03/05/2021

Dégénérescence

 

Rôder la nuit dans la rue

quand le cafard t'habite

et que ton amour a pris la fuite.

 

Mais déjà il n'y a plus de bars de nuit

ni de droit à la liberté

pour les résistant-e-s au vaccin.

Face à leur système unique de pensée,

nous sommes broyés, plus rien.

Et pour prendre les trains de nuit,

comme un fugitif ou un vaurien

en direction de la mer,

je suis presque trop vieux

et j'ai les poches bien vides.

 

Les filles portent des masques

et c'est bien pire qu'avant.

Tu vas au bordel

comme si tu allais à l'hôpital

pour une consultation d'urgence.

Et la fille te reçoit comme un pestiféré

qui va lui fourguer une merde de virus.

 

Virus partout;

Désir nulle part.

 

Le pire slogan de cette année

d'abandon de la rue

par les révolutionnaires.

 

Passeport vaccinal

ou test PCR

avant l'accès

au plumard.

Joli programme pour débuter

une danse de l'amour.

 

La fille elle te dira

désinfection mi amor,

es-tu déjà vacciné, Monsieur?

Sinon, je ne pratique pas

avec les risques de contamination.

Sinon, je ne baise pas

avec des mecs contaminés

qui n'ont pas pris leur dose

de Pfizer, pas la petite pilule bleue,

la douce piqûre qui fait loi d'autorisation

avec son code QR et son pass vert,

je veux un type sans bactérie, sans microbe,

sans risque de me donner la maladie

la plus grave de la Terre...

 

Avant, c'était sortez couvert

et le préservatif,

le truc indispensable

à toute séance de sexe.

Maintenant c'est la royale couverture

avec la capote,

le masque, et la piqûre.

 

Plus de bisous,

plus de complicité,

plus de risque

de tomber amoureux

et de rester sur un souvenir

d'amour et de tendresse

malgré une relation de passage.

 

Tu vois mon ange,

maintenant ce sera le plan B comme Baise

et plus du tout le plan A comme Amour

qui a contribué à notre amour.

On est passé à l'époque

des plats qui se mangent froids

et des bites dégueu qui crachent

dans vos corps vides d'expression,

des poupées inertes pensant d'abord

à protéger leur santé

aux passages des clients.

 

Tu vois mon ange,

c'est le temps du covid

et du suicide.

Je tombe dans le vide

si tu t'en vas pour toujours

loin de moi, loin de nos corps enlacés.

 

C'est au bar qu'on s'était parlé

et tenu par la main.

C'est au bar qu'on a décidé

de finir dans ta piaule.

Tu me souriais

et tu me faisais confiance.

C'est dans ta chambre

que tu m'as donné tes tarifs.

C'est dans ta chambre

que tu m'as regardé

comme un homme à désirer

et plus si affinité.

Avec ta bouche et tes yeux,

tes seins et tes fesses,

tes bijoux d'amour et tes mains,

tu m'as fait voir le paradis

et j'ai voulu garder le paradis.

 

Tu n'as pas dit non

et tu voulais toi aussi

ta part d'amour et de plaisir.

 

Si c'était maintenant,

notre rencontre,

il n'y aurait plus de bar,

plus de magie,

plus de complicité.

Que des masques

entre toi et moi.

Tu me demanderais

si je suis vacciné

et tu me dirais

que tu n'embrasses pas,

que l'on garde nos distances,

nos têtes à minimum un mètre

l'une de l'autre,

et je devrais garder le masque

puisque je n'aurais pas pris le vaccin.

 

On ne se serait jamais rencontré

dans le vrai sens du terme.

On aurait juste baisé

pour que tu gagnes ta thune

et que je vide lamentablement

mes couilles sur toi.

Et puis je serais reparti

de ta triste piaule

sans avoir su qui tu étais

et à côté de quelle fille merveilleuse

je venais de passer sans rien y voir.

 

C'est pas à toi

que je vais parler

des problèmes de ton métier.

Tu sais tout ça mieux que moi.

Sans magie, je n'aime pas la baise.

Sans une fille qui ne voit pas les étoiles

à travers mon regard,

sans complicité et sans désir,

je ne toucherai plus aux femmes

et je ne ferai plus l'amour.

Je renoncerai à ce monde glauque,

ultra sanitaire, sans joie, suicidaire,

ce pur échange de cul contre du fric.

 

Tu me laisses seul

au pire moment.

Tu vas regarder en avant

pour ta vie

tandis que je regarderai en arrière

avec cette terrible nostalgie

d'avoir connu la femme de ma vie

et d'avoir du céder ma place

pour un autre auprès de toi.

 

Alors je te laisse

sur cette chanson

sortie en 2017

au temps de notre splendide relation

qui prenait l'ascenseur

avec notre amour magnifique et magique.

 

Seul et sans toi,

je ne vois pas d'avenir.

Seulement des contraintes,

un état policier,

un apartheid social,

et le monde tout en noir

qui se dirige vers la folie

d'une société peureuse,

glaciale, séparant les gens

entre les purs et les impurs.

 

02/05/2021

20 ans que tu es partie, maman

 

C'était un 2 mai,

un jour après le jour

du gai muguet

et de la fête des travailleurs-euses

qui travaillent même

le jour de leur propre fête,

du moins dans mon métier,

maman.

 

Ce 2 mai où tu nous as quittés.

 

Si tu vivais aujourd'hui, maman,

je crois que tu mourrais de chagrin

plutôt que de ta terrible maladie.

Ton fils, avec ces soucis perpétuels

de coeur, d'argent, et de poursuites;

tes autres enfants dispersés

aux quatre coins du monde

et qui ne se retrouvent que de façon partielle

autour d'un repas de famille commun.

Ta maison qui est en sursis

avant de passer en mains étrangères,

peut-être.

 

Si tu savais que je ne suis

plus dans mon état normal

depuis cette dernière année covid

qui a fait tant de dégâts sur la Terre,

que je perds à peu près tout

de mes vieilles utopies

en cette année de pur suicide,

et même mon amour,

qui doit désormais penser

à son futur,

me laisse en rade,

conformément à ce qui

devait arriver un jour ou l'autre,

plutôt que de vouloir rester

encore un peu à divaguer d'amour

avec son vieux poète

qui lui écrit ses mots désespérés

jetés en pâture sur la Toile

et que personne ne lit jamais

ou alors lus par des visiteurs et visiteuses

qui viennent et repartent discrètement

sans jamais ne rien dire.

 

Sauf toi, mon ange d'amour, qui me lit toujours

pour me dire ce que tu refuses aussi.

 

Du muet comme au bon vieux temps

de Charlie Chaplin.

Du muet et du muguet en ce jour

pour mon tendre amour

qui a pris sa drôle de décision

n'ayant rien de vraiment  très drôle

pour son amant toujours amoureux.

 

Les femmes qui passent, maman,

ont toutes de très bonnes raisons

de quitter ton fils,

toutes d'excellentes raisons

de délaisser ce vieux poète désargenté.

 

Est-ce qu'une femme d'âge plus raisonnable

pourrait aimer ce poète débauché

qui a connu plus de prostituées

que d'amours légitimes?

Plus de divorces que de réussites sentimentales?

 

Tout ça pour te dire, maman,

que tu manques à ton fils.

Tout ça pour te dire, maman,

que j'aimerais te prendre

dans les bras comme quand

j'étais petit garçon.

C'est la preuve que je vais pas très bien,

maman.

 

De là-haut, j'espère que Dieu

t'a bien accueilli dans sa Lumière

et qu'un jour, peut-être,

on se reparlera des hommes

et des femmes qui ont passé

dans nos vies de souffrance

si ressemblantes et vulnérables

dans l'abandon et la solitude,

 nos vies romantiques

refusant ce monde de brutalité

et de cynisme.

 

Maman, l'amour est fille de putain.

 

20161009_111223.JPG

Dimanche de Pâque

 

C'est une ville, un continent,

une église, un pèlerinage,

une marche nuptiale qui compose tel

un évangile écrit par un misérable.

 

C'est une fille, une proscrite,

un bordel, une imprimante à fluides,

empreintes d'hommes qui composent tel

un tableau de maître souillé par des criminels.

 

Elle trouvera l'amour

au bout de son martyr.

Elle fondera une famille

au bout de son silence.

Elle aura un bel enfant

gracieux et doux

comme les blés d'août

caressés par les vents

et les soleils levant.

Elle trouvera le bonheur

au bout de sa peine

et tout l'amour d'un homme

jeune et talentueux.

 

C'est la Pâque orthodoxe.

  Elle ira à l'église,

elle brûlera un cierge,

la Lumière sera là

et le Ciel écoutera son coeur,

son coeur revenant qui s'en va

ailleurs chercher la quête du bonheur.

 

01/05/2021

Ne fais pas comme Cézanne

 

Quand tu vis une double vie

il y a comme un trouble

qui s'empare des deux mondes.

 

Quand tu ne peux pas dire la vérité

et qu'un mur cloisonne les deux mondes,

tu ne peux pas être un artiste

au service d'une fille de beauté.

 

Quand la vie t'as consignée

dans un rôle qui ressemble à une geôle

pour courtisane au secours

de sa famille pauvre

et que la famille ne sait rien

comment arrive l'argent au pays,

il y a comme une grande douleur,

une terreur panique qui ravage

l'intérieur de la fille de joie.

 

Rester cachée pour toute sa vie,

rester condamnée au secret-service

dans les bars et bordels

comme call-girl de luxe

au service de sa disgracieuse majesté

l'Homme,

il y a parfois des médailles d'héroïsme

qui se perdent sur la Terre

en l'honneur des belles de nuit.

 

Ne fais pas comme Cézanne.

Ta muse n'en a ni le désir ni le choix.

Ne fais pas comme Le Titien

peignant sa maîtresse

en clair-obscur divin.

Ne fais rien qui puisse apporter

au monde la lumière

sur une divine prostituée.

 

Il y a celles qui ont le droit

de s'exposer aux talents de leurs amants.

Et il y a celles qui doivent

s'exclure de tout droit à la lumière.

 

C'est ainsi.

Désolé de t'avoir paniqué,

mon ange.

Désolé d'exposer ta divinité

aux yeux du monde.

 

Je sais que tu dois encore préférer

l'ombre à la lumière.

Tout comme ton poète aussi.

 

Cézanne n'aurait pas pu

te peindre dans ce monde de fous

qui devrait savoir la vérité

mais la cache pour se donner

bonne conscience et bonne moralité

en croyant que l'argent

tombe d'un ciel pur et lumineux

grâce à Dieu et sa Bonté

sans jamais remercier

la fille qui a sacrifié son corps et sa vie

pour nourrir et soigner toute sa famille.

 

Tu portes sur toi

les stigmates de la sainte

et de la prostituée.

C'est pourquoi

tu es si belle et si grande

à mes yeux qui ne voient rien

sans ta lumière et ton amour.

 

Nous sommes de sang liés

Il s'était surnommé

" le sanglier",

le chevalier qui fonce

sans jamais regarder

la meute des chasseurs.

 

Il renversait la morale

sur les lits de débauche,

crachait dans l'auge des cochons

qui voulaient sa peau.

Il pourfendait la forêt humaine

de part en part de la Terre,

renversait les hypocrites,

fustigeait les puissants,

n'écoutant que la voix de son coeur

et celle de son grand amour.

 

Elle aimait la force douce

de son animal, son sanglier,

sa façon à lui

de lui prendre la main

sans jamais lui voler sa liberté.

Il était sauvage mais cultivé,

amoureux, et encore tellement plus que ça.

 

Elle était tout son trésor,

ses bijoux sertis de volupté,

son scandale clandestin.

 

Ses pétales de chambre rose,

ouverts et chaleureux,

étendus sur son lit de bohème,

lui faisaient signe d'approcher

du fond des prunelles humides

de ses yeux incendiés.

 

C'était son sanglier,

son chevalier de sang lié.

 

« Et je fus plein alors de cette Vérité :

 Que le meilleur trésor que Dieu garde au Génie

Est de connaître à fond la terrestre Beauté

Pour en faire jaillir le Rythme et l’harmonie »

Charles Baudelaire, Les Bijoux, IXème strophe cachée