça sera pour toi une des étoiles. Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder... Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau...

Il rit encore.

- Ah! petit bonhomme, petit bonhomme j'aime entendre ce rire !

- Justement ce sera mon cadeau... ce sera comme pour l'eau...

- Que veux-tu dire ?

- Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, les étoiles sont des guides. Pour d'autres elles ne sont rien que de petites lumières. Pour d'autres qui sont savants elles sont des problèmes. Pour mon businessman elles étaient de l'or. Mais toutes ces étoiles-là se taisent. Toi, tu auras des étoiles comme personne n'en a...

- Que veux-tu dire ?

- Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire !

Et il rit encore.

- Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras: "Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire !" Et ils te croiront fou. Je t'aurai joué un bien vilain tour...

Et il rit encore.

- Ce sera comme si je t'avais donné, au lieu d'étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire...

Et il rit encore. Puis il redevint sérieux:

- Cette nuit... tu sais... ne viens pas.

- Je ne te quitterai pas.

- J'aurai l'air d'avoir mal... j'aurai un peu l'air de mourir. C'est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n'est pas la peine...

- Je ne te quitterai pas.

Mais il était soucieux.

- Je te dis ça... c'est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu'il te morde... Les serpents, c'est méchant. Ça peut mordre pour le plaisir...

- Je ne te quitterai pas.

Mais quelque chose le rassura:

- C'est vrai qu'ils n'ont plus de venin pour la seconde morsure...

Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement:

- Ah! tu es là...

Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:

- Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai...

Moi je me taisais.

- Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd.

Moi je me taisais.

- Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces...

Moi je me taisais.

Il se découragea un peu. Mais il fit encore un effort:

- Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire...

Moi je me taisais.

- Ce sera tellement amusant ! Tu auras cinq cents millions de grelots, j'aurai cinq cents millions de fontaines...

Et il se tut aussi, parce qu'il pleurait...

- C'est là. Laisse-moi faire un pas tout seul.

Et il s'assit parce qu'il avait peur.

Il dit encore:

- Tu sais... ma fleur... j'en suis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde...

Moi je m'assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit:

- Voilà... C'est tout...

Il hésita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.

Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable. "


Merci au site Le Petit Prince www3.sympatico.ca/gaston.ringuelet/lepetitprince/chapitre17.html