09/06/2022

Laure Hayman et Marcel Proust

Bientôt 100 ans, à la fin de cette année, que l'écrivain Marcel Proust a disparu. C'est grâce à Laure Hayman, une femme remarquable, qu'il m'est permis de parler de lui aujourd'hui.  Plus précisément, grâce à une sculpture signée de sa main et apparemment inconnue ou très peu connue et visitée du monde de l'art.

Le 12 juin 1851, à Valparaiso au Chili, naissait Laure Hayman. Marcel Proust rencontre pour la première fois Laure Hayman, de 20 ans son aînée, à l'âge de 17 ans grâce à son oncle et son père, tous deux amants de cette belle courtisane très sensible et proche des malheureux de la vie. Proust restera fidèle en amitié, si ce n'est en amour, à Laure Hayman. Je vous invite, pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, à consulter les pages qui lui sont consacrées sur Internet afin de découvrir ce personnage haut en couleur qui tint salon de première importance dans les années 1880-1900 et au-delà, au temps de la splendeur artistique de sa contemporaine et soeur en sculpture, Camille Claudel.

Ci-dessous, je me suis permis de fantasmer à partir de cette sculpture qui ressurgit du passé et d'introduire une sorte de nouvelle lettre fictive adressée par la sculptrice à Marcel Proust en imaginant qu'elle lui envoie le buste de sa création en souvenir de tous leurs bons moments passés ensemble.

Bonne lecture. En espérant que les inconditionnel-le-s lecteurs/lectrices de Proust ne m'en voudront pas cette audace artistique...

Fiction de l'au-delà par Laure Hayman à Monsieur Marcel Proust

Juin 2022, Laure Hayman envoie son buste ,sans tête, d'une sculpture qu'elle a réalisé tout exprès pour lui au domicile de Marcel Proust:

 

Cher Monsieur Proust,

c'est par ce petit livre-bronze,

 encastré dans du marbre vert marin,

que je reviens à vous,

vous mon cher disparu à la vie,

vous, encore si vivace

à mon esprit et à mon coeur.

 

J'aurais tant aimé, jadis,

faire catleya avec vous,

vous en souvenez-vous?

Tant aimé vous aimer

dans vos draps défaits,

vous qui, à la fin,

ne vous leviez plus

de votre lit devenu linceul,

ce pauvre lit pour écrire votre tout,

ces draps désertés des femmes et des hommes,

pour élaborer votre fondamentale Recherche

avant de vous abandonner

à votre solitaire trépas,

vous qui mangiez vos derniers repas

rassemblant vos orchidées du Sahara,

vous qui plongiez votre corps malade

dans ce sablier imaginaire,

de nuit comme de jour,

sans jamais trouver le sommeil,

sans jamais avoir soif,

sans jamais avoir faim

autre que pour cette musique des mots

que vous dérouliez dans votre Recherche,

des mots semblables à des vagues océaniques

venues griffer les récifs de l'existence

tout en dilapidant vos dernières années

bien loin des mondanités

et des élixirs de jouissance.

Un océan de vents et de fragrances

dans un désert de solitude.

Voilà ce que furent vos dernières années

à fréquenter votre vie transformée en art ultime.

 

Ah Monsieur Proust,

encapuchonné dans votre pelisse,

votre dernière complice,

vous m'avez alors fait jouer

tous les jeux d'un fort mauvais rôle

 dévolu généralement aux femmes

de vices et de caprices,

visages de rose, poudrés, versatiles,

comme cette Odette de Crécy

surgissant de votre roman fleuve

au côté de Monsieur Swann

tout en m'affirmant, plus tard mais trop tard,

dans cette lettre peu convaincante,

me rendant plus triste que rassurée,

que vous n'aviez jamais songé

à me faire porter, pour la postérité,

ce poids indigne de la femme trop légère

pour être sincère et fidèle

à une lignée profonde en amour.

 

Ah! La haute idée que je me faisais de vous,

et que je me fais toujours de vous,

cher Monsieur Proust.

Femme sotte, futile, mercantile, et facile,

froide, distante, et calculatrice,

frivolité suprême incarnée, si je ne m'abuse,

pour décrire mon opposée soit mon double

que vous semblez m'avoir attribué

dans vos souvenirs et fantaisies.

 

A cela, à cette faute de goût,

Je suis venu vous répondre,

pareille à un agent double féminin

traversant le ring de votre Recherche

et la scène de mon salon mondain,

tout cela  afin de vous retrouver

au plus profond de vous-même

à travers cette sculpture,

activité que je me suis choisie

en maîtresse de mon corps

de mon esprit, et de mon coeur,

pour vous dire combien

je vous ai aimé et admiré

mais aussi tout à la fois détesté

pour votre étrange façon

à m'avoir réduite à cette tête de Jivaro

accusée d'artifices et percluse de vices,

plantée sans grâce et sans relief

sur le pieu de vos souvenirs,

cette sorte de trophée féminin sans cervelle

et de fort mauvais goût

juste bonne à tenir salon érotique

pour de piteux ducs déniaisés

et délaissés de leurs épouses.

 

C'est bien par ce petit bronze éperdu

qui s'échappe furtivement de mes mains,

presque par effraction,

rejoignant votre Recherche

sur l'étagère de ma bibliothèque

pour mieux s'y échapper

et vivre sa propre réalité,

que je vous dédicace aujourd'hui

mon buste gracile et gracieux

afin de vous permettre

de trouver la paix

que vous méritez assurément.

 

Car je vous sens l'âme intranquille

et pleine de remords à mon sujet.

Je grave mon nom au côté de votre Recherche

comme pour restituer mon rôle

de femme  tenant salon des Beaux-Arts

et ayant participé de manière significative

à votre vie réelle

ainsi qu'à votre oeuvre indépassable:

 

"Votre cocotte Laure Hayman,

peu sérieuse en rien

mais studieuse en tout,

quand vous aviez 17 ans

et déjà 20 ans pris dans les dents

entre vous et moi."

 

Ma réponse artistique et profonde

d'amoureuse galante et attentive

à votre étude inconvenante

de ma personnalité,

vous mon cher petit saxe psychologique,

mon cher Monsieur Proust

qui me manquez tant et tant

bien que nous ne soyons tous deux

plus de leur monde depuis fort longtemps.

 

A l'heure

où cette lettre vous parviendra,

par des voies divines,

j'espère que vous serez heureux

d'apprendre que je pense

encore et toujours à vous,

Monsieur Marcel Proust.

 

Restera ce petit buste,

sans tête et taillé format livre,

oublié quelque part,

mais bel et bien sculpté

de mes propres mains amoureuses

pour la postérité et à la destination

passagère de ce poète un peu bizarre

qui la découvert un jour

sur un site de rencontres artistiques

avec quelque inspiration à écrire

à son sujet et donc au nôtre

en souvenir de la femme de goût

(je vous avais donc bien choisi

bien que je ne fusse pas de votre genre)

qui traversa votre oeuvre

du côté de Monsieur Swann

et qui, surtout, alimenta votre vie de passion

et vos sentiments irraisonnables

remplis de souvenirs impérissables.

 

Je vous l'offre à titre posthume

comme madeleine et pour ma peine

en mémoire de nos rencontres

maintenant que je ne suis plus,

tout comme vous de leur monde,

vous qui avez quitté cette vie terrestre

il y a presque100 ans déjà.

 

Nous vivons pour des siècles et des siècles

dans la virtualité de nos fantômes

et dans la virtuosité des survivants,

notre belle et prospère descendance

ayant appris à nous fréquenter,

à nous chérir, et à nous aimer

à travers nos arts respectifs.

 

Votre bien-aimée cocotte, Laure Hayman,

sculptrice demi-mondaine,

demi-madeleine de Vous, Monsieur Marcel Proust,

mort il y a un siècle.

 

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"Facteur trouve au 102 du boulevard Hausmann
Proust qui fut, l’autre siècle, épris de Laure Hayman"

adresse postale, pleine d'humour, écrite par Marcel Proust sur une lettre destinée à Laure Hayman.

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"Aussi je propose d’appeler ce siècle-ci, le siècle de Laure Hayman, dynastie régnante : celle des Saxe."

Extrait d'une lettre de Marcel Proust (21 ans) à Laure Hayman (41 ans)

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https://poezibao.typepad.com/poezibao/2018/05/note-de-lec...

 

La lettre d'explication de Marcel Proust à la lettre reçue de Laure Hayman suite à la comparaison supposée avec son personnage Odette de Crécy:

« Après un accident qui m’est arrivé la semaine dernière (par un médicament dont j’ignorais qu’il fallait le diluer, que j’ai pris pur et qui m’a causé des douleurs à perdre connaissance), j’espérais souffrir paisiblement et ne pas écrire une seule lettre. Mais puisque des personnes, dont vous ne dites pas le nom, ont été assez méchantes pour réinventer cette fable, et vous (chose qui, de vous, me stupéfie) assez dénuée d’esprit critique pour y ajouter foi, je suis forcé de vous répondre pour protester une fois de plus, sans plus de succès, mais par sentiment de l’honneur. Odette de Crécy, non seulement n’est pas vous, mais est exactement le contraire de vous. Il me semble qu’à chaque mot qu’elle dit, cela se devine avec une force d’évidence. Il est même curieux qu’aucun détail de vous ne soit venu s’insérer au milieu du portrait différent. Il n’y a peut-être pas un autre de mes personnages les plus inventés de toute pièce, où quelque souvenir de telle autre personne qui n’a aucun rapport pour le reste, ne soit venu ajouter sa petite touche de vérité et de poésie. Par exemple ( c’est je crois dans les Jeunes Filles en fleurs ) j’ai mis dans le salon d’Odette toutes les fleurs très particulières qu’une dame « du côté de Guermantes » comme vous dites, a toujours dans son salon. Elle a reconnu ces fleurs, m’a écrit pour me remercier et n’a pas cru une seconde qu’elle fût pour cela Odette. Vous me dites à ce propos que votre « cage » ressemble à celle d’Odette. J’en suis bien surpris. Vous aviez un goût d’une sûreté, d’une hardiesse, si j’avais le nom d’un meuble, d’une étoffe à demander je m’adressais volontiers à vous, plutôt qu’à n’importe quel artiste. Or, avec beaucoup de maladresse peut-être, mais enfin de mon mieux, j’ai au contraire cherché à montrer qu’Odette n’avait pas plus de goût en ameublement qu’en autre chose, qu’elle était toujours ( sauf pour la toilette ) en retard d’une mode, d’une génération. Je ne saurais décrire l’appartement de l’Avenue du Trocadéro, ni l’Hôtel de la rue Lapérouse, mais je me souviens d’eux comme du contraire de la maison d’Odette. Y eût-il des détails communs aux deux, cela ne prouverait pas plus que j’ai pensé à vous en faisant Odette que dix lignes, ressemblant à Mr Doasan enclavée dans la vie et le caractère d’un de mes personnages auquel plusieurs volumes sont consacrés ne signifient que j’aie voulu « peindre » Mr Doasan.

J’ai signalé dans un article des Œuvres libres la bêtise des gens du monde qui croient qu’on fait entrer ainsi une personne dans un livre. J’ajoute qu’ils choisissent généralement la personne qui est exactement le contraire du personnage. J’ai cessé depuis longtemps de dire que Madame G. «  n’était pas » la duchesse de Guermantes, en était le contraire. Je ne persuaderai aucune oie. C’est à cet oiseau que vous vous comparez, vous m’aviez plutôt laissé le souvenir d’une hirondelle pour la légèreté (je veux dire rapidité), d’un oiseau de paradis pour la beauté, d’un ramier pour l’amitié fidèle, d’une mouette ou d’un aigle pour la bravoure, d’un pigeon voyageur pour le sûr instinct.

Hélas, est-ce que je vous surfaisais ? Vous me lisez, et vous vous trouvez une ressemblance avec Odette ! C’est à désespérer d’écrire des livres. Je n’ai pas les miens très présents à l’esprit. Je peux cependant vous dire que « Dans du côté de chez Swann » quand Odette se promène en voiture aux Acacias, j’ai pensé à certaines robes, mouvements etc. d’une femme qu’on appelait Clomenil et qui était bien jolie, mais là encore, dans ses vêtements traînants, sa marche lente devant le Tir aux Pigeons, tout le contraire de votre genre d’élégance. D’ailleurs, sauf à cet instant, je n’ai pas pensé à Clomenil une seule fois en parlant d’Odette. Dans le prochain volume, Odette aura épousé un « noble », sa fille deviendra proche parente des Guermantes avec un grand titre. Les femmes du monde ne se font aucune idée de ce qu’est la création littéraire, sauf celles qui sont remarquables. Mais dans mon souvenir vous étiez justement remarquable. Votre lettre m’a bien déçu. Je suis à bout de forces pour continuer, et en disant adieu à la cruelle épistolière qui ne m’écrit que pour me faire de la peine, je mets mes respects et mon tendre souvenir aux pieds de celle qui m’a jadis mieux jugé.

Blog à consulter:

https://interligne.over-blog.com/article-qui-se-cache-der...

 

08/06/2022

Parler aux barbares c'est discuter avec le diable

Humilier Vladimir Poutine ou s'humilier soi-même?

C'est une vraie question. Fallait-il négocier avec Adolf Hitler ou tenter de mettre fin à son horreur, la destruction et le génocide de tout un peuple, entre autres atrocités? Ce qui se passe en Ukraine depuis que Moscou a envahi le pays est la négation de tout un peuple libre et indépendant. Vladimir Poutine s'est permis de renier l'existence d'un pays émancipé et démocratique depuis peu de temps. Et avec ce reniement historique, il a renié les valeurs démocratiques occidentales pour préférer les valeurs ancestrales d'une Russie impérialiste et tsariste selon le modèle ancien des trois pouvoirs: la noblesse, le clergé, l'armée. Le reste du peuple peut crever et ne compte pas.

Pour y parvenir, il a usé de tous les mensonges, de tous les artifices, et de toutes les falsifications de l'Histoire moderne. Il a rayé la Révolution française et la fin de la royauté ainsi que la Révolution communiste soviétique et le marxisme de son temps historique. C'est plus d'un quart de millénaire de l'Histoire humaine qu'il tente de gommer au même titre que les islamistes veulent rayer toute évolution humaine, philosophique, spirituelle, métaphysique, depuis la disparition du Prophète en plaçant le Coran comme un mur de béton insurmontable et indépassable qui a arrêté définitivement le temps historique et l'évolution.

En cela, Vladimir se fait barbare et promoteur de la barbarie. Son refus de l'Histoire moderne, sa nostalgie du tsarisme, son rêve millénariste d'une Russie qui n'aurait jamais connu d'espace-temps entre la fin des Romanov, les 16 et 18 juillet 1918, et aujourd'hui un siècle plus tard, est une folie au même titre qu'Hitler faisait reposer l'idéologie du nazisme sur la pensée "völlkisch". Hitler remontait à Bismarck pour promouvoir l'idéal romantique d'un IIIème Reich spirituel tout-puissant s'opposant à la démocratie chrétienne voulant imposer son libéralisme, sa sociale-démocratie, ses valeurs "contre-nature" et "dégénérées" aux yeux des nazis adeptes du racisme ayant précédé l'avènement d'Adolf Hitler. Lire ici cet article très intéressant et instructif pour combattre la pensée poutinienne d'aujourd'hui avec de bons arguments rationnels, solides, et vérifiables:

https://www.geo.fr/histoire/le-nazisme-avant-hitler-161305

En accomplissant le fantasme nostalgique de cette partie des  Russes restée dans le passé, Vladimir Poutine devient aujourd'hui leur guide historique, leur nouveau messie. Comme Adolf Hitler avant lui, Vladimir Poutine est un personnage assez falot qui s'est construit sur la haine de la pensée occidentale. Comme Adolf Hitler il n'aurait jamais du prendre le pouvoir. Vladimir Poutine est un accident de l'Histoire, un de ces personnages qui s'est emparé des forces du Mal pour commettre des atrocités, une perturbation, une distorsion et une perversion de l'Histoire tournée vers un passé supposé hautement héroïque, valablement impérialiste, reniant toute évolution historique et humaine en phase avec notre modernité démocratique. 

Pour cela, Vladimir Poutine a enfilé les habits du diable en permettant à son pacte méphistophélique de s'accomplir sous nos yeux. Dès lors, il est devenu quasi inutile de parler avec lui puisqu'il ne nous écoute plus, ne nous estime plus, et nous dénie toute valeur culturelle acceptable. Son appréciation de notre monde est définitive et sans retour possible. Nous sommes des dégénéré-e-s et des êtres sans valeur. Et le Diable, ou Dieu selon sa propre version de la divinité, ne parle jamais d'égal à égal avec des personnes, réduites à une chosification, qui ne sont pas de son rang ni de sa culture, ni de sa famille spirituelle, pire des personnes déchues appartenant au cercle des parasites nuisibles, des personnes gravement atteintes, malades, sans valeur autre que la déchéance, chassées du paradis, qui accomplissent leurs souillures et détruisent les valeurs canoniques de l'orthodoxie russe. Dmitri Medvedev vient de nous le rappeler brutalement avec sa haine de l'Occident qui accompagne celle de Poutine exercée contre nous.

Vladimir Poutine est le nouveau maître d'une pensée nazie version russe. Mais pour éviter qu'une partie du peuple russe éclairé ne l'associe pleinement à Adolf Hitler, il en fait porter la marque aux dirigeants ukrainiens et  à l'Occident tout entier. En réalité, il est bien plus proche d'une pensée s'apparentant à  l'impérialisme du IIIème Reich que du soviétisme de Staline même si sa parano et ses méthodes le rapprochent plus de l'ancien dictateur de l'URSS.

Alors faut-il encore parler à Vladimir Poutine et ne pas l'humilier? Faut-il donner raison à Macron et même à Mélenchon préconisant, tous deux, de garder le dialogue avec le diable qui a forcément une cuillère plus longue que la nôtre pour nous faire avaler ses diableries dont il détient tous les secrets? En apprendrons-nous davantage sur ses futures intentions nauséeuses et ses plans diaboliques en le fréquentant qu'en l'évitant soigneusement? Le fréquenter encore n'est-ce pas lui donner toujours un peu de sa légitimité et du poids au crime abjecte qu'il est en train de commettre en Ukraine? Le fréquenter encore n'est-ce pas donner à tous les criminels de guerre leurs passeports pour l'impunité? 

Il était déjà très difficile, pour un démocrate occidental, de serrer la main de Vladimir Poutine avant la guerre en Ukraine tant il avait déjà commis d'actes monstrueux sur des personnes comme sur des Etats voisins. Nous avons voulu le ménager au nom de la grande puissance nucléaire qu'est la Russie et le garder dans le concert des présidents respectables malgré tous ses crimes et presque malgré nous et notre aversion envers les violents et les dictateurs. En franchissant de nouvelles frontières vers l'horreur, en reniant sans vergogne le droit international, en attaquant brutalement un pays frère dans les traditions comme dans les coutumes mais résolument tourné vers la modernité démocratique, Vladimir Poutine n'est plus des nôtres. L'a-t-il jamais été? Il sait mis en marge de l'Histoire multiple, multicolore, et complexe, évolutive et progressiste, pour préférer construire son isolement et sa propre Histoire, sa propre version messianique de la vérité historique sur les bases d'un culte nostalgique au tsarisme et de son propre culte.

Faut-il parler à un homme qui nous dénie toute valeur, qui imagine nous jeter un missile nucléaire sur la figure pour nous éliminer de la carte afin de faire régner en toute impunité son propre ordre du monde?

Le Maréchal Pétain a parlé et négocié avec Hitler. Mais à quel prix? Allons-nous commettre la même erreur d'appréciation de l'Histoire avec Vladimir Poutine? Tactiquement, pour sauver le monde, est-ce qu'il faut faire retarder les horloges du temps pour faire retarder l'issue fatale? Ou soutenir les dirigeants ukrainiens en nous engageant plus loin dans le refus de dialoguer avec le maître du Kremlin tant que ce dernier n'aura pas subi une défaite humiliante et paralysante sur les terres d'Ukraine?

A chacun de se déterminer dans son for intérieur. Mais laisser du crédit à Vladimir Poutine, c'est lui donner une chance de poursuivre ses massacres et d'imposer sa vision du monde à nos démocraties déjà bien fragilisées par le néolibéralisme.

 

07/06/2022

Falsifier pour mieux régner

Peu importe la vérité, pourvu que le mensonge arrange le pouvoir et son emprise sur le peuple.

L'opération spéciale de Monsieur Poutine en Ukraine a beau être une des guerres les plus scandaleuses, si ce n'est la plus scandaleuse et la plus criminelle, depuis celle entreprise au Vietnam par l'armée française puis l'armée américaine, elle n'est toujours pas considéré comme un guerre mais comme une simple opération spéciale de la Russie pour chasser les "nazis" au pouvoir et empêcher l'Occident d'installer son influence et son aide à la démocratie naissante d'Ukraine. Rien que dans cette dernière phrase, nous avons tous les ingrédients de l'énorme mensonge poutinien et de son révisionnisme historique.

Pour ce but nébuleux, toutes les armes y ont été admises par l'armée russe, même les plus odieuses et abjectes, même celles qu'utilisaient jadis les armées sous les règnes d'empereurs et de rois, de barbares et de petits potentats locaux s'autorisant les pires abjections et dégradations sur les valeurs essentielles de l'Humanité. La liberté n'est plus la liberté dès lors que les actions commises par le "libérateur" entraînent des conséquences dramatiques, dévastatrices en coût humain et matériel ainsi que des situations absurdes, ubuesques, en totale contradiction avec les objectifs initiaux signifiés de rétablissement de la liberté et de la paix (sic). Tout ce vocabulaire employé par le pouvoir russe, tous ces mots qui font sens dans un monde de justice n'ont plus aucune structure littéraire et philosophique, plus de colonne vertébrale, plus d'éléments de langage dûment vérifiables et valides.

Si les Alliés, lors de la deuxième guerre mondiale, pouvaient utiliser les mêmes mots pour leur propagande contre les troupes d'Hitler, c'est parce qu'ils avaient un poids de justice et de liberté historiquement vérifiable et incontestable. Le nazisme était bel et bien une idéologie monstrueuse, sadique, pervers, inacceptable aux yeux de l'Humanité, qu'il fallait combattre avec toutes les forces armées et de résistance ainsi que le courage nécessaire pour abattre le mensonge et la folie hitlérienne ayant entraîné le monde dans une seconde guerre mondiale atroce et monstrueuse. Hitler a falsifié le temps démocratique issu de la Révolution pour en faire son temps autocratique personnel sous l'emprise du Mal. Poutine est en train de commettre la même chose mais avec plus de subtilité et moins de brutalité de masse.  Il sait que pour durer dans le temps et l'espace qu'il s'octroie, il ne peut pas abattre toutes ses cartes en même temps et rentrer dans un conflit total avec l'Occident. Il tente de transformer le peuple russe en un peuple docile, endoctriné, religieusement fidèle aux dogmes orthodoxes déviants des commandements du Christ fomentés par le patriarche de Moscou, un peuple russe embrigadé et surveillé par un pouvoir où l'oeil cyclopéen de Moscou exerce une omniprésence perpétuelle et une brutalité quotidienne sur le peuple.

Mais le modèle de pouvoir voulu par Vladimir Poutine est voué à l'échec dans un temps plus ou moins rapproché car le monde d'aujourd'hui est un monde interconnecté qui a les moyens de se défendre contre les dictatures et le Mal pour peu que les citoyennes et citoyens du monde sachent construire leur propre langage axé autour d'une langue qui collectivement recherche la vérité ensemble. Même en limitant les réseaux sociaux et l'accès à l'information, Poutine ne peut exercer son emprise totalitaire sur tout le peuple russe. Les plus jeunes, surtout, sont assez formés aux nouvelles technologies pour contourner les interdits et le grossier mensonge moscovite en forgeant leur propre opinion sur cette fameuse opération spéciale et la propagande insensée qui l'accompagne. La Russie, espérons-le, ne deviendra jamais une nouvelle Corée du Nord. Et Vladimir Poutine ne pourra pas devenir immortel. Même la science ne pourra lui donner ce qu'il voudrait tellement. Ne jamais disparaître. Reste que Poutine a les capacités de détruire l'Humanité et qu'il pourrait choisir cette option extrême l'entraînant dans la mort mais avec lui le monde entier.

Ce n'est que si les généraux de l'armée russe seront, un jour, capables de révolte contre la dictature de leur tsar autoproclamé et l'énorme mensonge mis en place par le pouvoir et orchestré par Poutine que nous pourrons avoir une issue favorable et un retour progressif à la paix. Sans cette révolution interne propre à la Russie, sans ce putsch militaire, mais aussi et surtout civile, absolument nécessaire et vital pour la société russe et l'Humanité, Vladimir Poutine condamne le monde à une lente destruction de notre Civilisation. Ses capacités de nuisance sont énormes et les apparences trompeuses. Son armée a beau s'enliser sur les terres ukrainiennes, il possède l'arsenal ultime permettant de mettre le feu nucléaire et le propager partout sur la planète avec attaques et représailles simultanées, des capitales et autres très grandes villes du globe rayées instantanément de la carte et des nuisances atomiques extrêmes pulvérisant le reste de l'espèce humaine dans l'obscurité, entre autres espèces condamnées, durant les décennies qui suivront cette apocalypse nucléaire.

Vladimir Poutine falsifie non seulement l'Histoire. Il peut mettre un terme à l'Histoire de l'Humanité sur la Terre. Et cela est indéniable comme vérifiable.

Pendant ce temps, nous vaquons à nos occupations, préparons nos prochaines vacances d'été, et regardons avec admiration cet immense champion sportif et humain qu'est Rafael Nadal. Nous ne sommes pas contemporain-e-s et nous ne vivons pas toutes et tous dans le même temps. Marcel Proust ne sera jamais le livre de chevet de Vladimir Poutine, lui qui verrait en cet homme le "dégénéré" occidental parfait, le Juif, le bisexuel, l'homme sans violence qui s'alita un jour en quittant la haute société et les mondanités pour s'attaquer à sa "guerre", celle d'entamer sa Recherche et d'écrire un des plus grands romans historiques de tous les temps. 

Il faudrait peut-être suggérer à Vladimir Poutine de quitter le pouvoir puis de s'aliter pour lire "A la Recherche du temps perdu" puis écrire son opération spéciale personnelle qui le concerne au premier chef. Peut.être que le monde pourrait alors puiser, plus tard, tous les ressorts psychologiques qui l'ont animé et fait dévier vers le plus gros mensonge temporel et existentiel de notre époque.

Un Vladimir Poutine écrivain serait en tous les cas nettement plus fréquentable que l'image de l'homme du Néandertal qu'il s'est créé en devenant un des plus grands barbares, si ce n'est le plus grand barbare, de notre temps. Et encore. Ecrire cela est une insulte majeure envers l'homme du Néandertal qui ne faisait que défendre sa propre peau pour survivre dans un monde où le temps lui était vraiment hostile et défavorable à sa propre existence.

A regarder absolument, sur You Tube, et avec les yeux du coeur, cette interview d'Inna Shevchenko.

 

06/06/2022

Corridor corrida

Des corridors humanitaires,

des corps à terre,

des corridas et des guerres,

des héros et des traîtres,

est-ce que ce monde est trop vieux?

 

Vas-tu devoir tuer des femmes, des enfants,

détruire des villes et des vies

pour sauver ta peau et ton pays?

Croire qu'après les pires horreurs,

la paix et l'amour régnera sur Terre?

Croire que des pires cauchemars

naissent les rêves les plus beaux?

 

Vas-tu céder à la haine, à la violence,

au programme de déportation et d'exécution,

aux jeux de la torture et des viols?

Vas-tu céder et te soumettre

à la guerre, aux ordres du général,

à la folie du dictateur?

 

Parce que tu n'as pas su dire non.

Parce que tu as dis oui à la guerre,

oui à la haine, oui à la violence,

tu t'es fais complice de l'horreur,

complice de l'ordre du dictateur,

complice de cet ordre du monde,

complice de la haine,

complice de la destruction.

Et tu es fier de cela?

Et tu te crois héros pour cela?

Est-ce que ton monde est trop vieux?

Est-ce que ton monde est trop mieux

avec ce pieu que tu me plantes entre les yeux?

Avec tes airs triomphant de petit soldat arrogant

qui se moque de la résistance non-violente?

 

Ils veulent te jeter dans l'arène

et refermer la porte derrière toi.

Ta seule échappatoire c'est le rêve,

la poésie, le ciel, l'amour,

et tant pis si tu meurs pour cela.

 

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Nature morte

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31/05/2022

Good morning, Neuchâtel (2)

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Hiver d'amours roses atomiques sur plage tropicale