14/04/2021

"Les vétérans de la joie", lettre à Camille Cantone

Chère Camille Cantone,

J'ose m'adresser directement à vous puisque vous êtes à l'origine du "Flowergate" un peu ridicule qui secoue la République fribourgeoise depuis qu'un écrit d'un certain Paul Clément, illustre inconnu du grand public, a déclenché une bombe incendiaire dans le quotidien "La Liberté".

Les propos tenus par cet homme, d'âge mûr je suppose, ne sont pourtant que de pâles balbutiements érotiques tenus dans un journal par une sorte de bouc un peu trop maladroit et reluquant les splendeurs primesautières sortant dénudées du trop long hiver émaillé par nos luttes personnelles et collectives contre le coronavirus.

D'ordinaire, je suis très près de vos luttes collectives que cela soit pour la défense du climat, des migrant et migrantes, des femmes, ou contre l'ordre ultra-capitaliste mondial par exemple. Hélas, je crois que dans votre réaction un peu trop abrupte, vous vous êtes trompée de cheval de bataille. Cet homme ne pousse pas au crime. Il tente de sublimer les beautés féminines et les frissons sensuels qu'il perçoit en lui et il a désiré partager ses sensations avec le public. Ce n'est ni un abuseur, ni un violeur, ni même un homme détestant les femmes qui s'exprime à travers sa lettre de lecteur. C'est juste un vieux mâle s'ébrouant dans vos prairies de manière symbolique et se rappelant peut-être au bon souvenir de sa jeunesse adolescente.

Si vous vous sentez insulter, vous et vos consoeurs, par les propos de cet homme jetant son regard là où il serait sensé ne point regarder selon vous, c'est que vous confondez les hommes qui insultent réellement votre féminité et font subir des atrocités aux femmes avec les hommes qui rendent hommage à votre féminité tout en ne commettant rien d'illicite dans la réalité de leur vie.

Il est peut-être temps de se reparler entre anciennes et jeunes générations, de regarder aussi ce qui ne va pas aujourd'hui dans la jeunesse qui prend trop souvent l'habitude de se jeter des grossièretés sexistes au visage sans que cela crée la moindre polémique entre vous, pire que cela soit un pur effet de mode bien admis entre vous, les jeunes. Hors rien n'est plus grave que de traiter une jeune fille de "grosse salope ou de grosse pute" entre copines et copains. Car au final, on peut toujours être la "pute ou la salope" de quelqu'un, le "salaud ou le gros porc" de quelqu'un d'autre. Je vous laisse le monde d'horreur que nous pourrions fabriquer si nous nous lancions, chacun selon nos goûts et nos couleurs, des anathèmes de la sorte participant aux exclusions sociales, jusqu'à la terreur exercée par les uns sur les autres, censure des mots, autodafé de livres, fascisme, exécutions sommaire, génocide des "dégénéré-e-s" artistes, juifs et juives, tziganes, handicapé-es  tels que considérés par les nazis et leur pureté totalitaire.

Je souhaiterais que vous relisiez Charles Baudelaire et non ce Paul Clément auquel vous n'accordez ni votre clémence ni votre adhésion. Vous verriez alors que la vie ne s'arrête ni aux vérités parfois abruptes de la jeunesse révolutionnaire ni à la position sociale ni au statut de la femme bien sous tous rapports, mariée ou non, et bourgeoise. Mais qu'il y a, chez les femmes de petite vertu, une liberté parfois bien moins médiocre que chez la femme dite morale qui s'occupe de son foyer et respecte la fidélité dans son couple.

Je vous donne quelques liens si cela vous intéresse. Et surtout, je vous encourage à continuer le combat là où il doit être mené. Il ne sert à rien de s'en prendre aux moucherons. Il vaut mieux s'attaquer aux dinosaures. Ce sont ces derniers qui sont dangereux pour la femme comme pour l'homme (voir mon billet précédent).

Avec mes meilleures pensées respectueuses pour vos (nos) combats.

Jean-Marie Gumy

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