02/05/2021

20 ans que tu es partie, maman

 

C'était un 2 mai,

un jour après le jour

du gai muguet

et de la fête des travailleurs-euses

qui travaillent même

le jour de leur propre fête,

du moins dans mon métier,

maman.

 

Ce 2 mai où tu nous as quittés.

 

Si tu vivais aujourd'hui, maman,

je crois que tu mourrais de chagrin

plutôt que de ta terrible maladie.

Ton fils, avec ces soucis perpétuels

de coeur, d'argent, et de poursuites;

tes autres enfants dispersés

aux quatre coins du monde

et qui ne se retrouvent que de façon partielle

autour d'un repas de famille commun.

Ta maison qui est en sursis

avant de passer en mains étrangères,

peut-être.

 

Si tu savais que je ne suis

plus dans mon état normal

depuis cette dernière année covid

qui a fait tant de dégâts sur la Terre,

que je perds à peu près tout

de mes vieilles utopies

en cette année de pur suicide,

et même mon amour,

qui doit désormais penser

à son futur,

me laisse en rade,

conformément à ce qui

devait arriver un jour ou l'autre,

plutôt que de vouloir rester

encore un peu à divaguer d'amour

avec son vieux poète

qui lui écrit ses mots désespérés

jetés en pâture sur la Toile

et que personne ne lit jamais

ou alors lus par des visiteurs et visiteuses

qui viennent et repartent discrètement

sans jamais ne rien dire.

 

Sauf toi, mon ange d'amour, qui me lit toujours

pour me dire ce que tu refuses aussi.

 

Du muet comme au bon vieux temps

de Charlie Chaplin.

Du muet et du muguet en ce jour

pour mon tendre amour

qui a pris sa drôle de décision

n'ayant rien de vraiment  très drôle

pour son amant toujours amoureux.

 

Les femmes qui passent, maman,

ont toutes de très bonnes raisons

de quitter ton fils,

toutes d'excellentes raisons

de délaisser ce vieux poète désargenté.

 

Est-ce qu'une femme d'âge plus raisonnable

pourrait aimer ce poète débauché

qui a connu plus de prostituées

que d'amours légitimes?

Plus de divorces que de réussites sentimentales?

 

Tout ça pour te dire, maman,

que tu manques à ton fils.

Tout ça pour te dire, maman,

que j'aimerais te prendre

dans les bras comme quand

j'étais petit garçon.

C'est la preuve que je vais pas très bien,

maman.

 

De là-haut, j'espère que Dieu

t'a bien accueilli dans sa Lumière

et qu'un jour, peut-être,

on se reparlera des hommes

et des femmes qui ont passé

dans nos vies de souffrance

si ressemblantes et vulnérables

dans l'abandon et la solitude,

 nos vies romantiques

refusant ce monde de brutalité

et de cynisme.

 

Maman, l'amour est fille de putain.

 

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Dimanche de Pâque

 

C'est une ville, un continent,

une église, un pèlerinage,

une marche nuptiale qui compose tel

un évangile écrit par un misérable.

 

C'est une fille, une proscrite,

un bordel, une imprimante à fluides,

empreintes d'hommes qui composent tel

un tableau de maître souillé par des criminels.

 

Elle trouvera l'amour

au bout de son martyr.

Elle fondera une famille

au bout de son silence.

Elle aura un bel enfant

gracieux et doux

comme les blés d'août

caressés par les vents

et les soleils levant.

Elle trouvera le bonheur

au bout de sa peine

et tout l'amour d'un homme

jeune et talentueux.

 

C'est la Pâque orthodoxe.

  Elle ira à l'église,

elle brûlera un cierge,

la Lumière sera là

et le Ciel écoutera son coeur,

son coeur revenant qui s'en va

ailleurs chercher la quête du bonheur.