09/06/2021

Gifler...la politique

Au moment même où le Président Macron se fait gifler par un citoyen et que Jean-Luc Mélenchon prétend, avec grand renfort d'opportunisme, que la mort rôde du moment que les élections présidentielles approchent, il est peut-être temps de remettre en question la politique.

La politique, en démocratie, ce ne devrait pas vouloir être élu-e pour gagner des salaires de... ministre et obtenir toutes sortes de privilèges grâce à la fonction. Cela ne devrait pas être non plus se soumettre à la botte des lobbies qui influencent et décident, se servent de la pression et du chantage comme arme de guerre. La politique, au sens noble et moderne du terme, c'est d'abord défendre la constitution et les institutions, agir avec justesse et justice.

La France révolutionnaire, l'Europe en général, a trois mots qu'elle porte et qu'elle a imprimé sur son front. Trois mots qui sont actuellement utilisés comme verni à ongle par une nation qui n'a plus beaucoup d'honneur à les défendre jour après jour. Trois mots qui sonnent comme une injure, pire une forfaiture, aux oreilles de nombre de personnes délaissées, bafouées, réduites à néant par un système qui les broie et les invisibilise. Trois mots qui ne veulent plus dire grand chose à l'heure où les plus riches deviennent de plus en plus riches tout en étant juchés sur un piédestal par les médias, et les plus pauvres de plus en plus pauvres et bannis des médias comme des cercles de décision politique.

L'Assemblée nationale française est occupée à 90% et plus par des gens issus de la bourgeoisie et des professions libérales. Aucune chance de défendre les couches inférieures de la population. Et même un Mélenchon qui s'égosille avec ses prétendu-e-s insoumis-e-s n'a pas grand-chose à voir avec la souffrance réelle du peuple. On a pu y  croire le temps d'une élection. On en est largement revenu. Mélenchon ne sera jamais Victor Hugo mais un homme égocentrique qui ramène tout à lui au même titre que les autres égos de la politique française.

Un Victor Hugo qui avait su prendre conscience au cours de sa vie de toute l'importance de la solidarité avec le peuple. Passé du monarchisme au républicanisme, adversaire acharné du bonapartisme, Victor Hugo n'a jamais été un opportuniste mais un homme qui a su défendre les justes causes au nom d'un idéal élevé. Quand il a été condamné à l'exil, proscrit, il n'a pas léché la patte des plus puissants de son époque. En 1859, alors que l'Etat français lui donne la possibilité de revenir de son exil, il dira ceci:

"J'ai quitté la France parce que la liberté était dans les fers, je ne reviendrai que quand elle sera rétablie."

Aujourd'hui, que pouvons-nous écrire sur la liberté? Qu'elle survit confinée dans les marges de la société? Qu'au contraire elle est la chose la mieux défendue grâce à la liberté d'expression? Mais si parler ou écrire pour quelques-uns ou quelques-unes, défendre les minorités, s'attacher au droit à l'égalité et à la justice ne sonnent et ne parlent aux oreilles que des minorités sans obtenir l'aval d'oreilles médiatiques bienveillantes et récoltent, au contraire, l'indifférence et le mépris de majorités bruyantes, intolérantes, répressives, vit-on encore sous le régime de la liberté réelle ou d'une liberté déguisée en simple effet d'artifice et de style?

J'estime que la politique française mérite d'être giflée, pire qu'elle ne mérite plus une élection présidentielle tant que nous ne passerons pas à une VIème République qui détruira le monarchisme ultra-libéral actuel représenté par le Macronisme. Sous couverture de démocratie, on a mis, depuis 40 ans, les milliardaires de la finance au pouvoir. Ce sont eux qui dirigent en réalité les destinées du pays. Ce sont eux qui imposent les choix politiques, créent les injustices criantes sur les salaires entre cadres surdiplômés et le reste du peuple qui trime avec la crainte de perdre son boulot, valse entre deux ou trois métiers, dépendent du bon vouloir d'un patron qui les emploie sur appel au gré de ses besoins, au plaisir de maximaliser ses bénéfices au détriment de la santé psychique et physique des personnes contraintes de bosser dans ses mauvaises conditions de sécurité financière et sociale.

L'état ultra-libéral a créé une petite élite d'ultra-riches, 1% de sa population. Des gens qui se moquent parfaitement de la situation du pays qui se dégrade, provoque des manifestations, à la base non-violentes, qui dégénèrent en violence politique et en répression d'Etat (Gilets jaunes, Nuit Debout, etc.). Mais personne ne veut entendre le cri d'effroi, l'état de sidération du peuple, à l'image du tableau de Munch.

Le monde devient de plus en plus crapuleux, obscène, dégradant, intolérant, prosélyte, obscurantiste, et tout le monde semble s'en satisfaire. Le débat politique est devenu une arène pour foires d'empoigne où les journalistes en redemandent et font de la surenchère pour gagner de l'audience ou la maintenir. De l'extrême-gauche à l'extrême-droite, en passant par la chute du socialisme et de la droite classique, les citoyens et citoyennes se radicalisent et prennent des positions politiques de plus en plus alarmantes voir aberrantes. Le chacun pour soi s'impose. La loi de la jungle prend le dessus. La rue est envahi par des fous furieux qui se mettent à tuer pour un oui ou pour un non. La chosification des personnes, le droit de possession sur les femmes prises comme du gibier et des trophées par des hommes saturés de pornographie et de prostitution, les femmes qui, dès leur prime adolescence, trouvent dans le plus vieux métier du monde un choix de gagner leur existence pour s'acheter des babioles de luxe et autres rêves de voyage sous les tropiques, une société qui d'un côté voit des mouvements comme Me Too et autre "Balance ton porc" s'émanciper afin de libérer la parole tandis que dans la réalité il n'y a jamais eu autant de pression sur le sexe féminin pour qu'il se prostitue, tourne des films pornographiques, gagne sa vie avec son corps. Et quand la femme n'est pas asservie à ce profil et ce rôle de prostituée, elle est soumise à des prosélytes religieux radicaux qui s'emparent de son corps et le cache sous des vêtements honteux comme la burqa ou le niqab.

Non, vraiment. La politique d'aujourd'hui mérite d'être baffée. Et si c'est le président qui a été touché physiquement, c'est bien toute la politique de France et de Navarre qui a été claquée. Et par là, toutes nos politiques ultra-libérales qui ont réduit la démocratie à un chaos institutionnel dont les extrêmes-droites d'Europe sortiront de plus en plus gagnantes politiquement si nous continuons à descendre moralement sur cette pente savonneuse.

 

 

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