03/06/2021

Gastronomie: la branche est désertée par les cuisiniers et cuisinières

Il fallait s'y attendre et c'est confirmé.

Certains cantons touristiques ont de la peine à trouver du personnel qualifié. Faute d'avoir agi en faveur de leurs employé-e-s et de n'avoir pensé qu'à leurs petits soucis personnels, les bistrots ont de la peine à recruter. Aucun étonnement à cela d'autant que le dispositif des RHT reste en place jusqu'à fin décembre au moins.

On ne peut pas jouer impunément avec les salaires et les heures de présence au travail jusqu'à faire des employé-e-s engagé-e-s au fixe des employé-e-s à disposition totale de l'employeur sur un temps plein mais susceptible de devoir rester ou rentrer plus tôt que prévu à la maison avec les conséquences salariales que l'on sait pour les personnes concernées. On ne peut pas non plus se permettre d'offrir moins de 80% d'un salaire (cotisations sociales étant dues sur 100% du revenu) à ses employé-e-s qualifié-e-s quand les bistrots sont fermés par Berne alors même que la branche offre, pour ses cadres responsables, les salaires les plus bas de Suisse.

Cela fait longtemps que j'essaye, sur ce blog, d'alerter à peu près tout le monde sur les difficultés salariales des personnes formées dans la restauration en cette période de covid. Les médias ont en fait des plombes pour les patrons mais rien pour les travailleurs et travailleuses de ce secteur. Berne a sans doute fini par indemnisé relativement massivement la plupart des restaurateurs et restauratrice pour qu'on ne les entende plus se plaindre. Les syndicats ont préféré gardé le silence plutôt que de soutenir les professionels de cette branche pour qu'ils gardent l'entier de leur salaire pour tous les salarié-e-s touchant moins de Fr. 6.000.-- par mois. Ce qui concerne l'immense majorité des gens travaillant dans ce domaine.

Comme je l'avais annoncé. Il ne faut pas que les tenanciers et tenancières d'enseignes gastronomiques se plaignent aujourd'hui de la désertion des personnes formées et capables. On ne maltraite pas ainsi des personnes qui se sont vouées à ces métiers et dont tout le monde s'en fout. On finit ainsi par perdre définitivement leurs capacités de travail. Personnellement, j'aurais eu une trentaine d'année lors de ces deux années 2020 et 2021, j'aurais certainement quitté la branche et cherché à me former pour un nouveau métier.

Cessez de vous moquer, toutes catégories citoyennes concernées, des personnes invisibles qui vous préparent des petits plats pour agrémenter vos déjeuners et dîners entre potes ou familiaux. Vous avez gagné votre croûte durant cette longue période de covid alors que les cuisiniers et cuisinières étaient condamné-e-s à subir quasi le sort salarial d'une personne à l'assistance sociale alors même qu'ils et qu'elles ont cessé leur activité sur exigence fédérale afin de sauver vos salaires à vous toutes et vous tous.

A aucun moment, le bâtiment, l'industrie mécanique et horlogère, le personnel travaillant dans les hôpitaux, les branches de la vente, n'auraient accepté une telle durée de réduction de salaire, réduction qui court encore jusqu'à fin décembre pour certains employé-e-s. Les syndicats, avec les personnes concernées, auraient été vent debout et seraient descendus dans la rue malgré les interdictions de rassemblement public.

Pour le personnel de la restauration, personne n'a levé son petit doigt. Il ne faut donc absolument pas pleurer aujourd'hui si la gastronomie est en mal de recrutement. Ce n'est que mérité. Nous avons aussi notre dignité et notre fierté comme tout le monde. Les patrons et patronnes auraient dû y penser eux et elles qui sont descendu-e-s dans la rue et passer dans les médias pour défendre leur cause bien égoïste mais pas celles de leur personnel condamné à survivre avec une misère d'indemnisation lui permettant à peine de survivre et de contracter, pour certains et certaines, des retards dans le paiement des locations et des primes d'assurance-maladie.

https://www.letemps.ch/economie/restaurants-clients-afflu...